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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Trouble du rythme chez un patient schizophr&#232;ne
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		<dc:date>2017-01-19T20:48:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Sement
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Respirer ! Invisible po&#232;me Pur &#233;change perp&#233;tuel de l'&#234;tre qui m'est propre Contre l'espace du monde Dans lequelmoi-m&#234;me rythmiquement j'adviens ...Vague unique dont je suis la mer successive Rainer maria Rilke, Sonnets &#224; Orph&#233;e Ou comment l'ergoth&#233;rapeute peut mettre en forme une dysharmonie rythmique dans un espace transitionnel faisant office de tenant-lieu chez un patient schizophr&#232;ne dont l'immuabilit&#233; de sa vie quotidienne viendrait en contrepoint de son chaos psychique. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Anamn&#232;se&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Anamn&#232;se&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Projet th&#233;rapeutique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Projet th&#233;rapeutique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;D'un rythme binaire au rythme ternaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;D'un rythme binaire au rythme ternaire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le cadre&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Le cadre&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Mise en place rythmique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Mise en place rythmique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'ambiance&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;L'ambiance&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'espace transitionnel&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_6'&gt;L'espace transitionnel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_7'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;DIV ALIGN=right&gt;Respirer ! Invisible po&#232;me
&lt;p&gt;Pur &#233;change perp&#233;tuel de l'&#234;tre qui m'est propre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'espace du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans lequelmoi-m&#234;me rythmiquement j'adviens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...Vague unique dont je suis la mer successive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rainer maria Rilke, &lt;i&gt;Sonnets &#224; Orph&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/DIV&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ou comment l'ergoth&#233;rapeute peut mettre en forme une dysharmonie rythmique dans un espace transitionnel faisant office de tenant-lieu chez un patient schizophr&#232;ne dont l'immuabilit&#233; de sa vie quotidienne viendrait en contrepoint de son chaos psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme n'est pas un concept psychanalytique. Il appara&#238;t dans de nombreuses disciplines, de la physique et &#224; la linguistique, en passant par la psychologie et la musicologie. Cet article se veut &#234;tre un essai pour d&#233;velopper le &#171; champ du rythme &#187; dans la pratique de l'ergoth&#233;rapeute et examiner ses modes d'expression avec la psychose. &#192; cet effet, je vais m'appuyer sur une prise en charge &#224; l'h&#244;pital avec un patient suivi depuis plus de cinq ans &#224; l'atelier d'ergoth&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je vais donc pr&#233;senter une situation th&#233;rapeutique qui m'a permis de mettre en exergue cette dimension du rythme &#224; partir du corps du patient ainsi que dans la mani&#232;re dont il me sollicitait psychiquement &#224; partir de diff&#233;rentes m&#233;diations ainsi que dans le lien transf&#233;rentiel instaur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'ai souhait&#233; faire la part des choses entre les troubles du rythme li&#233;s au traitement m&#233;dicamenteux, en particulier les neuroleptiques et leurs cons&#233;quences dans notre pratique, et le type de rapport &#224; l'espace-temps propre &#224; la psychose du patient avec ses effets dans la d&#233;marche de soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce rythme fut interpell&#233; dans les rituels instaur&#233;s par le patient, dans son mode de fonctionnement aussi bien que dans le tempo instaur&#233; par les activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je vais donc vous pr&#233;senter le patient que je suis depuis bient&#244;t plus de 5 ans dans le cadre d'une hospitalisation longue fait d'intervalles de permission de sortie d'une quinzaine de jours avec des membres de sa famille. Ces intervalles contribuent d'ailleurs &#224; scander un rythme dans la prise en charge et &#224; souligner ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Anamn&#232;se&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Monsieur A est un homme de 60 ans, hospitalis&#233; en SDRE (Soins psychiatriques sur d&#233;cision du repr&#233;sentant de l'&#201;tat) en septembre 2005 suite &#224; un acte de viol sur une touriste japonaise. Mr A ne gardera que des souvenirs vagues de cet &#233;v&#233;nement, entre d&#233;ni et difficult&#233;s d'&#233;laboration, d&#233;clarant se souvenir que la jeune femme lui avait souri avant de l'embrasser et d'avoir fait des attouchements. Il fut arr&#234;t&#233; par la police apr&#232;s l'alerte de plusieurs t&#233;moins et emmen&#233; &#224; l'H&#244;tel Dieu, puis &#224; l'IPPP (Infirmerie Psychiatrique de la Pr&#233;fecture de Police).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Amen&#233; &#224; l'h&#244;pital, sa pr&#233;sentation &#233;voque d'embl&#233;e une impr&#233;gnation neuroleptique avec &#224; la fois s&#233;dation et mouvements dyskin&#233;tiques, un processus dissociatif et un &#233;tat d&#233;ficitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une viscosit&#233; id&#233;ique est notable avec des ph&#233;nom&#232;nes de types &#233;cholalie et un ton monocorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La fonction cognitive semble alors d&#233;ficiente, confirm&#233;e, par la suite, par une batterie d'examens, effectu&#233;es avec la psychologue avec une autocritique et un discernement altern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur un plan clinique, des &#233;l&#233;ments psychotiques confirmeront le diagnostic de schizophr&#233;nie parano&#239;de avec une tendance &#224; soliloquer et des ph&#233;nom&#232;nes hallucinatoires acoustico-verbaux ainsi que des id&#233;es de pers&#233;cution vagues. Ce qui ressort aussi, c'est un risque de passage &#224; l'acte d&#251; &#224; des tendances impulsives li&#233;es &#224; des frustrations et &#224; un manque d'&#233;laboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur le plan familial, Mr A est issu d'une grande famille juive : il est le 7&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; enfant d'une fratrie de 9 enfants. N&#233; en Tunisie, il n'y vivra qu'un an avant que se parents ne d&#233;m&#233;nagent en France. Il commence &#224; travailler &#224; l'&#226;ge de 16 ans dans le domaine de la plomberie, et r&#233;alise par la suite son service militaire. A la mort de ses parents, il d&#233;cide de vivre chez l'un de ses fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans l'enceinte de l'h&#244;pital, Mr A passe beaucoup de temps dans son lit (clinophilie), lui faisant rater r&#233;guli&#232;rement l'heure du repas et les s&#233;ances d'ergoth&#233;rapie. Le patient pr&#233;sente une incurie corporelle caract&#233;ris&#233;e par une forte odeur qui envahie toute la chambre et semble manifester peu d'entretiens physique au point d'arriver fr&#233;quemment en pyjama en s&#233;ance d'ergoth&#233;rapie les premi&#232;res ann&#233;es de prise en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un traitement neuroleptiques est instaur&#233; avec de l'Haldol Decanoas, du Risperdal,du Loxapac et de l'Imovane ainsi qu'un correcteur, le Lepticur, pour les effets extra-pyramidaux des neuroleptiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Projet th&#233;rapeutique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un protocole th&#233;rapeutique s'orienta sur plusieurs axes en concertation avec le m&#233;decin psychiatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un cadre constant et un dispositif restreint pour travailler les r&#232;gles et l'organisation avec comme optique de :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;R&#233;duire l'apragmatisme et les troubles cognitifs en proposant une activit&#233; d'&#233;veil ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Travailler les dysphories et autres &#233;l&#233;ments dissociatifs avec une activit&#233; structurante et contenante ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;D&#233;velopper les capacit&#233;s sociales du patient en tentant de l'int&#233;grer dans des jeux de partage et des sorties dans un environnement proche.
&lt;/blockquote&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le travail enclench&#233; avec Mr A est, d&#233;j&#224;, un travail dans la continuit&#233; pour redonner une configuration dans la progression de la r&#233;alisation de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le &#171; sentiment continu d'exister &#187; dont parle D.W .Winnicott participe &#224; la structuration du Moi gage d'une identit&#233; plus stable dans un environnement permanent. Il ne peut se manifester que dans le discontinu, ob&#233;issant &#224; un certain rythme, r&#233;inscrivant le sujet dans des variables parmi les constantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A semblait &#234;tre dans une sorte d'immuabilit&#233;, en restant dans sa chambre clou&#233; et emmitoufl&#233; dans son lit ou venant &#224; l'atelier d'ergoth&#233;rapie avec les m&#234;mes st&#233;r&#233;otypes de langage commen&#231;ant chaque arriv&#233;e &#224; l'atelier par un : &#171; alors ! &#187;, sorte de r&#233;currence qui ponctuait chaque fois son retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A semblait comme suspendu &#224; ce mot sans y mettre de suite dans une forme de circularit&#233; qui faisait boucle et qui, au lieu de faire lien, revenait sur lui-m&#234;me. Cela laissait l'impression d'un mode de vie immobile, ou le dynamisme semblait entrav&#233; par l'absence de prise de d&#233;cision. Le r&#233;flexe &#233;tait de dire : alors quoi ?! et l&#224;, la question venait &#224; savoir si ce cette interjection &#233;tait de l'ordre du temps ou de l'espace ou une collusion des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le premier travail qui semblait important &#224; envisager &#233;tait de proc&#233;der &#224; un accordage temporel pour consolider le lien, de retrouver un temps v&#233;cu commun et un rythme associ&#233; pour que puisse se d&#233;ployer la th&#233;rapie &#224; partir d'une partition partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La premi&#232;re vis&#233;e fut de cr&#233;er, parall&#232;lement au temps, un espace th&#233;rapeutique ou le temps de chacun des protagonistes va pouvoir se relier dans des laps permettant de rep&#233;rer les mouvements possibles du patient et de reprendre ses propos dans le cours d'une cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour que Mr A puisse en effet se r&#233;inscrire dans le temps et dans le l'espace, il s'av&#232;re n&#233;cessaire qu'il puisse lui &#234;tre notifi&#233; ses pr&#233;sences-absences comme ses retards, ses pers&#233;v&#233;rations, ses insistances voire ses modulations selon les s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'instauration de s&#233;ances d'une heure &#224; fr&#233;quence de trois fois par semaine permit de r&#233;tablir une harmonique dans son mode de fonctionnement fig&#233; et de mieux rep&#233;rer ensemble les &#233;v&#233;nements. Mr A pouvait s'inscrire alors dans un continuum espace-temps avec la garanti de ma permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Afin que cette dimension se mat&#233;rialise, je d&#233;cidais de m'accorder avec Mr A tant dans le choix de l'activit&#233; et de la dur&#233;e propos&#233;e &#224; chacune des s&#233;ances que dans le mode d'&#233;change pour trouver une aire commune de dialogue permettant de cr&#233;er une narrativit&#233; cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A qui avait du mal &#224; prendre en consid&#233;ration l'autre sans sa diff&#233;rence devait alors concevoir l'alternance dans la r&#233;alisation de son objet. En effet, l'orientation fut port&#233;e sur la reproduction d'un dessin facile pour favoriser l'application et surtout pour engager le patient dans l'alt&#233;rit&#233; avec comme principe de reproduire l'un apr&#232;s l'autre les croquis avec rigueur et d&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce type de travail conserva, au-del&#224; de l'exigence, un caract&#232;re ludique amenant une forme d'interaction et de flexibilit&#233; psychique. Il fut renforc&#233; par une mani&#232;re de me pr&#233;senter sous la forme d'un &#171; m&#233;dium mall&#233;able &#187; comme l'&#233;voqua Marion Milner &#224; partir de son article de 1977 : &#171; R&#244;le de l'illusion dans la formation du symbole &#187; pour donner une fonction de retranscription de son activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce mode d'approche permit &#224; ce que la charge pulsionnelle du patient puisse se d&#233;poser et se transformer comme dans le concept du &#171; bloc note magique &#187; de S. Freud qui viendrait r&#233;ceptionner et inscrire par son double feuillet autrement les &#233;l&#233;ments bruts du patient pour les restituer de fa&#231;on tol&#233;rable et partageable, sorte de pare-excitation faisant office d'extr&#234;me sensibilit&#233; et d'indestructibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A arrivait syst&#233;matiquement &#224; l'atelier d'ergoth&#233;rapie avec une r&#233;surgence excitatrice l'amenant &#224; appeler les personnes pr&#233;sentes sans tenir compte des conditions de travail et semblait ne percevoir la dialectique relationnelle. Il donnait l'impression d'incorporer l'autre par ses appels incessants, avec une recrudescence pulsionnelle notable, et en m&#234;me temps d'annuler tout lien pr&#233;alablement instaur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce type de comportement donnait l'impression de la part de Mr A de faire effraction chez les patients pr&#233;sents concentr&#233;s sur leur travail et d'alt&#233;rer les modes de liaisons possibles entre les ergoth&#233;rapeutes et leur patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'&#233;tais amen&#233; alors &#224; temp&#233;rer sa forme excitatrice en contenant ses emportements par une mise &#224; distance dans son rapport &#224; l'autre et une r&#233;gulation vocale en adoptant une voix, &#224; la fois ferme et apaisante. Mr A convoqua en moi ma voix comme une sorte de pulsion invoquante sur laquelle il pouvait se r&#233;f&#233;rer pour r&#233;duire &#224; la fois son emballement et la port&#233;e de sa propre voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Trouver une harmonique avec le patient semblait &#234;tre l'axe majeur de mon intervention avec ce patient au-del&#224; des vis&#233;es th&#233;rapeutiques engag&#233;es par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;D'un rythme binaire au rythme ternaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'un rythme binaire instaur&#233;, l'objectif fut de passer &#224; un rythme ternaire par l'introduction de la m&#233;diation qui alla nous relier et nous entendre. Ce rythme ternaire permit de r&#233;introduire la source du d&#233;sir, comme un&lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; possible &#224; partir d'un mode relationnel qui introduisit le &#171; play &#187; dans la th&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce rythme ternaire allait &#234;tre &#224; la fois le mode structurant et cr&#233;atif de la relation transf&#233;rentielle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le cadre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le cadre et les conditions de travail avec ce patient &#233;taient les principaux axes d'accord avec un lien suffisamment bon pour qu'un mode op&#233;ratoire puisse se trouver et fournir entre moi et le patient un rythme interne commun permettant de r&#233;initialiser l'int&#233;rieur avec l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les bonnes conditions pass&#232;rent d'abord comme le dirait D.W. Winnicott par l'exp&#233;rience de l'objet trouv&#233;-cr&#233;&#233; permettant de redonner une fonction adaptative au patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A pr&#233;sentait des dysrythmies qui &#233;taient dues &#224; son traitement m&#233;dicamenteux entra&#238;nant des effets extrapyramidaux, de type dyskin&#233;sies,ou des akathisies avec des souffles coup&#233;s mais aussi dans son mode relationnel excluant le tiers par ses interpellations d'emprise et son d&#233;faut de symbolisation se traduisant par un manque d'inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sa vie quotidienne aussi en &#233;tait l'illustration par des rythmes circadiens perturb&#233;s (le jour et la nuit), des rythmes de soins alt&#233;r&#233;s (l'hygi&#232;ne) car peu en phase avec son rapport &#224; l'autre, des rythmes d'absence-pr&#233;sence estomp&#233;s donnant l'impression d'une indiff&#233;renciation entre le monde int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mon objectif fut de redonner au patient des traces mn&#233;siques de ces diff&#233;rents rythmes quelque peu alt&#233;r&#233;s en le r&#233;introduisant dans un rythme social afin d'estomper le chaos interne de Mr A, source de ruptures et d'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'espace de transitionnalit&#233; propre &#224; l'atelier d'ergoth&#233;rapie &#233;tait propice &#224; ce r&#233;tablissement permettant de mieux situer le rythme de chacun tout en trouvant un rythme commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il permit de redonner une topique au patient dans son corps par rapport &#224; son rythme interne (rythme cardiaque, respiration-souffle) et au travers l'activit&#233; en elle-m&#234;me avec des ponctuations, des scansions donnant le &#171; l&#224; &#187; et la base de l'exp&#233;rience partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Adopter un rythme commun ni trop rapide, ni trop lent, en liaison, redonna au patient une source de vie et un mode relationnel plus ad&#233;quat. Trouver un rythme &#171; suffisamment bon &#187; durant l'activit&#233; ou je faisais office de m&#233;tronome aussi bien dans la reprise que dans les pauses permit de r&#233;instaurer une harmonique, sorte de situation de compromis permettant une nouvelle r&#233;organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La cadre ainsi participait &#224; ce r&#233;tablissement rythmique par sa fonction surmo&#239;que de r&#232;gles mais aussi par sa fonction d'ajustement et de tol&#233;rance pour jouer tout en gardant une fonction pare-excitatrice et contenante conduisant &#224; une possible r&#233;organisation et redistribution des t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il permit d'&#233;viter d'&#234;tre enkyst&#233; dans un temps circulaire propre au patient de par son arrimage possible et de conjurer cette sorte d'immuabilit&#233; dans laquelle Mr A avait tendance &#224; me convier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette immuabilit&#233; propre au patient &#233;tait du coup re-convoqu&#233;e, &#233;vitant ainsi la dissolution du sujet en redonnant les contours de son &#234;tre &#224; partir du dessin dans un premier temps, lignes de force pour r&#233;tablir une esquisse &#224; son &#234;tre dans un environnement plus propice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#202;tre dans un timing commun, recr&#233;er un espace propre au patient puis le retransposer en situation de r&#233;alisation, telle &#233;tait ma d&#233;marche de construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il me para&#238;t essentiel pour ce patient de r&#233;instaurer un rythme de base constitutif d'une s&#233;curit&#233; et organisateur des exp&#233;riences d'union-s&#233;paration, et de pr&#233;sence-absence. Cela passe par une mise en commun d'un rythme de travail tout en conservant le rythme propre (physiologique, social, institutionnel...) aux deux protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette donne me renvoya &#224; l'exp&#233;rience que donne S. Freud avec son petit-fils Ernst &#224; dix-huit mois avec le jeu de la bobine, jeu symbolique ponctu&#233; par des interjections rythm&#233;es :&lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt;. expos&#233; dans son livre &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;. La mise en jeu de l'absence-pr&#233;sence n'a pu se jouer qu'&#224; partir d'un rythme m&#233;lodique et vocal avec une animation interne du th&#233;rapeute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans une approche &#224; la fois souple et perm&#233;able, j'offris au patient un espace de modulation afin qu'une aire d'&#233;change dans le trouv&#233;-cr&#233;&#233; puisse se faire et promouvoir ainsi l'inscription du patient dans l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Mise en place rythmique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un rythme dynamisant fut instaur&#233; dans un travail tri-phasiques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; travail d'esquisse du dessin : avec mise en relief des lignes, des contours, dans une forme apparente,&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; travail de r&#233;alisation : avec appropriation de la forme par du coloriage ou de la peinture,dans un r&#233;cit historique&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; travail de finalisation : avec des agr&#233;ments de r&#233;alisation donnant une touche personnalis&#233;e &#224; son dessin dans l'esprit d'un travail &#171; suffisamment &#187; soign&#233;.
&lt;/blockquote&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ma vis&#233;e &#233;tait de redonner un rythme vitalisant au patient et non ali&#233;nant dans le respect des patients et des ergoth&#233;rapeutes pr&#233;sents pour envisager dans un second temps un travail d'accordage possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au cours de ces trois phases, apparut une dimension nouvelle dans le processus de r&#233;alisation, celle de la prosodie propre au patient, une inflexion tonale donnant des traits phoniques tant dans ses rythmes, ses accents et son intonation que passant par l'&#233;vocation de m&#233;lodies l'aidant &#224; trouver l'inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je d&#233;couvris que la musique de fond instaur&#233; dans l'atelier &#233;tait pour Mr A &#224; la fois une source de souvenirs et de moyen d'acc&#232;s &#224; l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une des premi&#232;res chansons que Mr A chanta fut &#171; get up, stand up &#187; en reprenant le refrain de la chanson diffus&#233;e, renvoyant, de fait, &#224; sa difficult&#233; &#224; se lever de son lit, de se retrouver en position de verticalit&#233; pour se rendre &#224; l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qui fut remarquable, ce fut la qualit&#233; de ses vocalisations alors que son discours &#233;tait, autrement, pauvre, monocorde, et st&#233;r&#233;otyp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au fur et &#224; mesure, Mr A s'appropriait des morceaux de musique c&#233;l&#232;bres, en particulier les refrains comme des messages, des codes d'annonce de sa pens&#233;e, l&#224; o&#249; le langage courant pouvait faire d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sa prosodie et sa reprise de refrain recr&#233;a un mouvement, une animation en lien avec l'autre comme une sorte de charni&#232;re permettant le partage par le chant. Ses reprises de morceaux de musique connus venaient faire office de gonds autorisant l'union &#224; la pens&#233;e et sa parole comme une articulation possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
_Je d&#233;cidais de m'appuyer sur cette caract&#233;ristique , pour moi-m&#234;me, et me mettre &#224; chanter ses refrains, afin de g&#233;n&#233;rer une aire de partage, de favoriser l'&#233;mergence d'un &#171; go between &#187; et de fait la mise en place d'une synchronie vocale facilitant la r&#233;alisation de ses cr&#233;ations en terme d'accordage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je constatais que Mr A trouvait un meilleur tempo pour dessiner avec des mouvements kinesth&#233;siques mieux imprim&#233;s et plus en phase avec les gestes attendus en particulier les gestes fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je d&#233;cidais de combiner la musicalit&#233; de son geste par un travail respiratoire en l'invitant &#224; d&#233;couvrir l'alternance de son inspiration et de son expiration, comme un mouvement rythmique possible s'accordant &#224; la peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je lui indiquais l'importance du souffle pour r&#233;guler ses dysrythmies et lui faire prendre conscience de ce qui le relie &#224; la vie. Ce proc&#233;d&#233; permit de r&#233;introduire des espaces de r&#233;sonance entre le patient et sa peinture favorisant une certaine pulsation qui le poussait &#224; peindre de fa&#231;on harmonieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce travail du rythme entre la musique, son corps et la m&#233;diation aid&#232;rent Mr A &#224; mieux appr&#233;hender la pr&#233;cision de ses traits de pinceaux, car des zones de vides, de blanc, pouvaient de nouveau exister au-del&#224; du plein de ses gestes saccad&#233;s et de son nystagmus visuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ergoth&#233;rapeute peut alors intervenir dans le &#171; champ du rythme &#187; &#224; travers l'activit&#233; mais aussi par le prisme du corps en action dans une dialectique passant par la voix, le regard et la respiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il permet de recr&#233;er de l'av&#232;nement-&#233;v&#233;nement l&#224; o&#249; tout semblait d&#233;sordonn&#233;, d&#233;saccord&#233; ou au contraire fig&#233;, gel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#233;tat rythmique est &#224; la fois la marque et le brouillage du sujet selon Nicolas Abraham, psychanalyste et ph&#233;nom&#233;nologue. La marque du sujet dans le sens o&#249; il n'y a pas de rythme sans sujet percevant et agissant et son brouillage, dans le sens o&#249; il n'y a pas de sujet de rythme sans sujet rythm&#233;, sans &#171; rythmication &#187; du sujet en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est alors sensation et peut faire office de levier dans la mise en forme du patient, dans sa configuration du mouvant. Il rend sensible (visible, audible..) et devient un mode de pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il engramme le geste, l'action du patient &#224; travers la peinture dans le corps du patient en terme de traces mn&#233;siques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il am&#232;ne le th&#233;rapeute &#224; adopter une sorte de flexibilit&#233; du type &#171; m&#233;dium mall&#233;able &#187; avec ses caract&#233;ristiques d'animation interne, d'extr&#234;me sensibilit&#233;, d'inconditionnelle disponibilit&#233; et d'ind&#233;fini transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'alliance rythmique dans ce type d'approche permet alors la relance de l'union-s&#233;paration, de l'absence-pr&#233;sence comme un effet diastole-systole permettant le d&#233;ploiement-recueillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par la suite, nous cherch&#226;mes &#224; nous accorder syst&#233;matiquement par le biais d'une chanson connue qu'il lan&#231;ait &#224; partir de propos que je pouvais tenir &#224; son &#233;gard donnant l'impression chez Mr A qu'il disposait d'une sorte de &#171; juke box &#187; int&#233;rieur qui lan&#231;ait la partie de jeu dans la mise en route de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous d&#233;cid&#226;mes d'alterner les types d'activit&#233;s entre la peinture, le dessin et la pyrogravure en fonction de la disponibilit&#233; du patient, de son &#233;tat psychique et de ses inspirations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quelle que soit la m&#233;diation choisie, cela maintenait la dimension ternaire g&#233;n&#233;ratrice du d&#233;-fusionnement, de la symbolisation par la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'ambiance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ambiance de l'atelier &#233;tait entretenue de fa&#231;on homog&#232;ne avec une musique de fa&#231;on quasi permanente, avec peu de patients pr&#233;sents pour &#233;viter les stimulus trop forts, incitatifs &#224; un &#233;veil pulsionnel marqu&#233; du patient et les r&#232;gles de travail restaient quasi identiques afin d'&#233;valuer la progression et l'&#233;volution de son accordage rythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y avait, &#224; la fois, entre moi et le patient, une aire de jeu commune et un espace distinct propre donc paradoxal qui participait &#224; cr&#233;er des ruptures et des r&#233;gularit&#233;s et donc &#224; restaurer l'autonomie du patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Le rythme ternaire &#233;tait, de fait, entretenu par la musique et les refrains divers et vari&#233;s livr&#233;s par Mr A allant de &#171; And the beat goes on &#187;, &#224; &#171; On va s'aimer &#187; pour aller de &#171; Sex machine &#187; &#224; &#171; Sur le pont d'Avignon &#187;. Mr A donnait l'impression d'un inconscient &#224; ciel ouvert en donnant des bribes de son histoire en p&#226;ture tout en gardant leurs caract&#232;res &#233;nigmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A retrouvait un rythme mieux accord&#233; pulsionnellement et du coup mieux tol&#233;r&#233; par les personnes pr&#233;sentes dans l'atelier. Le flux pulsionnel du patient n'&#233;tait plus un acte de d&#233;charge mais un mode de fonctionnement plus en ad&#233;quation avec les situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La r&#233;p&#233;tition des gestes durant l'activit&#233; favorisait cette dimension tout en y introduisant de nouvelles petites touches de difficult&#233;s comme sur une partition musicale ou l'on serait amen&#233; &#224; y rajouter des notes pour trouver une m&#233;lodie harmonieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A semblait &#234;tre moins dans un chaos, synonyme d'arythmie trop pr&#233;gnante et de discontinuit&#233; dans son organisation cr&#233;ant des mouvements alors tout azimut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La co-cr&#233;ation dans une aire d'&#233;mergence permit de trouver un d&#233;but d'arrimage et de tempo r&#233;duisant l'informe des actes par un accordage temporaire de la pens&#233;e, des affects avec des mots appos&#233;s r&#233;duisant l'emprise du corps sur l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'aire de cr&#233;ativit&#233; devenait un espace de liaison et de figuration possible ou le moi corporel du patient pouvait retrouver des sensations plus en lien avec les impressions du moment et donc parall&#232;lement, par projection mentale, une nouvelle surface corporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A pr&#233;sentait du fait des manifestations des effets extra-pyramidaux des neuroleptiques associ&#233;s &#224; ses troubles psychotiques. Des mouvements akatisiques et des akyn&#233;sies &#233;taient pr&#233;sentes lors de sa marche associ&#233; &#224; un regard qui semblait parfois n'accrochait le regard de l'autre que furtivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A d&#233;cida, &#224; son tour, de jouer avec moi, en me demandant de lui tirer la main pour qu'il sorte de l'atelier. Il en &#233;prouvait un malin plaisir comme un accordage possible dans l'autre sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cela me renvoya au fait que je cherchais souvent &#224; le tirer de son lit, comme une corde &#224; corps qui pouvait se rejouer dans diff&#233;rents espaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Daniel Stern, psychologue, relata dans &#171; le monde interpersonnel du nourrisson &#187; le concept d'accordage affectif o&#249; il y d&#233;veloppe l'id&#233;e d'une correspondance trans-modale. Il explique ainsi que l'imitation traduit la forme et que l'accordage traduit la sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Entre ce patient et moi, ce serait instaur&#233; une exp&#233;rience affective dans un registre temporel, avec un rythme d'alternance des moments de tension et de d&#233;tente, c'est &#224; dire une ligne de tension man&#339;uvrable, sorte de trame temporelle et spatial du ressenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mr A m'invitait,comme un miroir invers&#233;, &#224; le tirer de l'atelier d'ergoth&#233;rapie dans le sens inverse, comme si le temps s'&#233;tirait et que l'espace se contractait, vice versa, dans les deux espaces propresque sont sa chambre et l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un rythme partag&#233;, une sorte de diapason affectif allant de la musicalit&#233; durant la s&#233;ance &#224; la mani&#232;re de nous dire au revoir. Nous cr&#233;ions ensemble des zones communes en harmonie, un int&#233;rieur et un ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un rythme trouv&#233;-cr&#233;&#233; permettant de g&#233;n&#233;rer un flux dans un v&#233;cu intersubjectif favorable &#224; la mise en forme de symboles et &#224; l'agencement de deux espaces psychiques sur une m&#234;me m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'adoptais, dans un premier temps, avec Mr A, une attitude de &#171; pr&#233;occupation maternelle primaire &#187; pour que dans un deuxi&#232;me temps, un d&#233;tachement relationnel puisse s'entreprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les moments de concordances se retrouv&#232;rent durant l'activit&#233; avec l'instauration d'une rythmie d'accommodation et le moment de se s&#233;parer dans une dimension paradoxale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#202;tre sur la m&#234;me longueur d'onde &#233;tait le point d'orgue dut travail r&#233;alis&#233; avec Mr A malgr&#233; ses manifestations symptomatique. Cela demandait un effort permanent d'adaptation de par et d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Parfois, il y avait une exacerbation des mouvements dysrythmiques sauf qu'ils se r&#233;duisaient dans les intervalles de r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Devais-je l'entendre comme une opposition ou bien un d&#233;lai n&#233;cessaire pour la mise en place d'une rythmie appropri&#233;e selon la fatigue, la recrudescence des ph&#233;nom&#232;nes extra-pyramidaux voire une difficult&#233; d'accordage d&#251; &#224; l'ambiance ?.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le travail de distanciation et de de rapprochement furent une d&#233;marche constante pour trouver une hom&#233;ostasie du comportement. Il fallait r&#233;duire les &#233;l&#233;ments de discordance entra&#238;nant alors un rejet, un assujettissement du patient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme parfois explosif chez Mr A ou discordant de la relance des manifestations psychotiques pouvait se r&#233;guler aussi par cette musique de fond maintenu dans l'atelier durant son activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La musique,par sa puissance dynamique, peut alors devenir le principe d'organisation effectif de nos actes, dans le temps et dans l'espace. Elle permet de r&#233;gler nos gestes et nos mouvements &#224; condition de la r&#233;ceptionner et de l'int&#233;grer dans le processus de soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Elle peut participer alors &#224; l'organisation du patient et ordonner une rythmie ad&#233;quat, sorte d'eurythmie signifiant l'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un dialogue rythmique se perp&#233;tua &#224; partir d'une autre activit&#233;, celle de la pyrogravure. Elle introduisit un risque suppl&#233;mentaire, celle de la chaleur du stylet pouvant provoquer d'&#233;ventuelles br&#251;lures si d&#233;rapage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour autant, elle fut mise en place en raison du travail effectu&#233; en amont qui avait consistait &#224; consolid&#233; le lien autant que le liage rythmique. Une acquisition des diff&#233;rents aspects pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s permirent &#224; Mr A d'envisager cette activit&#233; sans trop d'angoisses voire avec un certain plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_6&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'espace transitionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'espace transitionnel de jeu &#233;tait pr&#233;sent &#224; partir de nos interstices relationnels autant qu'une forme d'accordage permettant la confluence de nos temporalit&#233;s et spatialit&#233;s respectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les contours prosodiques du patient permirent un travail d'inspiration et d'expiration propice au souffle et &#224; l'exp&#233;rience de pause parall&#232;lement aux mouvements. L'instauration d'une relation intersubjective &#233;tait institu&#233;e sous la forme d'une vitalit&#233; dynamique avec correspondance de m&#233;lodiques, rythmiques source d'une production narrative au cours de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Daniel Marcelli, psychiatre s'est attard&#233; sur le rythme interactif dans la dyade objet maternant -enfant dans le coexistence possible de macro-rythmes et de micro-rythmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il d&#233;finit les interactions rythmiques cycliques qui se r&#233;p&#232;tent r&#233;guli&#232;rement dans les moments de soins de l'enfant comme des macro-rythmes tandis que les micro-rythmes intervenant dans le interstices de ces macro-rythmes. Les micro-rythmes seraient propice alors alors une succession de moment d'attente et de surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces interactions rythmiques, permettant des allers-venues seraient fondateur d'un rythme idiosyncrasique individuel synonyme de subjectivit&#233;. Ce rythme est &#224; la fois cr&#233;ateur de la subjectivit&#233; et expression de l'individualit&#233; en ouvrant un espace tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les macro-rythmes favorisent la m&#233;morisation, l'anticipation, la pr&#233;visibilit&#233; et le sentiment de continuit&#233; (indice de qualit&#233;) tandis que les micro-rythmes produisent de la surprise de l'al&#233;atoire, de l'&#233;cart (indice de divergence). L'un et l'autre favorisent l'apprentissage et sont organisateurs d'une exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je d&#233;cidais d'introduire ce mode op&#233;ratoire au cours de l'activit&#233; pyrogravure.Ils permirent de renforcer l'accordage relationnel et la capacit&#233; du patient &#224; am&#233;nager des attitudes en fonction des difficult&#233;s rencontr&#233;es au cours des r&#233;alisations de son objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le stylet faisait office d'&#233;lectroenc&#233;phalogramme de son psych&#233; et de rectifications possibles selon les ph&#233;nom&#232;nes apparaissant durant l'inscription du stylet sur le bois. L'activit&#233; &#233;tait scand&#233;e par des pauses et une reprise du souffle pour redonner un r&#233;tablissement de paisible pour un ajustement du geste et du mouvement malgr&#233; ses tremblements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La co-cr&#233;ation d'un rythme en commun en terme d'attention et de r&#233;gulation permirent la fabrique d'une continuit&#233; renforc&#233; par un accrochage du regard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme devenait alors manifestation vitale en redonnant au patient un &#233;tat de jach&#232;re. La jach&#232;re, o&#249; la terre se repose pour qu'un travail se fasse dans un espace de manifestation et d'&#233;mergence l&#224; o&#249; le rythme du psychotique reste parfois balbutiant ou d&#233;labr&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mettre en forme le rythme l&#224; ou chez le psychotique ,on peut retrouver un &#171; trouble de l'enforme &#187; comme le dirait jacques Lacan en ancrant le patient dans son activit&#233;, en recr&#233;ant un espace rythmique permettant une boucle r&#233;troactive permettant de r&#233;introduire le patient dans une temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour que la kin&#233;sis (mouvement) du patient puisse se r&#233;tablir, il est alors n&#233;cessaire d'y introduire de scansions, des ponctuations, des sortes de coupure qui sont alors l'essence du mouvement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jean Oury disait : &#171; Dans l'existence schizophr&#233;nique, il y a des difficult&#233;s au niveau du rythme. Et c'est dans ce sens l&#224; qu'il ne faut pas &#234;tre press&#233;, qu'il faut avoir une certaine patience afin d'avoir acc&#232;s &#224; ce qu'il en est des existentiaux &#187; dans &#171; Cr&#233;ation et schizophr&#233;nie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La psychose est un trouble du rythme, et le rythme est d'abord variation d'intensit&#233; dans le continu, ce qui donne la vibration. Un territoire dans l'espace, une p&#233;riode dans le temps introduit le discontinu dans le continu. La surface ou la dur&#233;e comme r&#233;el soumis &#224; la mesure du symbolique, &#233;criture d'une partition et point de capiton l&#224; ou le psychotique pourrait se retrouver dans l'errance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_7&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abraham N.&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Rythmes de l'&#339;uvre de la traduction et de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Benveniste E.&lt;/strong&gt;, &#171; La notion de rythme dans son expression linguistique &#187; (1951), &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Fraisse P.&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Psychologie du rythme&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Freud .S&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es , probl&#232;mes, 1921-1938&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Freud .S&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt; (1920), Payot et Rivages, Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Marcelli D.&lt;/strong&gt;, &#171; Le r&#244;le des micro rythmes et des macro-rythmes dans l'&#233;mergence de la pens&#233;e du nourrisson &#187;, &lt;i&gt;Psychiatrie de l'enfant&lt;/i&gt;, XXXV, 1, 1992, p. 57-82.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Meschonnic H.&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, (1982), Lagrasse, Verdier, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Milner Marion&lt;/strong&gt;, &#171; R&#244;le de l'illusion dans la formation du symbole &#187; &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; &lt;strong&gt;Ren&#233; Roussillon&lt;/strong&gt; :&lt;i&gt; Paradoxes et situations limites de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Oury J&lt;/strong&gt;. &lt;i&gt;Cr&#233;ation et schizophr&#233;nie&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, coll D&#233;bats, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Stern Daniel,&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le monde interpersonnel du nourrisson&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Winnicott D.W&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Jeu et r&#233;alit&#233;, espace potentiel&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1971.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rythme et psychose infantile
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1929</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1929</guid>
		<dc:date>2017-01-18T20:01:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Juan Gomar
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		<description>
&lt;p&gt;Abstract : Cet article a pour objectif de montrer l'importance du rythme comme socle th&#233;rapeutique dans la prise en charge de la psychose infantile. Le rythme sera abord&#233; selon deux points de vue : D'une part, comme &#233;l&#233;ment communicationnel originaire entre l'enfant et la m&#232;re. Il permet les premi&#232;res associations de sens et par l&#224;, des mises en forme initiales (repr&#233;sentation de chose) du contact avec l'alt&#233;rit&#233;. Les continuit&#233;s et discontinuit&#233;s dans le contact avec l'ext&#233;rieur peuvent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;I. Reik et la musique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;I. Reik et la musique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;II. Freud et le rythme&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;II. Freud et le rythme&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;III. Rythme et psychose infantile&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;III. Rythme et psychose infantile&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;IV. Proposition th&#233;rapeutique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;IV. Proposition th&#233;rapeutique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;V. Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;V. Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abstract :&lt;/strong&gt; Cet article a pour objectif de montrer l'importance du rythme comme socle th&#233;rapeutique dans la prise en charge de la psychose infantile. Le rythme sera abord&#233; selon deux points de vue : D'une part, comme &#233;l&#233;ment communicationnel originaire entre l'enfant et la m&#232;re. Il permet les premi&#232;res associations de sens et par l&#224;, des mises en forme initiales (repr&#233;sentation de chose) du contact avec l'alt&#233;rit&#233;. Les continuit&#233;s et discontinuit&#233;s dans le contact avec l'ext&#233;rieur peuvent devenir, gr&#226;ce &#224; la r&#233;gularit&#233; et la r&#233;p&#233;tition qui constituent le rythme, des pr&#233;sences et des absences. D'autre part, l'articulation interne du rythme nous r&#233;v&#232;le une structure ternaire codifi&#233;e par les chiffres (1-0-1). Le chiffre Un est entendu comme une pr&#233;sence et le chiffre Z&#233;ro comme une &lt;i&gt;presentia in absentia&lt;/i&gt;. Cette structure permettrait la &lt;i&gt;n&#233;gativation&lt;/i&gt; de la pr&#233;sentation pulsionnelle et l'introduction de l'enfant dans les pr&#233;ambules de la figuration mo&#239;que et la triangulation &#339;dipienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots cl&#233;s :&lt;/strong&gt; Psychose infantile, pulsion, pr&#233;sentation, sentir, rythme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;I. Reik et la musique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le propos du pr&#233;sent article n'est pas tant de suivre les raisonnements de Reik dans l'analyse des m&#233;lodies musicales comme une autre mani&#232;re d'expression des sympt&#244;mes obsessionnels, mais plut&#244;t de nous appuyer sur le lien qu'il &#233;tablit entre la musique et les affects. Nous voulons surtout mettre en exergue la structure ternaire du rythme, que Reik ne prend pas en consid&#233;ration, et l'utiliser comme outil th&#233;rapeutique sur un cas clinique de psychose infantile. Reik n'est pas seulement convaincu par la relation directe entre m&#233;lodie-&#233;motion mais aussi par l'insuffisance des mots pour exprimer des mouvements affectifs dont les nuances &#233;chappent au syst&#232;me verbal. Selon l'auteur (Reik, 1953), &#171; notre langage &#233;merge d'un substrat au sein duquel les sons, les images flottantes, les sensations organiques et les courants &#233;motionnels ne se trouvent pas encore diff&#233;renci&#233;s [&#8230;] Le langage atteint son plus haut degr&#233; de pauvret&#233; lorsqu'il veut saisir ou communiquer les nuances, domaine o&#249; la musique, elle, est extr&#234;mement efficace et expressive &#187;. Autrement dit, la musique fait appel &#224; la &lt;i&gt;repr&#233;sentation de chose&lt;/i&gt; d&#233;crite par le p&#232;re de la psychanalyse (Freud, 1915).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans un style direct et avec des notes un peu d&#233;sob&#233;issantes, Reik, dans son &#339;uvre &lt;i&gt;&#201;crits sur la musique&lt;/i&gt;, r&#233;alise un travail sur la signification psychologique de m&#233;lodies lors de la pr&#233;sentation impr&#233;vue dans le cours de la pens&#233;e rationnelle. &#192; partir d'une exp&#233;rience personnelle, il veut montrer comment des d&#233;sirs inconscients peuvent emprunter la voie musicale, des m&#233;lodies, pour se frayer un chemin jusqu'&#224; la conscience. Alors qu'il se trouvait en vacances en Autriche en d&#233;cembre 1925, il apprend que son ami et ancien analyste, Karl Abraham, est mort. Freud lui demande de lui rendre hommage lors de la prochaine r&#233;union de la soci&#233;t&#233; de psychanalyse viennoise. Sans savoir pourquoi, l'&#233;l&#232;ve de Freud se trouve assailli par la m&#233;lodie de la deuxi&#232;me symphonie de Gustav Mahler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il nous semble important de signaler l'entretien analytique de 4 heures que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de mani&#232;re insistante et ego-dystonique. En analysant son sympt&#244;me, Reik trouve un parall&#233;lisme entre la relation que le compositeur Mahler avait avec B&#252;low (directeur d'orchestre renomm&#233; avec lequel Mahler entretenait une relation ambivalente) et celle que lui-m&#234;me maintenait avec Karl Abraham. Par une identification au compositeur, il en d&#233;duit que son sympt&#244;me &#233;tait une formation de compromis entre des mouvements d'admiration et d'hostilit&#233; envers son ancien analyste d&#233;c&#233;d&#233; (Reik, 1953).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M&#233;lomane, on sent dans sa mani&#232;re d'incarner la psychanalyse l'importance qu'il attribue &#224; l'exp&#233;rience v&#233;cue, au sentir qui se transmet par des canaux autres que les mots. En ce sens, il s'&#233;tonne du fait que la psychanalyse, malgr&#233; le fait que c'est une science b&#226;tie sur l'&#233;coute, ne se soit pas occup&#233;e davantage de questions sonores plus larges. Pour argumenter ce manque de travaux sur ce sujet, Reik interpr&#232;te comme d&#233;fensive la relation que le p&#232;re de la psychanalyse avait avec la musique. Selon notre auteur (Reik, 1953), &#171; l'aveu de Freud selon lequel il ne r&#233;agissait pas &#224; la musique ne signifie pas qu'il &#233;tait insensible &#224; son message, mais qu'il luttait contre sa propre sensibilit&#233;. S'il avait inconsciemment renonc&#233; &#224; se laisser soumettre &#224; son attrait et &#224; son langage, son sacrifice volontaire profita &#224; sa merveilleuse capacit&#233; d'entendre les processus inconscients, et l'aida &#224; d&#233;velopper son sens du rythme des mouvements souterrains de l'esprit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous sommes de l'avis de Reik &#224; propos des qualit&#233;s de la musique pour exprimer les &#233;motions. D'ailleurs, gr&#226;ce aux nouvelles techniques d'&#233;tude dans le domaine p&#233;rinatal, on sait aujourd'hui l'attrait que le f&#339;tus et le nouveau-n&#233; montrent pour la prosodie de la voix de la m&#232;re ainsi que pour des rythmes biologiques intra-ut&#233;rins. &#192; ce sujet, les travaux de la psychanalyste Suzanne Maiello autour de l'objet sonore sont tr&#232;s int&#233;ressants (Maiello, 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Reik nous r&#233;v&#232;le que, dans l'ensemble de l'&#339;uvre freudienne, le th&#232;me de la musique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour expliquer la position de refus que Freud entretenait vis-&#224;-vis de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est cit&#233; que tr&#232;s peu et que, quand c'est le cas, il n'a pas &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; par les disciples du mouvement psychanalytique. Nous sommes partiellement d'accord avec Reik. En effet, la psychanalyse classique ne s'est pas occup&#233;e de la question musicale directement. Reik nous dit que &#171; dans quelques phrases &#187; de son &#339;uvre &lt;i&gt;Psychopathologie de la vie quotidienne&lt;/i&gt;, Freud a partiellement trait&#233; cette question (Reik, 1953). Par ailleurs, l'auteur d&lt;i&gt;'&#201;crits sur la musique&lt;/i&gt; privil&#233;gie dans son approche un des trois &#233;l&#233;ments qui composent l'art musical, &#224; savoir, la m&#233;lodie. Des deux autres piliers de la musique, l'harmonie et le rythme, il n'en dit pas beaucoup ou en tout cas, pas comme nous voulons le proposer dans cet article. Le rythme appara&#238;t cit&#233; directement dans l'&#339;uvre de Freud &#224; plusieurs reprises. Mais il est employ&#233; de mani&#232;re colloquiale sans faire r&#233;f&#233;rence &#224; la musique directement mais plut&#244;t &#224; la musicalit&#233;, &#224; la rime et aux sons, (Freud 1905) ou au mouvement des zones &#233;rog&#232;nes (Freud, 1905).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; notre sens, plut&#244;t que la m&#233;lodie, c'est le rythme qui m&#233;rite toute notre attention. Pour la simple raison que le rythme donne le tempo, il est l'axe le plus primitif de la cr&#233;ation musicale. En ce sens, c'est le pilier autour duquel l'harmonie et la m&#233;lodie s'organisent. Sans temps, pas de commencement. Mais de quel temps parle-t-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si pour Reik, inspir&#233; de Schopenhauer, la musique est l'expression de la pulsion (Schopenhauer, 1819), n'est-il pas pertinent d'appliquer la musique &#224; la relation humaine primordiale ? Mieux encore, si nous prenons l'axe le plus primitif qui articule la musique c'est-&#224;-dire le rythme, pourrait-il nous aider &#224; analyser certains enjeux de la relation primaire du nourrisson avec la m&#232;re ? Pourrions-nous, par cet outil, de rendre compte de l'organisation des premiers liens somatopsychiques ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;II. Freud et le rythme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rythme est l'&#233;l&#233;ment musical qui impose un temps. Sans temps, pas de commencement, pas d'organisation, pas de relation. La question du temps est tr&#232;s vaste. Loin de vouloir passer en revue les diff&#233;rentes approches et d&#233;finitions qui essaient de donner une conception du temps &#224; travers la philosophie, nous souhaitons rester dans un contexte relationnel concret. En ce sens, quel serait le temps impliqu&#233; dans le rythme ? Autrement dit, quel serait le temps concern&#233; dans la relation primordiale entre le nouveau-n&#233; et sa m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, nous devons tout d'abord montrer la structure qui articule toute forme rythmique. Par exemple, si nous prenons un rythme fait par un instrument de percussion, il faudrait deux sons, un grave, l'autre aigu articul&#233;s autour d'un silence. Le r&#233;sultat &#233;tant trois espaces/temps. Le silence est l'espace-temps le plus important, c'est autour de lui que le rythme va s'organiser. Ce silence plut&#244;t liant que d&#233;liant, n'est pas une rupture mais une continuit&#233;, une mise en attente, une absence qui maintient la relation entre les sons pass&#233;s et les sons &#224; venir, un silence qui garde de mani&#232;re latente une pr&#233;sence. Bref, le silence du rythme c'est une &lt;i&gt;presentia in absentia&lt;/i&gt;. Cette structure nous la traduisons par les chiffres (1-0-1). Pour que le rythme &#233;merge, nous signalons la n&#233;cessite d'unir de mani&#232;re pr&#233;cise un temps et un espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans la relation primordiale, le temps auquel nous faisons r&#233;f&#233;rence est le temps de la discontinuit&#233; c'est-&#224;-dire ce qui sera appel&#233; dans un deuxi&#232;me temps s&#233;paration, puis absence. Comment se produit cette &#233;volution de l'axe continuit&#233;/discontinuit&#233;/rupture vers cette autre &#233;volution pr&#233;sence/absence/continuit&#233; ? &#192; notre avis, le rythme peut nous aider &#224; l'&#233;tablir. Pr&#233;c&#233;demment, nous avons pr&#233;cis&#233; que Reik privil&#233;gie la m&#233;lodie par rapport aux autres &#233;l&#233;ments musicaux, et que, selon lui, Freud n'aborde que rarement dans son &#339;uvre le sujet de la musique. Nous sommes d'accord mais, si nous regardons de pr&#232;s l'&#233;difice conceptuel de Freud, nous pouvons constater que les ciments de sa construction th&#233;orique se basent sur un &#233;l&#233;ment rythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Effectivement, depuis l'&lt;i&gt;Esquisse&lt;/i&gt; (Freud, 1895), on remarque que la base de la th&#233;orie freudienne, &#233;tay&#233;e sur le principe de plaisir, fr&#244;le la structure du rythme. En effet, Freud donne comme t&#226;che principale du syst&#232;me psychique la conservation de l'&#233;nergie &#224; l'&#233;tat le plus bas possible pour &#233;viter le d&#233;plaisir. &#192; partir de sa formation de neurologue, il propose des hypoth&#232;ses tendant vers la sp&#233;cification de groupes de neurones charg&#233;s de la r&#233;ception et du traitement de l'&#233;nergie exog&#232;ne et endog&#232;ne. Cette &#233;nergie, provenant de deux sources diff&#233;rentes, le milieu ext&#233;rieur et le propre corps, est trait&#233;e par les syst&#232;mes neuronaux de telle sorte que la quantit&#233; &#233;nerg&#233;tique brute est filtr&#233;e et transf&#233;r&#233;e entre les diff&#233;rents groupes neuronaux pour pouvoir &#234;tre m&#233;tabolis&#233;e. C'est surtout dans &lt;i&gt;Le fonctionnement de l'appareil &lt;/i&gt;qu'il met en lien deux notions importantes pour notre probl&#233;matique, la liaison entre la temporalit&#233; et la spatialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans le monde ext&#233;rieur les processus pr&#233;sentent un continuum dans deux directions, selon la quantit&#233; et selon la p&#233;riode (qualit&#233;), les stimuli qui leur correspondent sont, selon la quantit&#233;, premi&#232;rement r&#233;duits, deuxi&#232;mement limit&#233;s par une coupure- selon la qualit&#233; ils sont discontinus, de sorte que certaines p&#233;riodes n'agissent pas du tout comme stimuli.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Freud, la quantit&#233; d'&#233;nergie des processus ext&#233;rieurs pr&#233;sente une continuit&#233; (continue-spatiale) qui, pour &#234;tre mentalis&#233;e, a besoin d'&#234;tre entrecoup&#233;e, d&#233;cim&#233;e et transform&#233;e par l'appareil psychique dans un registre qualitatif (discontinu-p&#233;riodique-temporel). Cette continuit&#233;, Freud la mat&#233;rialise en disant, qu'&#224; l'ext&#233;rieur, &#171; il n'y a que des masses en mouvement &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; C'est-&#224;-dire, l'ext&#233;rieur est pr&#233;sent&#233; comme une sorte de p&#226;te indiff&#233;renci&#233;e, un amalgame d'&#233;l&#233;ments, de choses, m&#234;me pas d'objets unitaires, mais plut&#244;t une totalit&#233; insaisissable, incompr&#233;hensible. Ces affirmations de Freud ne sont plus soutenables aujourd'hui. &#192; la lumi&#232;re des &#233;tudes des derni&#232;res ann&#233;es, nous savons maintenant que le nourrisson identifie et s'identifie d&#233;j&#224; avant la naissance &#224; des sons qui se r&#233;p&#232;tent tout au long de la grossesse (Maiello, 2007.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qui nous int&#233;resse dans les propos de Freud c'est de voir comment une configuration dialectique est en train de se mettre en place gr&#226;ce &#224; une continuit&#233; quantitative (masses en mouvement) et une discontinuit&#233; qualitative (p&#233;riode) d'une quantit&#233; d'&#233;nergie. Dialectique qui, toujours selon notre auteur, fait partie de l'organisation du Moi.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le moi doit donc &#234;tre d&#233;fini comme l'ensemble des investissements Psy pr&#233;sents &#224; tel ou tel moment, au sein desquels&lt;i&gt; &lt;/i&gt;un constituant permanent se s&#233;pare d'un constituant changeant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Freud emploie des th&#232;mes proches du rythme : la r&#233;p&#233;tition de l'exp&#233;rience en ce qui concerne la m&#233;moire, ceux de la continuit&#233;-discontinuit&#233; de l'&#233;nergie en lien avec le principe du plaisir, et du changement-permanence des investissements en r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;finition du Moi. Sans les nommer directement, Freud d&#233;crit les bases rythmiques sur lesquelles l'appareil psychique se construit. Ces caract&#233;ristiques formelles (r&#233;p&#233;tition, continuit&#233;, discontinuit&#233;) font partie int&#233;grante du rythme. Ce dernier permettrait la construction de coordonn&#233;es de la &lt;i&gt;masse en mouvement&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ext&#233;rieure donc d'une spatialit&#233; /temporalit&#233; qui aiderait &#224; la mise en place de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tout au long de son &#339;uvre, Freud continuera &#224; faire r&#233;f&#233;rence au rythme sans le proposer comme &#233;l&#233;ment d'analyse en soi. Mais arr&#234;tons-nous sur l'&lt;i&gt;Esquisse&lt;/i&gt;. S'il existe un cadre relationnel dans lequel nous pouvons appliquer la structure du rythme, c'est dans le complexe du &lt;i&gt;Nebenmensch&lt;/i&gt; (&#234;tre-humain-proche) d&#233;velopp&#233; par Freud en 1895. Quand Freud d&#233;crit la relation de d&#233;pendance, de d&#233;saide, dans laquelle se trouve l'enfant pour assouvir ses besoins, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'organisme humain est tout d'abord incapable d'amener l'&lt;i&gt;action sp&#233;cifique&lt;/i&gt;. Cette action se produit au moyen d'une &lt;i&gt;aide&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;trang&#232;re&lt;/i&gt;, quand une personne ayant de l'exp&#233;rience est rendue attentive &#224; l'&#233;tat de l'enfant du fait de l'&#233;conduction qui emprunte la voie de la modification interne. Cette voie d'&#233;conduction acquiert ainsi une fonction secondaire extr&#234;mement importante, celle de &lt;i&gt;se faire comprendre&lt;/i&gt; et le d&#233;saide initial de l'&#234;tre humain est la &lt;i&gt;source originaire&lt;/i&gt; de tous les &lt;i&gt;motifs moraux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;aide &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt;, sensible aux rythmes biologiques de l'enfant, procure des r&#233;ponses r&#233;p&#233;t&#233;es de la m&#232;re dans le temps et dans l'espace. Cette aide introduit une certaine alt&#233;rit&#233; au sein de la relation caus&#233;e non seulement par son arriv&#233;e de l'ext&#233;rieur, mais aussi par la qualit&#233; de la r&#233;ponse. La question qui se pose est de savoir comment l'enfant va g&#233;rer les d&#233;calages des r&#233;ponses apport&#233;es dans sa qualit&#233; et dans sa quantit&#233;. Dans notre logique, comment l'enfant va g&#233;rer le 0 entre la satisfaction et la nouvelle apparition du besoin (1). Le z&#233;ro vient condenser plusieurs modalit&#233;s n&#233;gatives, &#224; savoir la non-r&#233;ponse, le d&#233;part, le d&#233;calage entre le besoin et la &lt;i&gt;r&#233;ponse sp&#233;cifique.&lt;/i&gt; Le psychanalyste Andr&#233; Green propose le sch&#233;ma suivant du mod&#232;le de l'appareil psychique pr&#233;sent&#233; par Freud en 1895.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence : exp&#233;rience de satisfaction-trace de cette exp&#233;rience-&lt;i&gt;pause&lt;/i&gt;- r&#233;surgence du besoin-r&#233;investissement des traces de l'exp&#233;rience de satisfaction (d&#233;sir)-r&#233;alisation hallucinatoire du d&#233;sir-&#233;chec de cette r&#233;alisation hallucinatoire-signaux de d&#233;tresse-retour de l'objet ayant apport&#233; la satisfaction et nouvelle exp&#233;rience de satisfaction. (Green, 2011)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les traces laiss&#233;es par cette exp&#233;rience de satisfaction vont subir une sorte d'inflation qui doit &#234;tre amortie par la pause subie avant l'arriv&#233;e d'une nouvelle pouss&#233;e du besoin. Nous allons l'expliquer. Lors de la satisfaction, les traces mn&#233;siques rest&#233;es chez le b&#233;b&#233; sont compos&#233;es de toute une panoplie de sensations fortes. Imaginons par exemple la t&#233;t&#233;e : la chaleur du contact de peau contre peau, l'odeur, le plaisir suscit&#233; par le lait, son go&#251;t, les d&#233;charges de la tension accumul&#233;e pendant l'abstinence, l'agressivit&#233; n&#233;cessaire pour faire bouger les m&#226;choires, la langue et les l&#232;vres, le rythme de la succion, le regard de l'enfant vers le visage de la m&#232;re et le retour que celle-ci lui renvoie ainsi que la contention. Tout cet &#233;ventail sensoriel, cr&#233;&#233; par le contact direct avec la source d'apaisement, va inscrire une trace qui doit subir le poids de la r&#233;alit&#233; (pr&#233;sent&#233; par la pause). Ces sensations sont tellement puissantes que Freud leur donnera la fonction temporelle de satisfaction hallucinatoire du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-ce l'image mn&#233;sique de l'objet qui est tout d'abord touch&#233;e par la vivification du souhait. Je ne doute pas que cette vivification du souhait a tout d'abord le m&#234;me r&#233;sultat que la perception, &#224; savoir une hallucination. Si l&#224;-dessus l'action r&#233;flexe est enclench&#233;e, il ne manquera pas d'y avoir de la d&#233;ception. (Freud, 1895).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ces traces sont confondues les unes avec les autres et ont un caract&#232;re plastique quasi mat&#233;riel. Les traces mn&#233;siques sont si fortes qu'elles se confondent avec la pr&#233;sence de l'objet, c'est-&#224;-dire l'enfant prend, dans un premier temps, ses d&#233;sirs pour la r&#233;alit&#233;. A notre avis, la d&#233;ception dont parle Freud est introduite par la structure ternaire propre au rythme de la relation. La pr&#233;sentation de l'objet qui vient calmer l'&#233;tat de tension de l'enfant est suivie par le d&#233;part de celui-ci. Ce d&#233;part, que nous codifions par le z&#233;ro, laisse le soin &#224; l'appareil psychique de l'enfant de travailler le non-acc&#232;s direct aux sources de sa satisfaction. C'est-&#224;-dire que le z&#233;ro permet l'ouverture de la relation de m&#234;met&#233; &#233;tablie entre l'enfant et sa m&#232;re (1-1) en laissant la porte ouverte pour que l'&#233;preuve de r&#233;alit&#233; s'impose. En ce sens, l'article de Freud sur la n&#233;gation est tr&#232;s &#233;clairant (Freud, 1925). Le p&#232;re de la psychanalyse nous parle de la fonction du jugement en la mettant en lien avec la pulsion. Il d&#233;crit les deux missions &#224; charge du jugement : le jugement d'attribution (objet bon/mauvais) et le jugement d'existence (objet vrai/faux). Il s'agirait d'abord de voir si la qualit&#233; de l'objet est bonne ou mauvaise puis dans un deuxi&#232;me temps, s'il existe r&#233;ellement en dehors du Moi.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Exprim&#233; dans le langage des motions pulsionnelles les plus anciennes, les motions orales : cela je veux le manger ou bien je veux le cracher [&#8230;] Donc : &#231;a doit &#234;tre en moi ou bien en dehors de moi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le jugement de r&#233;alit&#233;, &#171; maintenant il ne s'agit plus de savoir si quelque chose de per&#231;u (une chose) doit &#234;tre admis ou non dans le moi, mais si quelque chose de pr&#233;sent dans le moi comme repr&#233;sentation peut aussi &#234;tre retrouv&#233; dans la perception (r&#233;alit&#233;) [&#8230;] L'exp&#233;rience a enseign&#233; qu'il n'est pas seulement important de savoir si une chose (objet de satisfaction) poss&#232;de la &#8220;bonne&#8221; propri&#233;t&#233; [&#8230;] mais encore de savoir si elle est l&#224; dans le monde ext&#233;rieur de sorte qu'on puisse s'en emparer si besoin est &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quand Freud parle de l'enseignement de l'exp&#233;rience, il fait r&#233;f&#233;rence aux d&#233;ceptions r&#233;p&#233;t&#233;es que la satisfaction hallucinatoire du d&#233;sir a procur&#233;s &#224; l'enfant. C'est-&#224;-dire que le leurre des repr&#233;sentations de d&#233;sir n'a pas l'effectivit&#233; n&#233;cessaire que demande le besoin pour la satisfaire, pure image, surface sans volume. La r&#233;alit&#233; s'impose en filtrant la repr&#233;sentation de chose, toute sa charge sensorielle cr&#233;&#233;e &#224; partir de la coalescence des peaux, pour la rapprocher au mieux de la perception (r&#233;alit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Force est de constater que c'est dans l'entre-deux, dans l'espace-temps entre pr&#233;sentation et une nouvelle pr&#233;sentation que la capacit&#233; de l'enfant &#224; figurer la discontinuit&#233; est appel&#233;e. L'alternance r&#233;guli&#232;re des continuit&#233;s et discontinuit&#233;s dans le soin qui se r&#233;p&#232;te, permet que, dans les espaces entre continuit&#233;s et discontinuit&#233;s, apparaissent des expectatives, des attentes. C'est-&#224;-dire l'apparition d'un appareil psychique qui r&#233;alise des liens et qui commence &#224; appr&#233;hender le monde qui l'entoure. Autrement dit, dans les espaces de non-pr&#233;sentation de l'objet, le nourrisson est contraint &#224; se repr&#233;senter l'objet, &#224; travailler son non-contact direct.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;III. Rythme et psychose infantile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nos lecteurs se demanderont quel est le lien entre rythme et psychose infantile ? C'est ce que nous allons voir dans cette partie. Nous avons laiss&#233; un peu de c&#244;t&#233; l'aspect affectif du rythme. Cela ob&#233;it entre autres choses au propre fonctionnement de l'enfant psychotique. Le lien entre l'espace (le corps, les affects) et le temps, (la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure condens&#233;es par la repr&#233;sentation de mot) souffre, dans le fonctionnement psychotique, d'une dissociation. C'est justement l'articulation de la discontinuit&#233; par l'association espace-temporel qui propose le rythme que nous voulons soulever comme outil th&#233;rapeutique dans la prise en charge d'un enfant accueilli en h&#244;pital de jour. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans la non-pr&#233;sentation de l'objet que notre patient, et l'enfant psychotique en g&#233;n&#233;ral, est fortement en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quelle strat&#233;gie de sauvetage existentiel a mise en place notre patient pour essayer d'&#233;chapper aux angoisses d'annihilation r&#233;veill&#233;es quand l'objet n'est pas pr&#233;sent ? En faisant appel aux outils qu'il avait dans son contexte familial, il s'est identifi&#233; de mani&#232;re adh&#233;sive &#224; des films o&#249; la figure th&#233;&#226;trale mis en action par de Jean-Paul Belmondo appara&#238;t. L'appareil psychique cens&#233; m&#233;taboliser la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire cr&#233;er une histoire &#224; partir des discontinuit&#233;s, les d&#233;calages entre la satisfaction hallucinatoire du d&#233;sir et la r&#233;alit&#233; de l'objet, a &#233;t&#233; remplac&#233; par notre patient par un autre appareil, le cin&#233;matographique, et cela de mani&#232;re f&#233;tichis&#233;e. Cet appareil mat&#233;rialise et cr&#233;e des r&#233;cits et des histoires dans un contexte particulier. Mais cela n'est pas le sujet qui int&#233;resse notre patient. En effet, il ne se pr&#233;occupe pas de l'histoire en elle-m&#234;me. Notre patient, que nous appellerons Jules, par son agrippement aux films arrive &#224; fixer des &#233;l&#233;ments &#233;pars et dissoci&#233;s eux-m&#234;mes sur un objet qui le vectorise. Cet objet, c'est le DVD qui unifie un monde fou. Jules se d&#233;charge de tout le poids de la r&#233;alit&#233; en projetant ses mouvements pulsionnels sur les images des films. Les conflits pulsion/ r&#233;alit&#233; sont ainsi &#233;vinc&#233;s de sa r&#233;alit&#233; subjective. Les films pour Jules ou plut&#244;t Belmondo pour Jules pr&#233;sentent un personnage qu'il supplante. D'une fiction comme le film, il op&#232;re une extraction temporelle d'un personnage en l'incarnant. Pouss&#233; par son fonctionnement psychotique, il balaye la temporalit&#233; g&#233;n&#233;rationnelle et transforme un fantasme en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au-del&#224; du r&#244;le que joue, dans l'appareil psychique de Jules, l'image d'un personnage si particulier comme celui de Belmondo, nous voulons mettre en exergue la structure rythmique propre au cin&#233;ma. Quelle est la relation entre un film et le rythme ? En fait, pour introduire la temporalit&#233; dans la bobine filmique, il y a deux proc&#233;d&#233;s principaux : la coupure entre les photogrammes ins&#233;r&#233;s dans la pellicule, puis le montage des sc&#232;nes. Celui qui nous int&#233;resse essentiellement est le premier. Nous allons voir tout de suite pourquoi. Sans la coupure mat&#233;rielle de la pellicule, sans la perte d'un petit bout, nous obtiendrions sur la surface de projection un d&#233;fil&#233; sensible, quelque chose de l'ordre d'un flux d'images, sans aucun sens. La projection cin&#233;matographique est possible gr&#226;ce &#224; des clich&#233;s enregistr&#233;s sur une pellicule et s&#233;par&#233;s entre eux par un petit espace. Ces clich&#233;s enregistrent le d&#233;roulement d'une action &#224; diff&#233;rents moments sur une surface, de telle fa&#231;on que chaque clich&#233; fixe un mouvement diff&#233;rent de celui qui le pr&#233;c&#232;de (24 photogrammes par seconde). Ces pellicules sont mises dans une bobine qui tourne en recevant une lumi&#232;re. Cette derni&#232;re projette l'image amplifi&#233;e par une lentille sur l'&#233;cran. Pour que le mouvement soit per&#231;u comme naturel et non saccad&#233; ou robotis&#233;, il faut un &#233;quilibre, un &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt;entre l'&lt;i&gt;espace&lt;/i&gt; de chaque clich&#233; et la vitesse de rotation de la bobine, le &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;IV. Proposition th&#233;rapeutique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement de Jules nous a pouss&#233; &#224; mettre en place un travail th&#233;rapeutique en prenant comme point d'appui la seule chose qui semble constituer une sorte de continuit&#233; dans son passage &#224; l'h&#244;pital de jour : les films. Nous avons d&#233;cid&#233; de nous servir de cet espace-film comme d'une sorte de plateforme d'&#233;changes avec notre patient. En fait, le dispositif cin&#233;matographique nous sert d'outil partageable, transitionnel dans le sens de Winnicott pour pouvoir introduire, dans le monde de Jules, un principe de r&#233;alit&#233; qui se trouve ni&#233; profond&#233;ment (Winnicott, 1951). Accompagn&#233; de notre patient et de mani&#232;re hebdomadaire, nous avons mis en place la vision de &lt;i&gt;&#192;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; bout de souffle&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le casse&lt;/i&gt;. Ce dispositif a permis l'introduction d'une aire interm&#233;diaire pour m&#233;diatiser la relation avec notre patient, autrement tr&#232;s invasive et incoh&#233;rente. Les s&#233;ances sont divis&#233;es en trois moments puis se terminent par la cr&#233;ation d'un objet en p&#226;te &#224; modeler. Dans un cahier, nous annotons les r&#233;actions de Jules, ses commentaires, ses expressions. Chaque fois nous visionnons dix minutes du film. Les trois temps s'organisent ainsi : nous regardons l'extrait, nous demandons &#224; l'enfant de nous restituer ce qui s'est pass&#233; ou au moins ce qu'il a aim&#233; ou pas et en fonction de ce qu'il a aim&#233;, nous lui proposons de le figurer en p&#226;te &#224; modeler. Nous prenons en photo sa production avec l'id&#233;e de faire un album.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous utilisons la p&#226;te &#224; modeler pour plusieurs raisons. Il s'agit d'un objet mall&#233;able, mou, que Jules peut transformer comme il le souhaite. C'est une mati&#232;re qui oppose moins de r&#233;sistance en tant qu'objet ext&#233;rieur. En cons&#233;quence, la capacit&#233; de la p&#226;te &#224; modeler &#224; rappeler le principe de r&#233;alit&#233; se trouve amoindrie. Sa plasticit&#233; mat&#233;rielle permet une sorte de continuit&#233; entre le corps de Jules et un &#233;l&#233;ment venant de l'ext&#233;rieur, sans que la coupure entre Moi-Non-Moi soit trop brusque. Cette continuit&#233; est interrompue par le fait de la production. Le r&#233;sultat de ses manipulations se d&#233;tache de son propre corps en restant dans notre bureau. Ainsi, la p&#226;te &#224; modeler peut nous aider aussi &#224; introduire une amorce de limitation dedans-dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La mat&#233;rialisation d'une forme en rapport avec une partie du film nous semble aussi tr&#232;s importante. En ce sens, Freud d&#233;cri le fonctionnement de l'appareil psychique en faisant une sorte de point sur ses avanc&#233;es (Freud ,1911). Le titre de son article &lt;i&gt;Formulations sur les deux principes du cours des &#233;v&#233;nements psychiques&lt;/i&gt;, laisse supposer l'id&#233;e de l'&#233;coulement des images psychiques, comme une sorte de ruisseau. Il dit que, dans les &#233;tats de pens&#233;e propres au r&#234;ve, c'est-&#224;-dire des &#233;tats psychiques qui n'ont pas le poids du principe de r&#233;alit&#233;, la pens&#233;e est exprim&#233;e par des images sous forme hallucinatoire. Ces images seraient en connexion les unes avec les autres dans une logique diff&#233;rente de celle adopt&#233;e sous l'&#233;gide du processus secondaire. Autrement dit, une logique autre car le poids de la d&#233;ception due &#224; l'&#233;cart entre l'objet hallucin&#233; et l'objet de la r&#233;alit&#233; permet une liaison avec des repr&#233;sentations de la r&#233;alit&#233; (les mots) qui consentent une &#233;laboration en accord avec la qualit&#233; idiosyncratique de l'objet ext&#233;rieur. L'objet ext&#233;rieur n'est pas seulement pens&#233; en fonction de l'activation des premi&#232;res traces mn&#233;siques issues des contacts initiaux avec l'objet des besoins, c'est-&#224;-dire selon le propre d&#233;sir. Cet objet sera envisag&#233; avec sa vie autonome qui met un temps et un espace, un &#233;cart entre le d&#233;sir et sa satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans la pens&#233;e propre au r&#234;ve, o&#249; &lt;i&gt;la n&#233;gation n'existe pas&lt;/i&gt;, les images mn&#233;siques sont coll&#233;es les unes aux autres, dans une continuit&#233; sans fin ni d&#233;but, selon les deux principes d&#233;couverts par Freud : d&#233;placement et condensation. Deux m&#233;canismes qui m&#233;nagent l'espace, la mat&#233;rialit&#233; des traces sur l'appareil psychique. L'un fait le lien par contigu&#239;t&#233;, l'autre par similitude. Si les id&#233;es dans la pens&#233;e du r&#234;ve n'ont pas d'arr&#234;t, ni le temps ni la contradiction n'existent, cela veut dire que les images sont m&#233;lang&#233;es les unes avec les autres par des liens autres que ceux par lesquels nous produisons le raisonnement dans la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le probl&#232;me, avec notre jeune patient, c'est qu'il utilise une pens&#233;e propre au r&#234;ve. On a l'impression que ses images mentales ne sont pas s&#233;par&#233;es les unes des autres. Par cons&#233;quent, pour lui, il n'est pas possible de former des cat&#233;gories selon les m&#233;canismes de l'opposition, de la contradiction et de l'identit&#233;. D'une certaine mani&#232;re, avec la cr&#233;ation d'un objet mat&#233;riel, nous voulons limiter la pens&#233;e onirique de notre patient en introduisant une concr&#233;tisation temporo-spatiale incarn&#233;e par un objet physique qui se r&#233;f&#232;re &#224; un contexte global (le film) ; donner une sorte de gravit&#233; &#224; une pens&#233;e qui est purement libre, sans contraintes mat&#233;rielles. Une pens&#233;e qui n'est pas attach&#233;e aux objets du r&#233;seau socio-culturel. Une pens&#233;e qui n'est pas en dehors de la soci&#233;t&#233;. Elle n'est pas non plus dehors. Elle est simplement hors, sans la r&#233;f&#233;rence &#224; un dedans auquel il puisse s'opposer et se dialectaliser. Jules ne semble pas articul&#233; en &lt;i&gt;r&#233;f&#233;rence &#224;&lt;/i&gt;, il est, tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un autre point important dans le tissu th&#233;rapeutique que nous faisons avec Jules est l'immortalisation de l'objet qu'il produit. Nous le prenons en photo. Nous fabriquons ainsi une sorte de m&#233;moire orthop&#233;dique, de s&#233;diment des impressions effectu&#233;es sur l'appareil psychique de l'enfant. Il s'agit d'une forme stable qui reste inscrite dans une surface mat&#233;rielle sans qu'elle soit contamin&#233;e ou d&#233;truite par le processus psychotique. Jules est capable de se rem&#233;morer des &#233;v&#233;nements. Paradoxalement, il a une tr&#232;s bonne m&#233;moire pour les titres des films, les acteurs qui y jouent, le r&#233;alisateur et l'ann&#233;e de r&#233;alisation. Il peut aussi se rappeler les activit&#233;s qu'il a faites mais rapidement il m&#233;lange les exp&#233;riences, les confond dans un r&#233;cit qui devient incoh&#233;rent. &#192; c&#244;t&#233; de cela, par moment, nous avons l'impression que c'est toujours la premi&#232;re fois qu'il est confront&#233; au mouvement de la vie, aux &#233;l&#233;ments qu'il rencontre, aux personnes de l'h&#244;pital pour lesquelles il a d&#233;velopp&#233; un transfert assez fort. Le fait qu'il montre cet effet de surprise et d'enthousiasme avec son environnement (&#224; l'&#233;cole c'est plut&#244;t un sentiment de pers&#233;cution qui s'active) nous conduit &#224; nouveau vers l'id&#233;e d'un v&#233;cu de la temporalit&#233; tr&#232;s particulier. C'est comme si les traces de m&#233;moire qui servent &#224; nous rappeler, pr&#233;voir et anticiper les objets du monde ne fonctionnaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce propos, nous avons consult&#233; le bilan cognitif effectu&#233; par le psychologue scolaire. Jules a pass&#233; un WISC-IV &#224; la fin de l'ann&#233;e 2015 mais les r&#233;sultats ne sont pas d'un bon pronostic. En effet, le test s'est r&#233;v&#233;l&#233; un &#233;chec tellement Jules &#233;tait incoh&#233;rent. Faute d'avoir une &#233;valuation objective de sa m&#233;moire de travail, nous faisons appel &#224; nos observations et impressions cliniques &#224; ce sujet. Nous pouvons constater que d'une certaine mani&#232;re, chez Jules, les &#233;v&#233;nements s'inscrivent en m&#233;moire. En m&#234;me temps, cette inscription doit se faire d'une mani&#232;re particuli&#232;re car sinon comment expliquer la nouveaut&#233; qui illumine le monde chaque jour ? Quand un objet est repr&#233;sent&#233; par des mots, il perd de sa vivacit&#233; premi&#232;re, parce que, entre autres choses, il se lie, s'associe avec d'autres repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Chez Jules, les traces qui le lient aux objets sont vivantes comme la premi&#232;re fois et ne semblent pas rester permanentes d'un jour &#224; l'autre. Ce n'est pas le cas pour toutes les traces. Par exemple les traces psychomotrices n&#233;cessaires pour l'ex&#233;cution du repas semblent acquises. M&#234;me si sa mani&#232;re de manger montre des mouvements de tonalit&#233; molle, contamin&#233;e par la psychose, il arrive &#224; coordonner les diff&#233;rentes actions qui aboutissent pour se nourrir. Il en est de m&#234;me pour la marche. Ses difficult&#233;s d'inscription se retrouvent dans ses relations aux autres, envers l'alt&#233;rit&#233; qu'il &#233;vince par des identifications massives ou en se sentant pers&#233;cut&#233; dans un mouvement affectif binaire. C'est dans son rapport aux autres, &#224; la r&#233;alit&#233;, que se trouvent les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La mat&#233;rialisation puis la prise en photo du produit issu du contact perceptif de Jules avec une partie du film conduisent la vis&#233;e de l'axe th&#233;rapeutique vers la permanence des traces perceptives. Chez Jules, le fonctionnement onirique de sa pens&#233;e suivant le principe primaire de Freud, ne semble pas retenir l'objet dans une repr&#233;sentation qui puisse rester et canaliser le v&#233;cu affectif du contact avec le monde. Les passages &#224; l'acte refl&#232;tent un appareil psychique qui fonctionne par une &#233;conomie de d&#233;charge o&#249; l'&#233;nergie a du mal &#224; se lier, &#224; s'accumuler et &#224; construire des objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En observant notre d&#233;marche th&#233;rapeutique, nous remarquons le chemin r&#233;gressif vers l'appareil psychique de Jules. D'abord, d'un conglom&#233;rat d'images situ&#233;es dans une continuit&#233; confuse, nous avons extrait deux films parmi ceux que notre patient nommait fr&#233;quemment. Ensuite, nous avons segment&#233; la bande filmique en passages de dix minutes qui sont visionn&#233;s une fois par semaine. Puis, nous voulons que l'enfant cr&#233;e une esp&#232;ce de figuration mat&#233;rielle en p&#226;te &#224; modeler qui incarne l'aspect autrement virtuel, onirique propre aux films. Finalement, nous prenons cette forme en photo et l'ins&#233;rons dans un album. Par la vision du film et sa figuration mat&#233;rielle post&#233;rieure, nous voulons que le temps (donn&#233; par le caract&#232;re insaisissable et &#233;ph&#233;m&#232;re du film) et l'espace (la p&#226;te &#224; modeler) se lient, que leurs fonctionnements s'accordent. Nous nous expliquons : les images auxquelles Jules s'est identifi&#233; ne sont pas vraisemblablement coup&#233;es, ordonn&#233;es, mises en histoire. Si c'&#233;tait le cas, il montrerait un int&#233;r&#234;t pour ce qui est racont&#233;. Ce qui l'attire, ce n'est pas le r&#233;cit du film. Il ne lie pas les sc&#232;nes entre elles et construit un tout avec un sens plus ou moins en accord avec lui. Ce qui l'int&#233;resse, ce sont les mouvements, les actions, les gestes. On peut dire d'embl&#233;e qu'il ne regarde pas un film, mais certains d&#233;tails du film, toujours les m&#234;mes. Il d&#233;gage du film la partie qui peut lui octroyer une historicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;V. Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La discontinuit&#233; dans la pr&#233;sentation du film a &#233;t&#233; notre mode op&#233;ratoire. Ces images, relais direct des images psychiques de Jules mat&#233;rialis&#233;s par le film et par la s&#233;paration en s&#233;quences de dix minutes, subissaient la temporalisation chronologique de notre arbitre et la spatialisation contenante de notre bureau. L'objectif est que, dans le laps de temps entre une pr&#233;sentation et une autre, la charge pulsionnelle des images devienne moins importante gr&#226;ce &#224; l'introduction des discontinuit&#233;s appliqu&#233;es directement sur le film/image psychique. La force des images filmiques, l'effet que provoquaient sur notre patient les actions r&#233;flexes qui s'actionnaient, se sont affaiblis au fil des s&#233;ances. Du refus agi de la premi&#232;re s&#233;ance o&#249; nous avions propos&#233; &#224; Jules de la p&#226;te &#224; modeler pour figurer la partie du film qu'il souhaitait jusqu'au commentaire &#171; je ne suis pas Belmondo, je fais semblant d'&#234;tre Belmondo &#187;, il s'est produit une d&#233;valuation de la charge pulsionnelle des images filmiques en faveur d'une pr&#233;figuration mo&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s un an de traitement, il a pu r&#233;aliser des commentaires autour des &#233;motions que la fin du film &#233;veillait. M&#234;me si la mimique du visage n'&#233;tait pas accord&#233;e &#224; l'affect exprim&#233; (tristesse), ce qui t&#233;moigne toujours d'un processus dissociatif, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que Jules prof&#233;rait une &#233;motion sans passer &#224; l'acte. La n&#233;gativation de la pulsion s'est aussi refl&#233;t&#233;e dans son comportement, moins agit&#233; et plus attentif au film. Les dessins qu'il a r&#233;alis&#233;s devenaient plus en lien avec une des sc&#232;nes de la s&#233;quence visualis&#233;e. Il acceptait aussi de poser un titre sur la feuille r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; l'action &lt;i&gt;repr&#233;sent&#233;e&lt;/i&gt; par le dessin. De ses productions en p&#226;te &#224; modeler en passant par des lettres isol&#233;es jusqu'&#224; la demande de r&#233;aliser des dessins en lien avec la s&#233;quence regard&#233;e, nous pensons que les discontinuit&#233;s r&#233;guli&#232;res c'est-&#224;-dire rythmiques, for&#231;aient l'appareil psychique de Jules &#224;&lt;i&gt; travailler&lt;/i&gt; pendant les coupures. Ce travail se retrouvait dans la production d'objets plus figuratifs. Malgr&#233; le changement de l'outil d'expression, en faveur d'un moyen plus &lt;i&gt;repr&#233;sentatif&lt;/i&gt;, plus &#233;loign&#233; de la chose et de sa charge perceptive, les productions de Jules sont loin de constituer une repr&#233;sentation. Ses dessins portent le sceau d'une d&#233;vitalisation mortif&#232;re. Les traces que Jules imprime sur la feuille ont l'air tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;res, peu charg&#233;es &#233;nerg&#233;tiquement. Les figures donnent l'impression de se m&#233;langer avec la surface sur laquelle il applique l'encre. La forme et le fond se confondent, la pr&#233;sentation et la repr&#233;sentation se situent sur le m&#234;me registre. L'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur sont transparents, les personnages sont vus &#224; travers les portes, sans la diff&#233;renciation de positions, de temps et d'espace, bref, sans historicit&#233;. Le caract&#232;re hostile reste palpable, les visages d&#233;shumanis&#233;s mettent au premier plan la marque sadique-orale avec des bouches dent&#233;es, des expressions o&#249; le visage est marqu&#233; par le m&#233;contentement, f&#226;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Notre article se base sur ce qui, &#224; notre sens, constitue le contact primordial avec les choses : le sentir. C'est &#224; partir de ces r&#233;sonances affectives que le rythme agit de deux fa&#231;ons : La premi&#232;re est l'expression m&#234;me du sentir. Les &#233;motions, par leurs caract&#233;ristiques pulsatiles, de mont&#233;e et de descente et d'intensit&#233;, int&#232;grent en leur sein le rythme (nomm&#233; par nous primaire). Ce dernier fonctionne &#233;galement comme un type d'expression qui, tout en &#233;chappant &#224; la &lt;i&gt;repr&#233;sentation de mot&lt;/i&gt;, communique. La deuxi&#232;me fa&#231;on d'agir du rythme est la structure. Nous avons d&#233;cel&#233; l'articulation ternaire qu'organise le rythme, repr&#233;sent&#233;e par les chiffres 1-0-1. Ce type de rythme, nous l'appelons secondaire. D'un &lt;i&gt;rythme&lt;/i&gt; &lt;i&gt;primaire &lt;/i&gt;(les expressions de la neuro-anatomie au sens large) &#224; un &lt;i&gt;rythme&lt;/i&gt; &lt;i&gt;secondaire&lt;/i&gt; (dans lequel les capacit&#233;s relationnelles avec l'alt&#233;rit&#233; sont au premier chef), cet outil s'inscrit dans l'affect. En ce sens, le rythme peut &#234;tre entendu comme une signification sans signifiant. Nous dirions que la particularit&#233; la plus importante du rythme est sa capacit&#233; &#224; rendre l'alt&#233;rit&#233; (de la pulsion et du monde) moins &#233;trang&#232;re pour que le dispositif psychique se forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En r&#233;sum&#233;, si nous pouvions exprimer en un mot notre intention th&#233;rapeutique, nous dirions avec Freud que &#171; l&#224; o&#249; &#233;tait du &#231;a, du moi doit advenir &#187; (Freud, 1932). Est-ce que nous avons pu atteindre ce but th&#233;rapeutique ? Il serait de notre part trop ambitieux et irr&#233;el de vouloir l'atteindre. Malgr&#233; cela, il y a eu des progr&#232;s chez notre patient. D'un mode de contact impulsif il a &#233;volu&#233; vers une interaction un peu plus &lt;i&gt;r&#233;flexive&lt;/i&gt;. Ses productions se sont transform&#233;es. C'est justement la mise en forme que nous voulions travailler avec notre patient &#224; travers le rythme. Mise en forme de son narcissisme primaire &#233;clat&#233; qui, dans un deuxi&#232;me temps, peut &#234;tre figur&#233; par les mots.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Ernest, J., &lt;i&gt;La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud I&lt;/i&gt; (1953). &lt;i&gt;Les jeunes ann&#233;es 1856-1900&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2006, p. 10-17.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Ernest, J., &lt;i&gt;La vie et l'&#339;uvre de Sigmund Freud II&lt;/i&gt; (1955). &lt;i&gt;Les ann&#233;es de maturit&#233; 1901-1919&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2006, p. 83-84.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S., &#171; Formulations sur les deux principes du cours des &#233;v&#233;nements psychiques &#187;, (1911), &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes I, &lt;/i&gt;1820-1920,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Paris, PUF, 1984, p. 135-143.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S., &#171; La n&#233;gation &#187;, (1925), &lt;i&gt;R&#233;sultats, id&#233;es, probl&#232;mes II, &lt;/i&gt;1921-1938, Paris, PUF, p.135-139.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S., &#171; M&#233;tapsychologie &#187;, (1915), &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes, Psychanalyse, &lt;/i&gt;Tome XIII, 1914-1915, Paris, PUF, 1988, p. 159-260.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S., &#171; Le trait d'esprit et sa relation &#224; l'inconscient &#187;, (1905), &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes, Psychanalyse, &lt;/i&gt;Tome VII, 1905, Paris, PUF, 2014.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud, S., &#171; XXXI Le&#231;on, La d&#233;composition de la personnalit&#233; psychique &#187;,(1932), &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes, Psychanalyse, &lt;/i&gt;Tome XIX, 1931-1936, Paris, PUF, 1995,p.140-163.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Freud,S.,&#171; Trois essais sur la th&#233;orie sexuelle &#187;,(1905), &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes, Psychanalyse, &lt;/i&gt;Tome VI, 1901-1905, Paris, PUF, 2006, p. 59-181.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Godard, J-L., &lt;i&gt;&#192; bout de souffle&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(1960).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Green, A., &lt;i&gt;Le Travail du n&#233;gatif&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit, 2011.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Maiello, S., &#171; Les &#233;tats autistiques et les langages de l'absence &#187;,&lt;i&gt; Langage, voix et parole dans l'autisme&lt;/i&gt;, sous dir. Touati, B., Joly, F., Laznik, M-C., Paris, PUF, 2007, p. 85-119.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Reik, T., &lt;i&gt;&#201;crits sur la musique&lt;/i&gt;, (1953), Paris, Les Belles Lettres, 1984.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Reik, T., Variations psychanalytiques sur un th&#232;me de Gustav Mahler, (1953), Paris, Deno&#235;l, 1972.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Schopenhauer, A., &lt;i&gt;Le monde comme volont&#233; et repr&#233;sentation I&lt;/i&gt;, (1814), Paris, Gallimard, 2009.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Verneuil, H., &lt;i&gt;Le casse&lt;/i&gt;, (1971).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Winnicott, D. W., &#171; Objets transitionnels et ph&#233;nom&#232;nes transitionnels &#187;, (1951), &lt;i&gt;Jeu et R&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1971, p. 27-64.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il nous semble important de signaler l'entretien analytique de 4 heures que Freud accorda &#224; Mahler lui-m&#234;me en ao&#251;t 1910. Alors que le psychanalyste se trouvait en vacances en Hollande, il re&#231;ut le t&#233;l&#233;gramme du musicien, dont la demande avait &#233;t&#233; conseill&#233;e par le parent de sa femme, le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt;. Nepallek. Apr&#232;s l'annulation de trois rendez-vous de la part de Mahler, Freud riposta par un ultimatum. Finalement ils se rencontr&#232;rent fin ao&#251;t dans la ville de Leyde. Malgr&#233; le fait que Mahler n'avait aucune connaissance de la psychanalyse, &#171; Freud d&#233;clara qu'il n'avait jamais rencontr&#233; personne que la compris si vite. &#187; J. Ernest, &lt;i&gt;La vie et l'ouvre de Sigmund Freud II,&lt;/i&gt; (1955) &lt;i&gt;Les ann&#233;es de maturit&#233; 1901-1919&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2006, p. 83-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour expliquer la position de refus que Freud entretenait vis-&#224;-vis de la musique, ils existent d'autres hypoth&#232;ses que Reik ne cite pas dans son livre. Par exemple, la jalousie qu'il &#233;prouvait pour sa s&#339;ur cadette Anna ; jalousie aliment&#233;e par le fait que celle-ci voulant apprendre &#224; jouer du piano, accaparait l'attention de la m&#232;re. Lors de cours de musique et malgr&#233; l'&#233;loignement de l'instrument du &#171; bureau &#187; de Freud, le son du piano g&#234;nait son atmosph&#232;re d'&#233;tude &#224; tel point que le piano fut enlev&#233; et qu'aucun membre de la famille ne re&#231;ut d'&#233;ducation musicale. J. Ernest, &lt;i&gt;La vie et l'ouvre de Sigmund Freud II,&lt;/i&gt; (1953) &lt;i&gt;Les jeunes ann&#233;es 1856-1900&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2006, p. 10-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur les rythmes de nos vies : notes &#224; propos de quelques &#233;volutions r&#233;centes
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1085</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1085</guid>
		<dc:date>2014-01-18T18:13:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Michon
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cet expos&#233; a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; lors du colloque &#171; Autant de b&#233;b&#233;s &#8211; Au temps du b&#233;b&#233; &#8211; Rythmes et d&#233;veloppement du nourrisson &#187; &#224; Issy-les-Moulineaux le 6 d&#233;cembre 2013. On en trouvera une version &#233;crite ici.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet expos&#233; a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; lors du colloque &#171; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article984' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Autant de b&#233;b&#233;s &#8211; Au temps du b&#233;b&#233; &#8211; Rythmes et d&#233;veloppement du nourrisson&lt;/a&gt; &#187; &#224; Issy-les-Moulineaux le 6 d&#233;cembre 2013. On en trouvera une version &#233;crite &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1375' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_5953 spip_document spip_documents spip_document_audio&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-5953 &#034; data-id=&#034;45e3622f728b8a51cef595d1ffdf1f48&#034; src=&#034;IMG/mp3/pascal_michon_colloque_06_12_2013_autant_de_bebes_au_temps_du_bebe.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:1831}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript15424943376a27dc6d28dc14.01814497&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzc5NDQzNTM4JyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3Nzk0NDM1MzgnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;saddiction comme ph&#233;nom&#232;ne rythmique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1070</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1070</guid>
		<dc:date>2014-01-01T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>St&#233;phanie Delpuch
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une force que je lance hors de moi se transforme en mouvement. Fernand Schirren, Le rythme primordial et souverain Le monde du soin, dans les secteurs complexes des addictions, n&#233;cessite un renversement philosophique et politique des notions qui participent &#224; normer la conception du corps et de la perception. La conception culturelle, sociale et cons&#233;quemment m&#233;dicale du corps s&#233;par&#233; de l'esprit, h&#233;rit&#233;e du platonisme et du christianisme, d&#233;fie l'application des techniques somatiques en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Des-organisations politiques sur les mani&#232;res de fluer&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Des-organisations politiques sur les mani&#232;res de fluer&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Per Forma&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Per Forma&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La d&#233;s-addiction comme ph&#233;nom&#232;ne rythmique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;La d&#233;s-addiction comme ph&#233;nom&#232;ne rythmique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;Une force que je lance hors de moi se transforme en mouvement.
&lt;p&gt;Fernand Schirren, &lt;i&gt;Le rythme primordial et souverain&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/DIV ALIGN&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le monde du soin, dans les secteurs complexes des addictions, n&#233;cessite un renversement philosophique et politique des notions qui participent &#224; normer la conception du corps et de la perception. La conception culturelle, sociale et cons&#233;quemment m&#233;dicale du corps s&#233;par&#233; de l'esprit, h&#233;rit&#233;e du platonisme et du christianisme, d&#233;fie l'application des techniques somatiques en milieu sp&#233;cialis&#233;, comme voie &#233;ducative de transformation et de production de conscience. Dans ses travaux philosophiques, Bernard Stiegler se confronte &#224; la question du th&#233;rapeutique pos&#233;e comme une opposition au &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;. Pour se d&#233;faire de ce mode de pens&#233;e binaire typique de la m&#233;decine philosophique de Platon, Stiegler tente une conversion en pla&#231;ant au c&#339;ur du processus d'individuation notre technicit&#233;. La n&#233;cessit&#233; d'une approche pharmacologique, c'est de comprendre que toute action, objet de d&#233;sir, est &#224; la fois rem&#232;de et poison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans son &#233;tude sur les &#171; Techniques du corps &#187;, Marcel Mauss d&#233;crit l'influence des techniques corporelles sur les processus de montages physio-psycho-sociologiques : techniques d'apprentissage par &#171; coordination de mouvements pour une action d&#233;termin&#233;e &#187;, &#171; s&#233;lections des arr&#234;ts et mouvements &#187;, soutenant ainsi que l'individu est le lieu, la m&#233;diation entre diff&#233;rentes techniques de production rythmiques de corps par lesquelles il advient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Mauss, &#171; Les techniques du corps &#187;, Sociologie et Anthropologie, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans un contexte th&#233;rapeutique, il est n&#233;cessaire de discerner comment la participation d'un atelier de pratiques corporelles valorise la production d'un milieu de soin, se co-construit avec ce milieu et les pouvoirs qui le traversent. Ce texte vise &#224; d&#233;finir ce contexte politique et &#233;tendre ses perspectives afin d'orienter les enjeux de la pratique dans un second temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Des-organisations politiques sur les mani&#232;res de fluer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux comprendre l'organisation politique autour de la consommation de produits licites/illicites, l'&#233;tude sur la politique d'immunit&#233; men&#233;e par Beatriz Preciado constitue une source d'inspiration importante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;minaire sur la politique d'immunit&#233; et de luttes antir&#233;trovirales les 8, 9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle y d&#233;finit la notion d'h&#233;ro&#239;nomane comme &#171; touchant de mani&#232;re centrale &#224; la criminalisation de la consommation d'un certain nombre de mol&#233;cule &#187;. Sous ce regard, l'approche segment&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au-del&#224; de la toxicomanie, prise en charge des d&#233;pendances &#224; l'alcool, au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des &#171; prises en charge &#187; institutionnelles appara&#238;t comme technique de r&#233;gulation des mani&#232;res de fluer, selon un certain mod&#232;le de corps politique, &#224; travers diff&#233;rentes cat&#233;gories de population. Comme le note la Mission Interminist&#233;rielle de la Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La MILDT d&#233;veloppe la philosophie de la loi de 1970, sa politique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans la &#171; philosophie de la loi de 1970 &#187;, la distinction faite entre la toxicomanie et les d&#233;pendances &#224; l'alcool et au tabac &#171; renforce des attitudes discriminatoires entre des usagers d&#233;pendants de produits illicites et des usagers d&#233;pendants de produits licites &#187;. Dans ce contexte, le statut social du toxicomane est aussi un statut culturel, la l&#233;galisation se pr&#233;sentant davantage comme un probl&#232;me social que m&#233;dical ; les institutions deviennent le lieu o&#249; s'exercent principalement deux r&#233;gimes de pouvoirs : un pouvoir biopolitique, incriminant les consommateurs de produits &#171; ill&#233;gaux &#187; suivant le mod&#232;le des &#201;tats-Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En 2002, le pr&#233;sident G. W. Bush allouait un budget de 19 milliards de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et prescrivant, injectant des produits de substitution, dits &#171; transitionnels &#187;, pour r&#233;guler l'&#233;tat somatique de l'usager ; un pouvoir pharmaco-pornographique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La soci&#233;t&#233; contemporaine est habit&#233;e par des subjectivit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, plus fluide, celui du secteur des industries pharmaceutiques qui &#171; tend par la production de m&#233;dicaments psychotropes au contr&#244;le et &#224; la production du corps d&#233;sirant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Preciado, Testo junkie : sexe, pouvoir et biopolitique, op. cit., p. 37.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La syst&#233;matisation des traitements m&#233;dicamenteux et sa logique d'acc&#233;l&#233;ration du geste de soin &#8211; le traitement et non plus l'accompagnement relationnel &#8211; inscrit la d&#233;marche du soin dans une politique de biochimisation du corps et du genre, niant l'individu dans son identit&#233; somatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si, les consommateurs de produits illicites correspondent au corps malade/d&#233;viant du mod&#232;le biopolitique et si ce r&#233;gime produit, &#224; travers la technologisation de la m&#233;decine, un mod&#232;le de corps d&#233;sirants, comment participer &#224; la construction d'un corps vivant dont l'id&#233;al ne serait pas celui d'une politique d'identit&#233; exclusive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comment faire &#233;voluer les r&#232;gles &#8211; r&#233;alit&#233;s techniques &#8211; &#224; l'int&#233;rieur des centres de soins pour addictions vers des pratiques sociales rendues possibles par d'autres techniques du corps, et qui introduiraient des &#233;carts critiques &#224; l'int&#233;rieur des discours de v&#233;rit&#233; (rationalit&#233;, v&#233;rit&#233; anatomique), modifiant ainsi les r&#233;gimes de repr&#233;sentations par la remise en cause des techniques de gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Per Forma&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;marche r&#233;flexive, le collectif PPROD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPROD soutient une dynamique de recherche &#224; travers un engagement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; propose des ateliers pour d&#233;velopper les outils de recherches de pratiques performatives. Il s'agit de rencontres autour de diff&#233;rentes pratiques afin d'explorer les techniques d'improvisation en tant que mode de composition spontan&#233;e. Le travail d'improvisateur est un travail d'auteur. Le langage appartient &#224; celui qui le d&#233;veloppe. Dans un contexte global d'&#233;conomie lib&#233;rale, la singularit&#233; est d&#233;valoris&#233;e par les grandes instances culturelles. Par la pratique de l'improvisation, il s'agit de r&#233;affirmer son positionnement dont l'enjeu esth&#233;tique est de d&#233;velopper, &#224; travers son &#233;coute et son instrument, ses perceptions. L'improvisateur est confront&#233; &#224; la survie de sa pratique. La construction d'une action collective par le biais de l'improvisation, met en &#171; jeu &#187; et en &#171; je &#187; l'action spontan&#233;e de chaque membre du groupe afin de cr&#233;er une structure de langage &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#233;laboration de ce dispositif sc&#233;nique chor&#233;graphique influenc&#233; par l'outil partitionnel &lt;i&gt;Tuning Score&lt;/i&gt; de Lisa Nelson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tuning Score, outil partitionnel &#233;labor&#233; par Lisa Nelson, chor&#233;graphe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; interroge la relation regardant/regard&#233;, l'improvisation &#233;tant la technique employ&#233;e pour stimuler le &#171; dialogue entre &#187;. Je suis ici les propos de Lisa Nelson pr&#233;sentant l'enjeu du dispositif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; propre de la partition est &#171; l'accordage &#187;. Pour cela, elle se sert de deux sortes d'outils : le mouvement et de simples appels vocaux (exemple : fin, pause, &#224; rebours, remplacer, &#224; voix haute&#8230;). L'intention sous jacente est la reprise &#8211; il s'agit de se montrer les uns aux autres ce qu'on per&#231;oit. Chaque joueur intervient, au m&#234;me titre, en tant qu'ex&#233;cutant, metteur en sc&#232;ne et spectateur pour accorder l'image en faisant le point pour lui-m&#234;me, tout en communiquant clairement ses d&#233;sirs aux autres. Ensemble, nos choix r&#233;v&#232;lent la forme, &#224; mesure qu'elle surgit, et mettent la danse en mouvement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Nelson, De l'une &#224; l'autre, Bruxelles, &#233;d. Contredanse, 2010.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique de composition collective permet ainsi d'observer, d'&#233;couter, les positionnements de chaque participant &#224; l'&#233;gard de la composition en cours. Le s&#233;quen&#231;age &#8211; par les appels vocaux qui sont emprunt&#233;s au vocabulaire de techniques de montage cin&#233;matographique &#8211; permet d'&#233;prouver une oscillation entre individuation psychique et individuation collective. Cet &#233;cart comme processus dynamique d'un ajustage constamment en transformation est source polyrythmique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#233;moire kinesth&#233;sique appara&#238;t plus ou moins spontan&#233;ment selon les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que ce soit dans l'articulation de nos gestes, dans la gestion de l'&#233;quilibre, dans l'organisation de la pens&#233;e, il appara&#238;t des &lt;i&gt;patterns&lt;/i&gt; propres &#224; chaque personne, un &#171; rythme propre &#187;. Pouvoir composer une partition rythmique &#224; plusieurs, donc, pouvoir jouer &#224; la fois avec l'&#233;coute et la reconnaissance de ce que font les autres, et agir de fa&#231;on autonome. La capacit&#233; non seulement d'inventer &#171; son propre rythme &#187;, mais de contribuer &#224; la proposition en prenant position vis-&#224;-vis des propositions des autres. L'usage de la partition de Lisa Nelson permet pr&#233;cis&#233;ment de rendre sensible &#224; tous &#8211; par le principe d'appels vocaux &#8211; la construction d'un rythme &#224; plusieurs. Ce travail de composition peut se d&#233;cliner &#224; partir des mat&#233;riaux de gestes du quotidien : cuisiner, marcher ensemble, etc&#8230; afin de sensibiliser aux rythmes propres de ces gestes et de les d&#233;placer vers un travail de composition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La d&#233;s-addiction comme ph&#233;nom&#232;ne rythmique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une interpr&#233;tation rythmique de la pens&#233;e de l'addiction pathologique serait que le geste addictif est r&#233;gi par un rythme r&#233;p&#233;titif dont la personne n'arrive pas &#224; s'extraire. L'institution (et notamment les approches comportementalistes) proposent une prise de contr&#244;le de l'addiction par un &#171; contr&#244;le &#187; des rythmes quotidiens tr&#232;s stricts ; il s'agit donc d'imposer d'autres rythmes immuables pour &#171; prot&#233;ger &#187; l'usager des flottements rythmiques propices &#224; la rechute. La vis&#233;e du dispositif pr&#233;sent&#233; ici est autre : il s'agit de retrouver la capacit&#233; pour la personne de r&#233;inventer des rythmes, de varier, de suspendre son geste, le diff&#233;rer, l'acc&#233;l&#233;rer, etc. Autrement dit, non pas le rendre addictif &#224; des rythmes impos&#233;s qui l'emp&#234;cheraient de &#171; retomber &#187; dans les rythmes de son addiction premi&#232;re, mais plut&#244;t, lui redonner un pouvoir d'agir sur ses &#171; propres &#187; rythmes. Le processus de composition spontan&#233;e g&#233;n&#232;re une &#171; situation &#187; au sein du groupe qui rend possible cette prise d'autonomie rythmique, celle de prendre une initiative qui ne r&#233;pond ni &#224; un habitus (addictif) ni &#224; une injonction (th&#233;rapeutique ou &#233;ducative).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rythme donc, dans la perspective ou ce processus d'individuation collective port&#233; par des techniques multiples serait un d&#233;bat permanent tenu par un calendrier, et qu'il doterait chacune des personnes d'un savoir politique, c'est-&#224;-dire social et donc d'un pouvoir d'agir rythmique (subjectivation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le dispositif de l'atelier (en tant que technique d'auto-r&#233;gulation) convoque des techniques somatiques comme processus de transformation du milieu pr&#233;-individuel. La pratique est pharmacologique, elle d&#233;veloppe des imaginaires somato-politiques et cherche &#224; r&#233;duire les failles biopolitiques qui tendent &#224; naturaliser les gestes, mais elle peut en m&#234;me temps enfermer dans des modes de transmission qu'on n'interroge plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Mauss, &#171; Les techniques du corps &#187;, &lt;i&gt;Sociologie et Anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1950.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S&#233;minaire sur la politique d'immunit&#233; et de luttes antir&#233;trovirales les 8, 9 et 10 novembre 2011 &#224; l'ENSA de Bourges pour le premier volet du projet IM/MUNE. Ouverture du programme &#171; Open the pill &#187; par Beatriz Preciado.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Au-del&#224; de la toxicomanie, prise en charge des d&#233;pendances &#224; l'alcool, au tabac, et des d&#233;pendances sans produit (jeux pathologiques, achats compulsifs&#8230;) &#187;, &lt;i&gt;Projet d'&#233;tablissement du Centre de Soins, d'Accompagnement et de Pr&#233;vention en Addictologie,&lt;/i&gt; CE.I.I.S, d&#233;cembre 2009, p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La MILDT d&#233;veloppe la philosophie de la loi de 1970, sa politique de prohibition ainsi que l'injonction th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; En 2002, le pr&#233;sident G. W. Bush allouait un budget de 19 milliards de dollars &#224; la strat&#233;gie de lutte antidrogue des E.U. Sur ce budget, 87 % ont &#233;t&#233; attribu&#233;s &#224; l'interdiction et &#224; la r&#233;pression ; seuls 13 % &#233;taient destin&#233;s &#224; l'&#233;ducation et au traitement. L'interdiction a notamment consist&#233; &#224; reprendre les survols de surveillance antidrogue de la Colombie et du P&#233;rou et &#224; d&#233;clarer (en citant les talibans afghans parmi d'autres organisations terroristes) que la guerre contre les drogues &lt;i&gt;(War on drugs)&lt;/i&gt; faisait partie de la guerre contre le terrorisme. C'est l'offre, et non la demande, qui est la cible principale des mesures antidrogues de ce gouvernement, refl&#233;tant ainsi l'opinion publique largement partag&#233;e que l'usage des drogues illicites devrait &#234;tre criminalis&#233;, et non m&#233;dicalis&#233;. [&#8230;] Une cons&#233;quence de cet int&#233;r&#234;t disproportionn&#233; port&#233; sur l'offre plut&#244;t que sur la demande a &#233;t&#233; l'augmentation consid&#233;rable de la population incarc&#233;r&#233;e. En 1972, apr&#232;s 50 ans d'une augmentation continue du nombre de d&#233;tenus dans les prisons, les &#233;tablissements carc&#233;raux am&#233;ricains comptaient 200 000 d&#233;tenus. Ils sont aujourd'hui 1,3 million, dont pr&#232;s du tiers avec des ant&#233;c&#233;dents d'abus de substances. &#187;, John C. M. Brust, &lt;i&gt;Les Aspects neurologiques de l'addiction&lt;/i&gt;, Issy les Moulineaux, Elsevier Masson, 2007, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; contemporaine est habit&#233;e par des subjectivit&#233;s toxico-pornographiques : subjectivit&#233;s se d&#233;finissant par la ou les substance(s) qui dominent leur m&#233;tabolisme, par les proth&#232;ses cybern&#233;tiques qui leur permettent d'agir, par le type de d&#233;sirs pharmaco-pornographiques qui orientent leur action. Nous ne parlerons plus de sujets souverains et ali&#233;n&#233;s, mais de sujets Prozac, sujet cannabis, sujet coca&#239;ne, sujets alcool, sujets Ritaline, sujets cortisone, sujets silicone, sujets h&#233;t&#233;rovaginaux, sujets double-p&#233;n&#233;tration, sujets Viagra... &#187;, B. Preciado, &lt;i&gt;Testo junkie : sexe, pouvoir et biopolitique&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 2008, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B. Preciado, &lt;i&gt;Testo junkie : sexe, pouvoir et biopolitique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.,&lt;/i&gt; p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;PPROD soutient une dynamique de recherche &#224; travers un engagement artistique. Sous forme d'ateliers pratiques et r&#233;flexifs, il s'agit de proposer une introduction &#224; l'exp&#233;rience corporelle comme champ d'interrogation politique et tenter de penser les appareils de repr&#233;sentation comme &#233;tant des syst&#232;mes de v&#233;rification qui produisent des discours de v&#233;rit&#233;. D&#233;velopper les outils de recherche de pratiques performatives consiste &#224; trouver des &#233;carts critiques &#224; l'int&#233;rieur de ces discours de repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tuning Score&lt;/i&gt;, outil partitionnel &#233;labor&#233; par Lisa Nelson, chor&#233;graphe, performer, pionni&#232;re du mouvement post-modern aux E.U. &lt;i&gt;Tuning Score&lt;/i&gt; s'entend au sens d'ajustage partitionnel, ou &#171; l'acte d'&#233;tablir une relation sens&#233;e entre une chose et une autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Nelson, &lt;i&gt;De l'une &#224; l'autre&lt;/i&gt;, Bruxelles, &#233;d. Contredanse, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La m&#233;moire kinesth&#233;sique appara&#238;t plus ou moins spontan&#233;ment selon les rythmes d'usages des modes de sentir. C'est ce que rel&#232;ve Steve Paxton en questionnant les s&#233;lections et les exigences culturelles sur nos comportements : &#171; Une certaine organisation des sens d&#233;veloppera un potentiel de mouvement dominant en rapport avec les normes sociales, ce qui participe &#224; une certaine construction de l'imaginaire en m&#234;me temps que de d&#233;velopper une mani&#232;re de fluer adapt&#233;e, ajust&#233;e &#224; l'environnement. L'effet de normalisation, par la r&#233;p&#233;tition d'un certain style de vie tend &#224; faire dispara&#238;tre d'autres modes de sentir. &#187; &#171; Esquisse de techniques int&#233;rieures &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles de danse&lt;/i&gt;, n&#176; 38/39, New York, 1993, p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps familial, une question de rythmes ?
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article901</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article901</guid>
		<dc:date>2013-05-21T08:55:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Courtois
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans Th&#233;rapie familiale, Gen&#232;ve, 2002, Vol. 23, n&#176; 1, p. 21-34. Nous remercions Anne Courtois de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. R&#233;sum&#233; : Le temps familial, une question de rythmes ? R&#233;flexions &#233;pist&#233;mologiques et cliniques. &#8211; La dimension temporelle a, pendant de longues ann&#233;es, &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;vacu&#233;e par les diff&#233;rentes &#233;coles de th&#233;rapie familiale. Aujourd'hui, l'histoire du groupe familial, l'&#233;volution dans le temps de la relation th&#233;rapeutique est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;I. Le temps familial, apport des diff&#233;rentes &#233;coles th&#233;rapeutiques&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;I. Le temps familial, apport des diff&#233;rentes &#233;coles th&#233;rapeutiques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;II. Le temps familial, &#224; la recherche d'une d&#233;finition&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;II. Le temps familial, &#224; la recherche d'une d&#233;finition&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;III. En guise de conclusion, des perspectives cliniques&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;III. En guise de conclusion, des perspectives cliniques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans &lt;/i&gt; Th&#233;rapie familiale, &lt;i&gt;Gen&#232;ve, 2002, Vol. 23, n&#176; 1, p. 21-34. Nous remercions Anne Courtois de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Le temps familial, une question de rythmes ? R&#233;flexions &#233;pist&#233;mologiques et cliniques.&lt;/i&gt; &#8211; La dimension temporelle a, pendant de longues ann&#233;es, &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;vacu&#233;e par les diff&#233;rentes &#233;coles de th&#233;rapie familiale. Aujourd'hui, l'histoire du groupe familial, l'&#233;volution dans le temps de la relation th&#233;rapeutique est prise en compte. Cependant, le temps familial est encore peu th&#233;oris&#233; en tant que tel. Dans cet article, nous tenterons de combler cette lacune. Le temps familial &#233;merge de l'articulation de diff&#233;rentes temporalit&#233;s : individuelle, groupale et soci&#233;tale. Classiquement, cette articulation est appr&#233;hend&#233;e par l'id&#233;e de cycle individuel, familial, interg&#233;n&#233;rationnel. Au-del&#224;, nous proposons de r&#233;fl&#233;chir &#224; la notion de rythme et &#224; leur ajustement pour ouvrir de nouvelles pistes cliniques et de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Summary : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Family time, a question of rhythms ? Epistemological and clinical thoughts&lt;/i&gt; &#8211; Temporality has long been completely neglected by the different family therapy approaches. Currently, familial group history and the temporal evolution of the therapeutic relationship are taken into account. Family time as such, however is still little theorised. In this paper, we will attempt to remedy this gap. Familial time comes out of the articulation of different temporalities : individual, group and societal temporalities. Typically, this articulation lies on the idea of individual, familial and intragenerational cycles. Beyond that, we suggest investigating the notion of rythm and its adjustement in order to open up new clinical and research opportunities.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Resumen : &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;El tiempo familiar, una cuesti&#243;n de ritmos ? &lt;/i&gt; &#8211; Durante muchos a&#241;os, la dimensi&#243;n temporal ha sido ignorada por las diferentes escuelas de terapia familiar. Hoy, la historia del grupo familiar, la evoluci&#243;n en el tiempo de la relacion terap&#233;utica es tomada en euenta. Sin embargo, el tiempo familiar en si mismo esta aun poco teorizado. En este art&#237;culo, trataremos de llenar ese vacio. El tiempo familiar emerge de la articulaci&#243;n de diferentes temporalidades : individual, grupal y de la sociedad. Clasicamente, esta articulaci&#243;n es aprehendida a partir de la idea de ciclo individual, familiar, intergeneracional. Nosotros nos proponemos reflexionar sobre la nocion de ritmo y sobre su ajuste para abrir nuevas pistas clinicas y de investigaci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
Le &#171; temps &#187; est un concept multiforme qui, depuis l'antiquit&#233;, fait l'objet d'une vaste litt&#233;rature dans des champs aussi diff&#233;rents que la philosophie, la ph&#233;nom&#233;nologie, l'anthropologie, la psychologie. Au niveau des &#233;tudes sur la famille, en revanche, le temps a longtemps souffert d'un manque conceptuel ; cette notion est encore peu d&#233;finie en tant que telle par les syst&#233;miciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lorsqu'elle est abord&#233;e, la notion temporelle se confond soit avec l'histoire du groupe familial, les &#233;ch&#233;ances du cycle de vie collectif et individuel, soit avec l'&#233;volution dans le temps de la relation th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous souhaitons dans cet article apporter notre contribution &#224; ce champ encore peu explor&#233;. Cette r&#233;flexion s'inscrit dans une recherche plus vaste qui veut mod&#233;liser les processus &#224; l'&#339;uvre dans les passages de la vie des familles en s'appuyant sur l'id&#233;e ancestrale du rite de passage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se intitul&#233;e : &#171; De la pertinence du concept de rite de passage dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notre int&#233;r&#234;t est avant tout clinique et th&#233;rapeutique. Les personnes, les couples, les familles qui nous consultent dans un Centre de Sant&#233; Mentale le font le plus souvent aux moments-charni&#232;res de leur vie, aux moments de passage (la naissance d'un enfant, une s&#233;paration, le d&#233;part du jeune du domicile, &#8230;). Les sympt&#244;mes que pr&#233;sente un des membres de la famille sont souvent le signe d'une difficult&#233; de r&#233;organisation de l'ensemble du groupe, d'un processus qui s'enraie. Le th&#233;rapeute, tel un ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monie, peut alors aider &#224; relancer un processus bloqu&#233;, &#224; redynamiser un syst&#232;me familial fig&#233;, un temps arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous proposerons dans une premi&#232;re partie une incursion dans l'histoire de notre discipline, la syst&#233;mique, pour d&#233;coder les sens que les auteurs ou &#233;coles attribuent au temps. Pour les pragmaticiens de la communication, le temps est &#171; suspendu &#187;, les interventions se d&#233;roulent dans l'ici et maintenant et l'histoire de la famille n'est pas prise en compte. Le passage de la cybern&#233;tique de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration &#224; la cybern&#233;tique de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration provoque un saut &#233;pist&#233;mologique, en r&#233;introduisant dans les th&#233;rapies la dimension temporelle. Mais les mod&#233;lisations de l'&#233;poque s'appuient sur des th&#233;ories &#233;loign&#233;es de la clinique. L'apport du constructivisme, appel&#233; aussi cybern&#233;tique de troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, ouvre des perspectives plus coh&#233;rentes avec la r&#233;alit&#233; des familles dans la prise en compte du temps dans les th&#233;rapies et dans sa d&#233;finition m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans une deuxi&#232;me partie, nous discuterons du temps familial en tant qu'objet sp&#233;cifique et en proposerons une nouvelle approche. Le concept de temps est un concept multivoque, multiforme, &#233;clat&#233; qu'il est int&#233;ressant de d&#233;construire en diff&#233;rentes temporalit&#233;s. Celles-ci renvoient &#224; des dimensions de l'humain diff&#233;rentes mais reli&#233;es. En effet, les temps individuels, groupaux et soci&#233;taux sont en perp&#233;tuelle interaction les uns avec les autres. Au c&#339;ur du temps r&#233;side le rythme. Une voie prometteuse mais encore peu d&#233;velopp&#233;e est celle qui interroge la synchronie ou l'asynchronie des diff&#233;rents rythmes entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;I. Le temps familial, apport des diff&#233;rentes &#233;coles th&#233;rapeutiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les cliniciens attribuent au temps familial des sens diff&#233;rents, en fonction de leurs mod&#232;les th&#233;oriques et des paradigmes de r&#233;f&#233;rence. Les &#233;coles th&#233;rapeutiques proposent diff&#233;rents mod&#232;les du changement th&#233;rapeutique. Ils posent ainsi, indirectement, la question du temps et des processus de changement au sein de la famille. Nous chercherons &#224; inf&#233;rer ces conceptions souvent implicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1. La cybern&#233;tique de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration (le paradigme hom&#233;ostatique)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les premi&#232;res &#233;coles syst&#233;miques rejettent l'explication causaliste et privil&#233;gient l'observation des interactions dans l'ici et maintenant, un peu en r&#233;action &#224; la psychanalyse qui, selon elles, ne s'int&#233;resse qu'aux origines de la maladie. Les premi&#232;res mod&#233;lisations se r&#233;f&#232;rent au concept de syst&#232;me ferm&#233;. Ainsi, D. Jackson et J.H. Weakland (1957, 1961) d&#233;crivent la famille comme un syst&#232;me hom&#233;ostatique activ&#233; par des r&#233;troactions n&#233;gatives. Le th&#233;rapeute est ext&#233;rieur &#224; la famille. Il intervient par des prescriptions ritualis&#233;es ou par des connotations positives, pour provoquer un changement dans le syst&#232;me familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
P. Watzlawick et ses coll&#232;gues de Palo Alto (1972, 1975) n'int&#232;grent pas le temps dans les th&#233;rapies, mais bien une th&#233;orie du changement. Ils proposent un mod&#232;le de la permanence et du changement, inspir&#233; de la th&#233;orie des groupes et de celle des types logiques de Russell pour rendre compte de leurs exp&#233;riences en th&#233;rapie br&#232;ve. Ils distinguent le changement de premier ordre du changement de deuxi&#232;me ordre. Le changement de premier ordre est un changement dans un m&#234;me registre comportemental : il se produit &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me qui lui-m&#234;me reste inchang&#233;. Le changement de second ordre transcende, quant &#224; lui, un syst&#232;me donn&#233; ou un cadre de r&#233;f&#233;rence et constitue le passage d'un niveau logique &#224; un autre. Il est constitu&#233; par un changement de cadre de r&#233;f&#233;rence et par une modification des r&#232;gles de fonctionnement interne. P. Watzlawick et ses coll&#232;gues de Palo Alto proposent d'appliquer des techniques de changement de deuxi&#232;me ordre aux familles qui consultent, en s'attaquant aux effets des comportements probl&#233;matiques (au &#171; quoi &#187;) plut&#244;t qu'aux causes (au &#171; pourquoi &#187;) par des techniques diverses (de prescription, de recadrage, &#8230;). Mais telle qu'elle est d&#233;finie par ses fondateurs, cette mod&#233;lisation &#224; deux niveaux n'int&#232;gre pas v&#233;ritablement la perspective temporelle, elle repr&#233;sente plut&#244;t le passage d'une forme spatiale &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M. Selvini-Palazzoli et ses associ&#233;s de Milan (1988) introduisent la dimension temporelle lorsqu'ils th&#233;orisent un mod&#232;le diachronique en six &#233;tapes pour expliquer le surgissement de la psychose dans une famille. L'axe diachronique pr&#233;suppose une succession coordonn&#233;e de comportements interactifs, de jeux pathog&#232;nes r&#233;p&#233;titifs. Ce mod&#232;le diachronique s'articule &#224; un mod&#232;le synchronique qui permet de se repr&#233;senter une photo des jeux familiaux. La conception du temps, dans cette approche, est celle d'un temps calendrier : les th&#233;rapeutes de l'&#201;cole de Milan investiguent tous les &#233;v&#233;nements cl&#233;s qui pr&#233;c&#232;dent et entourent l'apparition d'un sympt&#244;me et c'est cette chronologie qui leur sert de fil conducteur pour d&#233;m&#234;ler et pour d&#233;voiler les jeux familiaux. Pour L. Hoffman (cit&#233;e par E. Goldbeter, 1999), les strat&#233;gies des associ&#233;s de Milan sont orient&#233;es, en m&#234;me temps, &#224; la fois vers le pass&#233; et le futur et semblent r&#233;unir ces deux dimensions temporelles &lt;i&gt;(collapse time)&lt;/i&gt;. M. Selvini (1995) et ses collaborateurs remettent aujourd'hui en question l'approche strat&#233;gique orthodoxe &#233;tudi&#233;e pendant quinze ans ; ils r&#233;int&#232;grent les quatre dyades transg&#233;n&#233;rationnelles et prennent en compte les relations des parents du patient avec leurs propres parents (voir l'approche trig&#233;n&#233;rationnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;2. La cybern&#233;tique de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration (le paradigme &#233;volutionniste)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'apport de la cybern&#233;tique de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration introduit une v&#233;ritable rupture &#233;pist&#233;mologique en syst&#233;mique. Une des notions-cl&#233;s introduite par Von Foerster (1981) est celle de syst&#232;me observant. Cet auteur affirme que l'observateur entre dans la description de ce qui est observ&#233; de sorte qu'il n'y a pas d'objectivit&#233; possible. L'unit&#233; th&#233;rapeutique devient une unit&#233; constitu&#233;e &#224; la fois de l'observant et de l'observ&#233;. Un autre apport de ce courant est la mise en &#233;vidence de l'irr&#233;versibilit&#233; du temps dans les syst&#232;mes complexes en d&#233;s&#233;quilibre ou en &#233;tat instable. Y. Prigogine (1981, 1982), par ses travaux sur la thermodynamique du non-&#233;quilibre, constitue une r&#233;f&#233;rence en la mati&#232;re. Selon Y. Prigogine, l'&#233;quilibre d'un syst&#232;me n'est jamais statique, mais dynamique, expos&#233; &#224; des fluctuations. Le syst&#232;me &#233;volue sans cesse et finit par atteindre un point de &#171; bifurcation &#187; ou de &#171; catastrophe &#187;, c'est-&#224;-dire un point &#224; partir duquel certaines fluctuations ne sont plus amorties, mais amplifi&#233;es par le biais des processus de r&#233;troaction positive. Cette fluctuation repr&#233;sente l'&#233;l&#233;ment al&#233;atoire, la part de hasard. &#192; partir du seuil critique, le syst&#232;me quitte spontan&#233;ment son &#233;tat stationnaire, il y a &#233;mergence d'une nouvelle structure auto-organis&#233;e qui correspond &#224; un plus haut niveau d'organisation, tant &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me qu'en relation avec son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans les ann&#233;es 1980, des chercheurs et des cliniciens comme Rabkin (1972, 1976) et L. Hoffmann (1980) dans les pays anglo-saxons, P. Dell (1982), M. Elka&#239;m &#224; Bruxelles et l'&#233;quipe du Professeur Kaufmann &#224; Lausanne, proposent, &#224; la suite de ces travaux, diff&#233;rentes th&#233;ories du changement familial. Par analogie, ils observent que les syst&#232;mes humains, tout comme les syst&#232;mes physico-chimiques, croissent vers plus de complexit&#233; et qu'ils le font par petites fluctuations de mani&#232;re plut&#244;t al&#233;atoire. Ces th&#233;ories rendent toutes une place importante au temps et &#224; l'histoire du syst&#232;me familial et/ou th&#233;rapeutique ; elles mettent aussi le hasard au premier plan puisque, dans cette optique, il est impossible de savoir &#224; l'avance, parmi ces multiples fluctuations, celle qui sera amplifi&#233;e pour un m&#234;me param&#232;tre. Nous pr&#233;senterons quelques-unes de ces th&#233;ories qui nous paraissent encore avoir un retentissement aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
G. Ausloos (1995), dans la mouvance de Y. Prigogine et de Ashby (1960), r&#233;fl&#233;chit plus particuli&#232;rement aux notions de crise et de chaos. Pour G. Ausloos, la notion de catastrophe correspond &#224; certains ph&#233;nom&#232;nes cliniques auxquels les th&#233;rapeutes sont confront&#233;s (ex. une tentative de suicide, une fugue, &#8230;). Le chaos est &#224; la fois synonyme de d&#233;sorganisation, de destruction et de r&#233;organisation, de cr&#233;ation, d'innovation. L'auteur propose d'int&#233;grer ces nouvelles connaissances dans les th&#233;rapies. L'important, pour le th&#233;rapeute, est non plus de contr&#244;ler les cons&#233;quences de ses interventions, mais plut&#244;t d'utiliser les ph&#233;nom&#232;nes impr&#233;vus, de l&#226;cher prise pour &#234;tre plus disponible &#224; la cr&#233;ativit&#233;, &#224; l'innovation, &#224; la souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L. Hoffmann (1983) propose une th&#233;orie du changement discontinu : aux changements discontinus est associ&#233;e une forme de communication particuli&#232;re qui est l'injonction paradoxale et le simple lien. Cette injonction agit comme une bo&#238;te &#224; sudation : elle signale qu'un changement dans les transactions de la famille est imminent. Cette injonction a la vertu de bloquer les formes d'interactions existantes. Elle augmente le stress et la pression n&#233;cessaires pour provoquer un saut cr&#233;atif, c'est-&#224;-dire un changement de deuxi&#232;me ordre. La personne qui fait l'objet d'une injonction paradoxale est dans une situation de dilemme. Elle ne peut r&#233;pondre correctement aux deux ordres s&#233;mantiquement oppos&#233;s que lui envoie l'&#233;metteur. L. Hoffmann appelle cette injonction paradoxale un &#171; simple lien &#187;, dans la mesure o&#249; il ne dure pas et o&#249;, lorsque le changement a lieu, il est r&#233;compens&#233; par l'environnement. L. Hoffman relie ce processus au passage d'une &#233;tape &#224; une autre de la vie, &#224; la fois comme &#233;mergence du temps et charni&#232;re entre deux temporalit&#233;s. Mais l'auteur ne d&#233;veloppe gu&#232;re cette importante question qui situe le changement dans un contexte plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M. Elka&#239;m et son &#233;quipe (M. Elka&#239;m, 1982, 1985, M. Elka&#239;m &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 1988) d&#233;veloppe, &#224; la suite de ces travaux, le concept de singularit&#233;. Le syst&#232;me a une histoire singuli&#232;re qui contribue &#224; son identit&#233; et qui participe &#224; la d&#233;termination du type de changement pouvant appara&#238;tre dans son &#233;volution. Un syst&#232;me ouvert en p&#233;riode de d&#233;s&#233;quilibre est capable, dans des conditions appropri&#233;es, d'&#233;voluer vers diff&#233;rents modes de fonctionnement, mais le choix entre les diff&#233;rents &#171; modes &#187; d&#233;pend de l'histoire du syst&#232;me. Les singularit&#233;s sont propres aux membres de la famille comme au th&#233;rapeute et c'est l'assemblage de ces particularit&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui peut, soit bloquer un syst&#232;me, soit lui permettre de changer. Le th&#233;rapeute doit reconna&#238;tre ces singularit&#233;s pour pouvoir les amplifier jusqu'&#224; provoquer, dans le syst&#232;me, un changement qualitatif. L'auteur s'implique dans cette recherche en utilisant les sentiments qui naissent en lui dans les s&#233;ances th&#233;rapeutiques. En effet, pour lui, les &#233;motions ressenties ont une fonction par rapport au syst&#232;me m&#234;me duquel elles &#233;mergent ; elles indiquent des th&#232;mes communs au th&#233;rapeute, &#224; la famille, au r&#233;seau plus large, qui doivent &#234;tre questionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces th&#233;ories ont marqu&#233; leur &#233;poque car elles ont introduit les notions-cl&#233;s de hasard, d'impr&#233;visibilit&#233;, d'alternative. Elles ont permis de relativiser l'impact et le pouvoir du th&#233;rapeute qui ne peut organiser et pr&#233;voir un changement en dehors de la singularit&#233; de chaque famille. D&#232;s lors que l'effet de l'influence du th&#233;rapeute est reconnu et que celle-ci est prise en compte, l'accent de la th&#233;rapie temporelle bascule. Le pass&#233; devient moins important, ce qui se met &#224; compter, c'est le pr&#233;sent. Ces th&#233;ories, cependant, font r&#233;f&#233;rence &#224; un temps monochrone, irr&#233;versible, &#233;loign&#233; de la r&#233;alit&#233; des familles. Le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur sont pens&#233;s dans la lin&#233;arit&#233; avec l'id&#233;e d'un avant, d'un pendant et d'un apr&#232;s. La plupart d'entre elles ne seront pas suffisamment mises &#224; l'&#233;preuve de la clinique et certaines seront abandonn&#233;es quinze ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3. Vers la cybern&#233;tique de la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;a) L'approche trig&#233;n&#233;rationnelle &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D&#232;s les ann&#233;es 1980, se d&#233;veloppe l'approche trig&#233;n&#233;rationnelle qui tient compte de la &#171; dimension historique &#233;volutive du syst&#232;me avec lequel le th&#233;rapeute est en interaction &#187; (M. Andolfi, 1987, p. 122). Dans ce courant, les deux dimensions, verticale et horizontale, sont li&#233;es. La premi&#232;re dimension, verticale, repr&#233;sente les relations qu'ont les conjoints avec leur famille d'origine et l'autre dimension, horizontale, repr&#233;sente les relations actuelles : conjugale, fraternelle... Ce courant fait l'objet de nombreux &#233;crits. Nous retiendrons ici deux des auteurs qui l'ont influenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour M. Andolfi (1990, 1995), les exp&#233;riences du pass&#233; exercent une influence sur les relations au pr&#233;sent. Des relations avec les membres de la famille d'origine d&#233;nu&#233;es de tension permettent de faire des choix plus libres au niveau conjugal, parental. &#192; l'inverse, les dilemmes non r&#233;solus dans le pass&#233; vont se r&#233;percuter sur les relations actuelles en provoquant blocage et souffrance. Dans cette optique, le th&#233;rapeute ne se limite pas &#224; &#233;tablir la chronologie objective des &#233;v&#233;nements, mais il cherche &#224; mettre en &#233;vidence les &#233;l&#233;ments subjectifs (attentes, souvenirs, &#8230;) qui rendent indispensable la prise en consid&#233;ration de la dimension v&#233;cue du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M. Mc Goldrick, M. Heiman et B. Carter (1993) complexifient la mod&#233;lisation d'Andolfi en proposant une perspective du d&#233;veloppement humain qui int&#232;gre le contexte des relations familiales multig&#233;n&#233;rationnelles, mais aussi le contexte social et culturel. Ces auteurs proposent une mod&#233;lisation du cycle de vie qui inclut trois niveaux : individuel, familial et culturel et deux axes : historique (l'axe vertical) et d&#233;veloppemental (l'axe horizontal). Pour la personne, l'axe vertical inclut l'h&#233;ritage g&#233;n&#233;tique et l'ensemble des caract&#233;ristiques qui lui sont propres. L'axe horizontal est celui du d&#233;veloppement &#233;motionnel, cognitif et physique. Dans le domaine familial, l'axe vertical inclut l'histoire de la famille, les mod&#232;les relationnels transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, sp&#233;cialement &#224; travers le m&#233;canisme de triangulation &#233;motionnelle (M. Bowen, 1978). L'axe horizontal inclut les &#233;v&#233;nements d&#233;veloppementaux pr&#233;visibles et les &#233;v&#233;nements impr&#233;visibles qui peuvent perturber le cycle, comme une mort pr&#233;matur&#233;e, la naissance d'un enfant handicap&#233;, une maladie, la perte d'un emploi... L'interaction de ces deux axes et la mani&#232;re dont ils interagissent ensemble peuvent soit amplifier les difficult&#233;s inh&#233;rentes au cycle de vie, soit les att&#233;nuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les auteurs ajoutent une troisi&#232;me dimension, culturelle et sociale. Dans le domaine culturel, l'axe vertical inclut l'histoire de la culture, les arch&#233;types et les croyances partag&#233;es et, en particulier, la transmission des traumatismes de tout un peuple comme celui de l'Holocauste des Juifs. L'axe horizontal comprend, quant &#224; lui, les contextes culturel, social et &#233;conomique qui ont un impact sur les familles aux moments charni&#232;res de leur cycle et/ou de l'histoire. Ils proposent d'&#233;tudier la r&#233;percussion des &#233;l&#233;ments culturels, raciaux, religieux, sur la mani&#232;re dont la famille n&#233;gocie les transitions d'une &#233;tape &#224; l'autre du cycle car cette dimension est peu &#233;tudi&#233;e &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette approche privil&#233;gie l'ouverture du champ th&#233;rapeutique aux dimensions diachronique (verticale) et synchronique (horizontale). L'id&#233;e d'&#233;largir l'unit&#233; d'observation &#224; la famille trig&#233;n&#233;rationnelle, mais aussi l'id&#233;e que cet &#233;largissement n'est pas limit&#233;, tant horizontalement que verticalement, permettent au th&#233;rapeute et &#224; la famille d'op&#233;rer de v&#233;ritables &#171; sauts temporels &#187;. Cette rem&#233;moration, puis r&#233;&#233;laboration peut modifier des significations construites par la famille et reproduites avec une tr&#232;s grande rigidit&#233; dans des situations de stress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;b) L'approche narrative&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans les ann&#233;es 1990 un certain nombre d'auteurs inspir&#233;s par le constructivisme (T. Anderson, 1987, K. Gergen, 1985) critiquent le paradigme cybern&#233;tique. Pour eux, des mod&#233;lisations en termes de langage comme &#171; l'histoire &#187;, la &#171; conversation &#187; ou le &#171; r&#233;cit familial &#187; conviendraient mieux pour conceptualiser la th&#233;rapie familiale. En effet, c'est en passant par la langue et le dialogue que des significations sont construites. Elles sont co-construites par les membres de la famille et par le th&#233;rapeute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les th&#233;rapeutes proches ou faisant partie de ce mouvement (L. Boscolo, P. Bertrando, 1993) montrent comment le dispositif th&#233;rapeutique offre un cadre pour structurer et reconstruire l'histoire racont&#233;e par le client. Ils sugg&#232;rent d'utiliser des questions concernant aussi bien les &#233;v&#233;nements pass&#233;s que futurs, ce qui permettrait de faire &#233;merger de nouveaux r&#233;cits sur l'histoire familiale, de donner un sens nouveau aux &#233;v&#233;nements du pass&#233; pour &#233;laborer diff&#233;remment le pr&#233;sent et le futur. Dans un premier temps, le client apporte son histoire tout en la r&#233;&#233;crivant d&#233;j&#224;. Le th&#233;rapeute a la mission de r&#233;&#233;crire et de traduire celle-ci. Et, dans un troisi&#232;me temps, l'histoire est &#233;crite par deux auteurs qui collaborent : &#171; Ce qui est important ici, c'est la relation de collaboration, entre le client et son th&#233;rapeute, qui s'instaure pendant qu'ils s'efforcent de d&#233;velopper des formes de narration qui aident le client &#224; sortir du courant ou de la crise permanente. &#187; (K.J. Gergen, J. Kaye, 1998, p. 86) La reconstruction conjointe par le patient et le th&#233;rapeute de l'histoire du patient, l'exploration de sens multiples ouvrent de nouvelles voies d'actions plus adapt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, des auteurs comme D. Fried Schnitman et S. I. Fuks (1995) font une relecture de la notion de crise. Ils quittent le point de vue strictement pragmatique pour consid&#233;rer la crise dans une perspective culturelle. Ces auteurs lient la crise et sa r&#233;solution &#224; une r&#233;&#233;laboration des syst&#232;mes de croyances de la famille, tout en insistant sur la n&#233;cessaire remobilisation des &#233;motions qui y sont li&#233;es. La crise signe une diminution ou une perte du consensus familial autour des mythes, rites, pr&#233;suppositions, scripts. La famille doit rendre du sens, r&#233;&#233;crire des sc&#233;narios partag&#233;s, concernant les &#233;v&#233;nements stressants et le type de solution &#224; adopter. Le contexte th&#233;rapeutique permet alors la d&#233;construction par la famille de ses mythes, valeurs, croyances, et l'exploration par les membres de la famille d'une s&#233;rie d'alternatives. Il permet l'&#233;laboration de nouvelles significations et de nouveaux comportements et r&#232;gles. Ce processus de construction de la r&#233;alit&#233; organise le champ et produit un cadre dans lequel le chaos peut devenir cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps est alors fonction de la fa&#231;on dont les membres de la famille, le th&#233;rapeute construisent la r&#233;alit&#233;, il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la repr&#233;sentation des relations, bien plus que comme une entit&#233; externe. Le temps est vu comme un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cursif : le pass&#233; et le futur n'existent pas en tant que tels. Le pass&#233; est celui que l'on construit au pr&#233;sent, il s'agit d'un r&#233;cit biographique ou d'un r&#233;cit familial et la projection dans le futur se passe aussi dans le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;II. Le temps familial, &#224; la recherche d'une d&#233;finition &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le temps, une &#171; mosa&#239;que &#187; de sens et de formes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le concept &#171; temps &#187; n'est pas univoque, il fait l'objet de th&#233;ories contradictoires. Tel un prisme, il renvoie &#224; de multiples facettes : &#171; Loin d'&#234;tre une constante immuable, comme le supposait Newton, le temps est un agr&#233;gat de concepts, de ph&#233;nom&#232;nes, de rythmes recouvrant une large r&#233;alit&#233;. &#187; (E.T. Hall, 1984, p. 23) Cet auteur distingue neuf types de temps (le temps sacr&#233; et le temps profane, le temps physique et biologique, le temps des horloges et le temps v&#233;cu, le m&#233;ta-temps, &#8230;) qu'il classe dans un &#171; mandala &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mandala, dans le bouddhisme, est une repr&#233;sentation g&#233;om&#233;trique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour en montrer la complexit&#233; et le caract&#232;re paradoxal
des combinaisons. P. Ric&#339;ur ajoute l'id&#233;e d'un tiers temps ou d'un &#171; grand-temps &#187; dont la fonction est de r&#233;gler le temps des hommes vivant en soci&#233;t&#233; sur le temps cosmique. Ce grand-temps instaure une scansion du temps en ordonnant les uns par rapport aux autres des cycles de dur&#233;e diff&#233;rente, les grands cycles c&#233;lestes, les r&#233;currences biologiques, les rythmes de la vie sociale et ceux des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sans entrer dans une discussion d&#233;taill&#233;e de ces diff&#233;rents temps et de la mani&#232;re dont ils s'organisent entre eux, nous choisissons de d&#233;construire le concept &#171; temps &#187; en deux plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur un premier axe, synchronique, il est possible de distinguer le temps individuel, le temps groupal et le temps culturel. Ces diff&#233;rents temps renvoient &#224; des exp&#233;riences du temps compl&#233;mentaires, mais ils sont approch&#233;s par des disciplines diff&#233;rentes. Les ph&#233;nom&#233;nologues se sont int&#233;ress&#233;s au temps individuel. Le temps v&#233;cu est un temps subjectif, il renvoie &#224; l'exp&#233;rience interne du temps, &#224; la conscience qu'en a le sujet. Ce temps est relatif et renvoie &#224; la distorsion de la sensation temporelle. Le temps semble &#233;tendu dans les situations d'urgence, lorsque, par exemple, quelqu'un pense qu'il va mourir ; le temps, &#224; l'inverse, se comprime dans les moments de bonheur intense. La sensation du temps qui passe ou qui ne passe pas est propre &#224; la personne, &#224; son humeur, &#224; son &#233;tat psychique, au contexte dans lequel elle se trouve. La personne d&#233;pressive vit un temps &#233;tir&#233;, qui ne passe pas. Ce temps v&#233;cu est en r&#233;sonance &#233;troite avec le temps objectif. Le temps objectif est, quant &#224; lui, enti&#232;rement construit par l'homme en r&#233;f&#233;rence &#224; des marqueurs ext&#233;rieurs &#224; lui. Il est mesur&#233; par convention et en r&#233;f&#233;rence &#224; certains ph&#233;nom&#232;nes r&#233;currents et/ou irr&#233;versibles dans la nature (les mouvements du soleil, les cycles lunaires, la longueur d'onde d'une radiation...), &#224; l'aide d'instruments de mesure. Le temps v&#233;cu et le temps chronique des calendriers peuvent s'harmoniser ou, au contraire, &#234;tre en compl&#232;te dissonance l'un avec l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les sociologues montrent comment des syst&#232;mes sociaux comme le monde des loisirs ou celui du travail, des institutions comme l'arm&#233;e ou l'&#233;cole, produisent leur propre organisation du temps. Dans la mesure o&#249; la personne se construit au carrefour de diff&#233;rents contextes, elle existe avec diff&#233;rents horizons temporels. Elle apprend &#224; coordonner ses propres rythmes temporels avec ceux des personnes avec lesquels elle interagit, tout en s'harmonisant au temps flexible ou rigide de chaque institution qu'elle c&#244;toie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps, en tant qu'organisateur culturel, est &#233;tudi&#233; par les anthropologues. Le temps culturel mod&#232;le la perception des ph&#233;nom&#232;nes et influence les actions des individus comme des groupes. Ainsi, E. T. Hall (1984) montre comment la tradition de pens&#233;e occidentale privil&#233;gie un temps &#171; lin&#233;aire &#187;, &#171; continu &#187;, &#171; monochrone &#187;, &#224; la diff&#233;rence par exemple de la culture arabe ou latine qui privil&#233;gie un temps &#171; polychrone &#187;. L'organisation monochrone du temps consid&#232;re que les &#233;v&#233;nements prennent successivement place les uns apr&#232;s les autres, ce qui aboutit &#224; accorder beaucoup d'importance aux proc&#233;dures et aux programmes au d&#233;triment, par exemple, de la qualit&#233; et de la pluralit&#233; des relations sociales. Cette pr&#233;dilection occidentale pour un temps monochrone conduit aussi &#224; condamner le pass&#233; et &#224; mettre l'accent sur l'avenir, synonyme de changement et de r&#233;ussite, alors que des cultures traditionnelles, chinoise ou m&#233;diterran&#233;enne, mettent l'accent sur le pass&#233; et la continuit&#233; avec ce pass&#233;. Cette conception du temps entra&#238;ne, dans notre soci&#233;t&#233;, une conception assez tronqu&#233;e du pass&#233; et du futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les trois temporalit&#233;s &#233;voqu&#233;es ci-dessus renvoient &#224; des dimensions de l'humain, diff&#233;rentes mais indissociables les unes des autres. Les temps individuels, groupaux et soci&#233;taux sont li&#233;s les uns aux autres et sont en perp&#233;tuelle co-&#233;volution : &#171; Chaque terme s&#233;par&#233; n'existe que dans le contexte des deux autres termes et &#224; son tour devient une partie du contexte pour chacun des autres termes. &#187; (L. Boscolo, P. Bertrando, 1993, p. 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans le domaine diachronique, il est habituel de distinguer le pass&#233; du pr&#233;sent et du futur. Si le pass&#233; et le futur semblent des dimensions temporelles plus faciles &#224; saisir, le pr&#233;sent, en lui-m&#234;me, est difficile &#224; d&#233;finir car il est &#233;ph&#233;m&#232;re et n'existe qu'&#224; l'&#233;tat de souvenir ou de projet. Cette id&#233;e est tr&#232;s explicite dans l'&#233;tymologie du mot pr&#233;sent : le mot est d&#233;riv&#233; du latin &lt;i&gt;praesens &lt;/i&gt; qui qualifie la personne ou la chose qui est l&#224;, d'o&#249;, avec une notion temporelle, ce qui est actuel, imm&#233;diat (Robert, A. (dir), 2000, p. 2919). Les dimensions temporelles des pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont classiquement repr&#233;sent&#233;es sur une fl&#232;che du temps dans une perspective lin&#233;aire. Or, une repr&#233;sentation en boucle nous semble mieux rendre compte de l'exp&#233;rience du temps individuel ainsi que du temps familial. C'est dans le pr&#233;sent que nous nous rem&#233;morons des traces inscrites dans notre m&#233;moire et reconstruisons le pass&#233;. Et c'est &#224; partir de ces traces inscrites, gard&#233;es en nous, que nous pouvons nous projeter dans le futur, nous ouvrir sur la possibilit&#233; de l'avenir. L'absence de circulation entre ces dimensions appara&#238;t clairement dans la psychopathologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;2. Le temps familial &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;a) Un embo&#238;tement de cycles &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans la suite de cette r&#233;flexion, nous aborderons la sp&#233;cificit&#233; du temps familial en nous appuyant sur le concept de cycle, puis sur celui de rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps familial &#233;merge de l'articulation de plusieurs temporalit&#233;s. La famille poss&#232;de une architecture temporelle, avec de nombreux niveaux d'interaction int&#233;gr&#233;s les uns aux autres (M. Andolfi, 1987, J. Miermont, 1988, P. Fontaine, 1992).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alors que la notion de temps familial ne figure pas dans les deux dictionnaires syst&#233;miques de langue fran&#231;aise, celle de cycle est, par contre, reprise. L'id&#233;e de cycle (&#171; suite de ph&#233;nom&#232;nes se renouvelant dans un immuable sans discontinuit&#233; &#187;) &#233;voque &#224; la fois l'irr&#233;versibilit&#233; du temps et l'id&#233;e de p&#233;riodicit&#233;. Des micro-cycles organisent les rituels et les routines de la vie familiale du lever jusqu'au coucher. Chaque membre de la famille, enfant et adulte, poursuit un cycle de vie propre et les cycles des diff&#233;rents membres de la famille interagissent les uns sur les autres. L'organisation familiale a &#233;galement un cycle propre, le cycle familial proprement dit, qui est une notion d&#233;velopp&#233;e par de nombreux psychoth&#233;rapeutes familiaux dans les ann&#233;es 1970. Enfin, ces cycles s'ins&#232;rent dans des cycles interg&#233;n&#233;rationnels qu'ils modifient en retour. Ces cycles sont influenc&#233;s par des macro-cycles &#233;conomiques, politiques, sociaux, religieux. Et ils entrent en r&#233;sonance avec les rythmes cosmiques (saisonniers, &#8230;). Ces s&#233;ries complexes de cycles entrem&#234;l&#233;s dominent le comportement des individus, constituent la cl&#233; de vo&#251;te des relations interpersonnelles et constituent &#224; proprement parler le &#171; temps familial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps familial est d'abord balis&#233; par des rituels. Par leur caract&#232;re st&#233;r&#233;otyp&#233; et r&#233;p&#233;titif, les rituels canalisent les &#233;changes dans la famille et lib&#232;rent de l'&#233;nergie. Comme le dit tr&#232;s joliment J. Van Hemelrijk (1999/1), le rituel est &#171; une dilatation qui se pr&#233;cipite dans le futur, qui inclut un lien avec ce qui va venir &#187; (p. 18). En permettant &#224; l'individu et au groupe d'anticiper, il contient l'&#234;tre et le groupe dans sa marche vers l'inconnu, vers le futur. Dans des familles &#224; probl&#232;mes ou lors de phases critiques de la vie familiale, on constate un appauvrissement, voire une disparition des rituels. Mais il existe peu d'&#233;tudes empiriques qui montrent comment ces rituels se construisent et/ou se d&#233;construisent dans le champ de la normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'id&#233;e que tout individu traverse diff&#233;rentes &#233;tapes tout au long d'un cycle de la naissance &#224; la mort est connue depuis l'Antiquit&#233; et fait l'objet de nombreuses th&#233;orisations. Les plus classiques d'entre elles reprennent l'id&#233;e de stades et de comp&#233;tences &#224; acqu&#233;rir &#224; chaque &#233;tape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le cycle familial est, certainement, la notion la plus th&#233;oris&#233;e en th&#233;rapie familiale. La r&#233;f&#233;rence directe au cycle familial, ainsi que ses implications cliniques, appara&#238;t en 1973 dans le livre de J. Haley et dans un article de M. Solomon, publi&#233; la m&#234;me ann&#233;e. Le concept est ensuite d&#233;velopp&#233; par diff&#233;rents auteurs : M. Bowen, M. Erikson, V. Satir, S. Minuchin ainsi que par E.A. Carter et M. Mc Goldrick, Lee Combrinck Graham. Le cycle de vie n'a de sens que replac&#233; dans la trajectoire propre de chaque famille. Les &#233;v&#233;nements qui affectent la structure symbolique de la famille sont plus d&#233;terminants dans le devenir de celle-ci que les changements physiques dans la composition de la famille : l'entr&#233;e ou la sortie d'un membre de la famille par une naissance, un mariage, un divorce, un d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le cycle de vie doit aussi &#234;tre replac&#233; dans le contexte de la famille &#233;largie en envisageant la r&#233;ciprocit&#233; des &#233;v&#233;nements g&#233;n&#233;rationnels de plusieurs g&#233;n&#233;rations. La r&#233;percussion des &#233;l&#233;ments culturels, raciaux, religieux, sur la mani&#232;re dont la famille n&#233;gocie les transitions d'une &#233;tape &#224; l'autre du cycle est une dimension qui devrait mieux &#234;tre &#233;tudi&#233;e. Il n'existe actuellement pas suffisamment d'articulation entre les travaux des sociologues et ceux des th&#233;rapeutes familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La mani&#232;re dont se construit le temps dans chaque famille renvoie &#224; l'exp&#233;rience du temps propre &#224; chaque famille. Les familles ne vivent pas le temps de la m&#234;me mani&#232;re. Pour K. J. Daly (1996), les familles se structurent autour d'une orientation pr&#233;f&#233;rentielle en termes de pass&#233;, de pr&#233;sent ou de futur. Les familles qui privil&#233;gient le pass&#233; accordent une importance plus grande &#224; l'histoire et aux traditions, elles s'appuient sur des exp&#233;riences du pass&#233;, les r&#233;exp&#233;rimentent pour construire le pr&#233;sent. Celles qui privil&#233;gient le pr&#233;sent se focalisent sur les exp&#233;riences du pr&#233;sent pour justifier leurs actions. Les familles orient&#233;es vers le futur accordent plus d'importance &#224; l'anticipation, la planification, la structuration des activit&#233;s. Et ces orientations temporelles changent au cours du cycle de vie de la famille. L'&#233;tape m&#233;diane de la vie correspondrait &#224; un temps plus acc&#233;l&#233;r&#233; que les &#233;tapes de la formation de la famille ou de la fin de vie, car le cumul des responsabilit&#233;s et des t&#226;ches au niveau du couple, de l'&#233;ducation des enfants, de l'investissement professionnel, provoquerait en quelque sorte un r&#233;tr&#233;cissement du temps. Ces orientations temporelles diff&#233;rentes sont profond&#233;ment influenc&#233;es par les mod&#232;les culturels ambiants. La conception de K.J. Daly (1996) de la famille post-moderne nous semble &#233;clairante. La famille post-moderne, nous dit-il, est sollicit&#233;e par des forces centrifuges et est comparable &#224; un carrousel fou. Lorsque les forces centrifuges sont trop fortes, les membres de la famille sont aspir&#233;s vers la p&#233;riph&#233;rie et n'ont plus aucune prise sur leur vie. Lorsque ces forces sont mieux contr&#244;l&#233;es, la famille peut se recentrer sur elle et s'apaiser. Elle doit sans cesse lutter pour ne pas &#234;tre aspir&#233;e par les exigences des temps professionnel, de loisirs, &#8230; Elle doit n&#233;gocier les activit&#233;s partag&#233;es en famille et adopter des strat&#233;gies de contr&#244;le du temps familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;b) Le rythme au c&#339;ur du temps familial &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notion de rythme et la question de l'ajustement et de la synchronisation des diff&#233;rents rythmes entre eux commence depuis peu de temps &#224; &#234;tre abord&#233;e. Pourtant, le rythme &#8211; &#171; tout ph&#233;nom&#232;ne per&#231;u ou agi auquel on peut attribuer au moins deux des qualit&#233;s suivantes : structure, p&#233;riodicit&#233; et mouvement &#187; (P. Sauvanet) &#8211; est l'essence m&#234;me du temps. Les trois dimensions qu'&#233;voque l'id&#233;e de rythme renvoie &#224; une tripartition : la structure serait de l'ordre de la cognition, la p&#233;riodicit&#233; de l'ordre du percept et le mouvement de l'ordre de l'affect. Cette dimension est v&#233;ritablement la matrice du temps familial : l'&#233;motion du rythme passe par le corps avant sa prise de conscience. E. Dessoy, avec l'id&#233;e de &lt;i&gt;Milieu Humain&lt;/i&gt;, montre comment au niveau de la famille les humeurs des diff&#233;rents membres entrent perp&#233;tuellement en contact, cr&#233;ant une ambiance particuli&#232;re. Cette ambiance &#233;volue perp&#233;tuellement le long d'un cycle qui donne forme et rythme au ballet familial (E. Dessoy, 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'importance de la synchronisation des diff&#233;rents rythmes entre les membres d'une dyade ou d'un groupe est un facteur-cl&#233; dans la qualit&#233; des &#233;changes entre les personnes. Certaines personnes ont la capacit&#233; d'&#234;tre synchrone avec autrui ; certaines ont le pouvoir de casser et d'interrompre les rythmes d'autres individus. Cette aptitude ou non &#224; la synchronie interpersonnelle est &#224; la fois propre &#224; chaque individu, &#224; sa famille et d&#233;termin&#233;e par la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lors de la formation d'un couple, les partenaires ont &#224; ajuster leurs rythmes temporels, parfois oppos&#233;s (lent ou rapide), pour construire un temps partag&#233;. L'arriv&#233;e d'un enfant bouleverse le rythme du couple ou de la famille. Le rythme de l'enfant et ceux de la famille vont devoir se coupler. Les rituels remplissent un r&#244;le-cl&#233; dans la synchronisation du temps de chaque individu et de la famille. Lorsque les temps des diff&#233;rents membres du syst&#232;me ne peuvent &#234;tre synchronis&#233;s, un malaise appara&#238;t qui peut &#234;tre source de pathologie. L'incapacit&#233; pour une m&#232;re de rep&#233;rer les signaux que lui envoie son b&#233;b&#233; et d'y r&#233;pondre de mani&#232;re synchrone serait un des facteurs explicatifs de la vuln&#233;rabilit&#233; du lien m&#232;re/enfant (D. Stern, T. B. Brazelton et B. Cramer, 1991). La famille recompos&#233;e est aussi r&#233;v&#233;latrice de l'enjeu de cette synchronisation. D'une part, les partenaires adultes adoptent un rythme relativement rapide car ils sont soucieux de cr&#233;er un nouveau lien conjugal en m&#234;me temps qu'un lien parental. Les enfants, de leur c&#244;t&#233; peuvent &#234;tre dans un tout autre temps : le temps du deuil de la famille d'origine, du conflit de loyaut&#233; entre un p&#232;re et un beau-p&#232;re, une m&#232;re et une belle-m&#232;re. Ils ont davantage besoin de temps pour s'adapter &#224; l'alternance de la vie aupr&#232;s d'adultes (p&#232;re, m&#232;re, belle-m&#232;re, beau-p&#232;re, &#8230;) dans deux familles diff&#233;rentes qui ont chacune des rythmes propres. Des &#233;tudes devraient &#234;tre men&#233;es sur cette question aupr&#232;s des familles dites diff&#233;rentes ; ces familles n'existent en effet que par et dans la n&#233;gociation des rythmes de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La diversit&#233; des exp&#233;riences temporelles et la difficult&#233; d'harmoniser les rythmes sont plus abondamment conceptualis&#233;es dans le domaine de la psychopathologie. Une dysharmonie entre diff&#233;rents rythmes serait sp&#233;cifique aux familles &#171; &#224; difficult&#233;s &#187;. G. Ausloos (1986), un des premiers, distingue deux types de familles : les familles &#224; transactions chaotiques et les familles &#224; transactions rigides. Les premi&#232;res sont caract&#233;ris&#233;es par d'incessants changements et par l'absence de r&#232;gles stables, elles vivent un &#171; temps &#233;v&#233;nementiel &#187;, elles &#171; produisent &#187; plus fr&#233;quemment des membres d&#233;linquants. Les familles &#224; transactions rigides vivent, elles, &#171; un temps arr&#234;t&#233; &#187;, elles sont caract&#233;ris&#233;es par l'immobilit&#233;, la fusion du pass&#233; et du futur et par l'impossibilit&#233; de projeter un changement dans l'avenir. G. Ausloos propose des dispositifs th&#233;rapeutiques qui prennent en compte ces diff&#233;rences. P. Fontaine (1992), pour sa part, d&#233;crit chez les familles sous-prol&#233;taires et du quart-monde un temps &#171; chaotique &#187;, caract&#233;ris&#233; par une absence de rythmes normaux, une d&#233;sorganisation, une &#171; a-temporalit&#233; &#187;. E. Delvin (1992) caract&#233;rise le temps d'&#171; immobile &#187;, de &#171; fig&#233; &#187;, d'&#171; arr&#234;t&#233; &#187; dans les familles qui subissent le contrecoup de l'annonce d'un handicap chez un de leur enfant. Le pass&#233; s'&#233;croule, la famille ne peut plus se projeter dans le futur. B. Fourez (1992) d&#233;crit un &#171; temps acc&#233;l&#233;r&#233; &#187; chez les jeunes en rupture de liens et les professionnels des structures d'urgence amen&#233;s &#224; s'en occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J. Miermont (1997) observe une distorsion du cadre spatio-temporel dans les familles comprenant un membre schizophr&#232;ne, cadre qui ne serait pas constitu&#233; de mani&#232;re &#224; permettre &#224; ses occupants de r&#233;soudre des conflits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;III. En guise de conclusion, des perspectives cliniques &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, nous ne pr&#233;tendons pas faire le tour de la question d'un probl&#232;me aussi complexe que celui du temps familial. Nous souhaitons apporter une contribution personnelle et ouvrir des questions de recherche et de nouvelles pistes cliniques en posant, comme objet d'&#233;tude sp&#233;cifique, le temps familial et sa sp&#233;cificit&#233;. Pour nous, ce sont les cycles et les rythmes, ainsi que leur ajustement qui en constituent l'ossature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous avons parcouru la litt&#233;rature sur la question dans le champ de la syst&#233;mique et avons montr&#233; qu'en fonction des diff&#233;rentes &#233;coles th&#233;rapeutiques et des paradigmes des auteurs, le temps a des sens diff&#233;rents. La cybern&#233;tique de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration &#233;vacue l'id&#233;e m&#234;me du temps dans le processus th&#233;rapeutique. Les notions d'irr&#233;versibilit&#233; et de bifurcation temporelle propres &#224; la cybern&#233;tique de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration ont indubitablement ouvert de nouvelles perspectives cliniques. Mais la conception du temps sous-jacente aux diff&#233;rents mod&#232;les th&#233;rapeutiques reste encore lin&#233;aire, &#233;loign&#233;e de la r&#233;alit&#233; des familles, de leur histoire. Le double apport des approches trig&#233;n&#233;rationnelles et du constructivisme ouvre le champ &#224; un temps plus circulaire, &#171; &#233;clat&#233; &#187; ou &#171; transchronique &#187; pour reprendre les expressions d'A. Green (2000). La syst&#233;mique renoue alors avec une conception plus cyclique du temps qui fait partie de l'h&#233;ritage imm&#233;morial de l'humanit&#233;. Cette conception rend mieux compte de la complexit&#233; du temps familial, des t&#233;lescopages du pass&#233; dans le pr&#233;sent, des acc&#233;l&#233;rations et d&#233;c&#233;l&#233;rations du temps, de l'immobilisation de celui-ci : elle a des implications cliniques nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le th&#233;rapeute ouvre le champ th&#233;rapeutique &#224; la verticalit&#233; et &#224; l'horizontalit&#233;, au pass&#233; et au pr&#233;sent de la famille. Il permet &#224; la famille, en effectuant des sauts temporels, de renouer et surtout de remobiliser au pr&#233;sent des &#233;v&#233;nements du pass&#233; pour construire l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La mani&#232;re dont il voyage dans ces dimensions est un facteur d&#233;terminant dans le d&#233;roulement du processus th&#233;rapeutique : quand ou pourquoi privil&#233;gier un travail dans le pr&#233;sent ou un d&#233;tour par le r&#233;cit de vie des membres de la famille ? Il int&#232;gre &#233;galement le triple niveau, individuel, groupal et soci&#233;tal : &#224; quel moment et en fonction de quels crit&#232;res utiliser une lecture plus intrapsychique, interelationnelle ou sociologique ? Comment penser les r&#233;sonances entre ces diff&#233;rents niveaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il &#233;labore avec les patients la structure temporelle du processus th&#233;rapeutique. Le temps accord&#233; par le th&#233;rapeute, sa disponibilit&#233; temporelle est une des conditions de la r&#233;ussite du processus th&#233;rapeutique. Cette disponibilit&#233; n'est cependant pas suffisante ; en fonction de la sp&#233;cificit&#233; de chaque th&#233;rapie, il projette et n&#233;gocie avec les patients une dur&#233;e (traitement de crise, &#224; moyen ou long terme,..) une p&#233;riodicit&#233; (le nombre de s&#233;ances, leur espacement,..), mais aussi un mouvement au niveau de chaque s&#233;ance. La capacit&#233; du th&#233;rapeute de se synchroniser avec les patients est un facteur tout aussi d&#233;terminant dans le d&#233;cours d'un processus th&#233;rapeutique. Comment le th&#233;rapeute, par exemple, peut-il combiner son rythme propre et composer avec les rythmes oppos&#233;s des deux conjoints, lorsque l'un souhaite acc&#233;l&#233;rer le temps pour arriver &#224; une prise de d&#233;cision et &#224; la rupture et l'autre ralentir le temps pour &#233;viter cette m&#234;me rupture ? Il va devoir imaginer avec le couple un cadre spatio-temporel jouant sur la dur&#233;e, l'espacement des s&#233;ances, le contrat th&#233;rapeutique, l'ambiance, &#8230; qui permet aux uns et aux autres d'&#233;voluer dans un relatif confort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; 1. Anderson T. (1987) : &#171; The reflecting team : dialogue and meta-dialogue in clinical work &#187;, &lt;i&gt;Family Process&lt;/i&gt;, 26, 4, 415-428.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 2. Andolfi M., Angelo Cl. (1987) : &#171; Famille et Individu dans une perspective trig&#233;n&#233;rationnelle &#187;, &lt;i&gt;in La cr&#233;ation du syst&#232;me th&#233;rapeutique. L'&#233;cole de th&#233;rapie familiale de Rome&lt;/i&gt;, Paris, Ed. E.S.F., 187-198.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 3. Andolfi M., Angelo Cl., de Nichilo Andolfi M. (1990) : &lt;i&gt;Temps et Mythe en psychoth&#233;rapie familiale&lt;/i&gt;, (trad. de l'italien : M. Rives), Paris, ESF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 4. Andolfi M. (1995) : &#171; Famille/individu : un mod&#232;le trig&#233;n&#233;rationnel. L'Acad&#233;mie de psychoth&#233;rapie entre pass&#233; et futur &#187;, &lt;i&gt;in Panorama des Th&#233;rapies Familiales&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 115-137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 5. Ausloos G. (1986) : &#171; The march of the time : rigid or chaotic transactions, two different ways of living time &#187;, &lt;i&gt;Family Process&lt;/i&gt;, 25, 4, 549-557&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 6. Ausloos G. (1995) : &lt;i&gt;La comp&#233;tence des familles. Temps, chaos, processus&lt;/i&gt;, Editions Er&#232;s, Ramonville Saint-Agne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 7. Boscolo L., Bertrando P. (1993) : &lt;i&gt;The times of time. A new Perspective in Systemic Therapy and Consultation&lt;/i&gt; (traduction : S. Thorne W.W. Norton and Company), New York, London.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 8. Daly K.J. (1996) : &lt;i&gt;Families and time. Keeping Pace in a Hurried Culture, Understanding Families&lt;/i&gt;. Sage Publication, Thousand Oaks, London, New Delhi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 9. Delvin E. (1992) : &#171; Le temps arr&#234;t&#233;. Chroniques sans lendemain d'une vie sans histoire ou les personnes handicap&#233;es mentales, leur famille et l'institution &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;rapie familiale&lt;/i&gt;, 13, 3, 281-286.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 10. Dessoy E. (1991) : &lt;i&gt;Ambiance, &#233;thique et croyances : les trois foyers organisateurs d'un milieu humain. Une approche psycho-sociog&#233;n&#233;tique pr&#233;paratoire &#224; l'abord de l'autisme&lt;/i&gt;, &#171; La Ferme du Soleil &#187; (&#233;d.), Soumagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 11. Elka&#239;m M. (1982) : &#171; Non-&#233;quilibre, hasard et changement en th&#233;rapie familiale &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Critiques de th&#233;rapie familiale et de pratiques de r&#233;seaux&lt;/i&gt;, 4/5, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 12. Elka&#239;m M. (1985) : &#171; From g&#233;n&#233;ral laws to singularities &#187;, &lt;i&gt;Family Process&lt;/i&gt;, 24, 2, 151-164.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 13. Elka&#239;m M., Goldbeter A., et Goldbeter E. (1988) : &#171; Analyse des transitions de comportement dans un syst&#232;me familial en termes de bifurcation &#187;, &lt;i&gt;Cahiers Critiques de th&#233;rapie familiale et de pratiques de r&#233;seau&lt;/i&gt;, 3, 18-34.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 14. Fontaine P.-Y. (1992) : &#171; Le temps et les familles sous-prol&#233;taires &#187;, Th&#233;rapie familiale, 13, 3, 297-326. 15. Fourez B. (1992) : &#171; Quand le temps s'acc&#233;l&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;rapie familiale&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, 13, 3, 233-238.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 16. Green A. (2000) : &lt;i&gt;Le temps &#233;clat&#233;&lt;/i&gt;, Col. &#171; Critique &#187;, Les &#233;ditions de Minuit, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 17. Gergen, K.J., Kaye, J. (1998) : &#171; Au-del&#224; de la narration : la n&#233;gociation du sens th&#233;rapeutique &#187;, &lt;i&gt;Cahiers critiques de th&#233;rapie familiale et de pratiques de r&#233;seaux&lt;/i&gt;, De Boeck et Larcier, Paris, Bruxelles, 19, 77-97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 18. Goldbeter-Merinfel E. (1999) &#171; Le Temps au coeur de la relation th&#233;rapeutique &#187;, &lt;i&gt;in Le deuil impossible. Familles et tiers pesants&lt;/i&gt;, ESF, 173-199.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 19. Hall E.T. (1984) : &lt;i&gt;La danse de la vie. Temps culturel, temps v&#233;cu&lt;/i&gt;, Seuil, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 20. Hoffman L. (1983) : &#171; Vers une nouvelle &#233;pist&#233;mologie &#187;, Cahiers &lt;i&gt;Critiques de Th&#233;rapie familiale et de pratiques de r&#233;seaux&lt;/i&gt;, Ed. de Boeck, 7, 121-127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 21. Jackson D.D., Weakland J.H. (1961) : &#171; Conjoint family therapy : some considerations on theory, techniques and results &#187;, &lt;i&gt;Psychiatry&lt;/i&gt;, 24, 30-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 22. Mc. Goldrick M., Heiman M., Carter B. (1993) &#171; The changing family life cycle : a perspective on normalcy &#187;, in &lt;i&gt;Normal Family Process&lt;/i&gt;, The Guilford Press, New York/London, 405-443.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 23. Miermont J. (1997) : &lt;i&gt;Psychose et th&#233;rapie familiale&lt;/i&gt;, ESF, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 24. Neuburger R. (1991) : &#171; Temps individuel et temps syst&#233;mique &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de psychologie clinique &#8211; Temps, rythmes et rites&lt;/i&gt;, 12, 111-121.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 25. Schnitman F. D., Fuks S.I. (1995) : &#171; Paradigme et crise : entre risque et possibilit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;rapie familiale&lt;/i&gt;, 16, 2, 145-162.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 26. Selvini-Palazzoli M. (1988), &#171; Vers un mod&#232;le g&#233;n&#233;ral des jeux psychotiques dans la famille &#187;, &lt;i&gt;Cahiers critiques de th&#233;rapie familiale et de pratiques de r&#233;seaux&lt;/i&gt;, 8, 111-128.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 27. Selvini-Palazzoli M. (1995) : &#171; Survol d'une recherche clinique fid&#232;le &#224; son objet &#187;, &lt;i&gt;in Panorama des Th&#233;rapies Familiales&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 283-305.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 28. Van Hemelrijck J. (1991) : &#171; L'&#233;paisseur du temps &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de psychologie clinique &#8211; Temps rythmes et rites&lt;/i&gt;, 12, 13-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 29. Watzlawick P., Weakland J.H., Fish R. (1975) : &lt;i&gt;Changements, paradoxes et psychoth&#233;rapies&lt;/i&gt;, Seuil, La Fl&#232;che, Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Th&#232;se intitul&#233;e : &#171; De la pertinence du concept de rite de passage dans l'&#233;tude de la s&#233;paration pr&#233;coce famille-enfant : l'entr&#233;e de l'enfant &#224; la cr&#232;che. De la situation dynamique &#224; la situation &#224; risque &#187;, mars 2001, U.C.L.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le mandala, dans le bouddhisme, est une repr&#233;sentation g&#233;om&#233;trique et symbolique de l'univers par un sch&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pulsion invocante, voix, rythme et baby blues
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article813</link>
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		<dc:date>2013-02-12T10:31:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bentata
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est extrait d'une communication au Colloque de l'Association Lacanienne Internationale et de l'Unit&#233; Transversale de Recherche Psychogen&#232;se et Psychopathologie de l'Universit&#233; Paris 13, qui a eu lieu les 26 et 27 novembre 2011 sur le th&#232;me : &#171; Le b&#233;b&#233;, sa m&#232;re, leur chant : l'Autre et la pulsion invocante &#187;. Je voudrais aujourd'hui reprendre la question de la pulsion invocante et de la voix &#224; partir de la musique et du rythme comme sources du vital. &#192; quoi tient le vital ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Pulsion invocante, voix et chant&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Pulsion invocante, voix et chant&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Rythme and (Baby) Blues&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Rythme and (Baby) Blues&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Un psychanalyste dans une unit&#233; Maman/B&#233;b&#233; : Rhythm and Baby Blues&#8230;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Un psychanalyste dans une unit&#233; Maman/B&#233;b&#233; : Rhythm and Baby Blues&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est extrait d'une communication au Colloque de l'Association Lacanienne Internationale et de l'Unit&#233; Transversale de Recherche Psychogen&#232;se et Psychopathologie de l'Universit&#233; Paris 13, qui a eu lieu les 26 et 27 novembre 2011 sur le th&#232;me : &#171; Le b&#233;b&#233;, sa m&#232;re, leur chant : l'Autre et la pulsion invocante &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herv&#233; Bentata est psychanalyste. Adresse : herve.bentata@gmail.com.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
&lt;BR&gt;
Je voudrais aujourd'hui reprendre la question de la pulsion invocante et de la voix &#224; partir de la musique et du rythme comme sources du vital. &#192; quoi tient le vital ? Qu'est-ce qui meut &#201;ros ? Sont-ce des rythmes simples, binaires faits d'une alternance comme celui de la marche ou comme celui &#171; -poum-tac &#187;, du c&#339;ur maternel, qui fondamentalement nous gouvernent tous ? Ou bien ce vital tiendrait-il d'abord &#224; la voix, aux &#233;chos assourdis de la voix maternelle, qui nous parviennent d&#232;s les limbes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
C'est &#224; partir de mon exp&#233;rience de psychanalyste dans une unit&#233; Maman/B&#233;b&#233; que je ram&#232;nerai ainsi cette question du chant et du rythme maternel quand il en vient &#224; d&#233;faillir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Pulsion invocante, voix et chant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Examinons dans un premier temps quelles sont les particularit&#233;s de la pulsion invocante selon la conception lacanienne puis de son objet, la voix, car ces &#233;l&#233;ments sont fondamentaux pour une approche du chant, de la musique et du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
&lt;strong&gt;La pulsion invocante et son montage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Lacan rajoute aux objets freudiens (le sein, l'&#233;tron, le phallus) deux nouveaux objets, &#224; savoir le regard et la voix. &#192; ce dernier objet, il fait correspondre une pulsion qu'il va nommer &#171; pulsion invocante &#187; et dont la premi&#232;re indication qu'il nous en donne est qu'elle est celle qui est la plus proche de l'exp&#233;rience de l'inconscient. De plus, il pr&#233;cise que par rapport &#224; la pulsion scopique [et aux autres pulsions], la pulsion invocante a &#171; ce privil&#232;ge de ne pas pouvoir se fermer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, Le S&#233;minaire, Livre XI, Les Quatre concepts, Paris, Seuil, 1973, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela tient &#224; la particularit&#233; du troisi&#232;me temps du montage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NB : chaque pulsion se met en place en suivant des temps diff&#233;rents. Lacan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la pulsion invocante. En effet, nous dit Lacan, &#171; alors que le &#8220;se faire voir&#8221; s'indique d'une fl&#232;che qui vraiment revient vers le sujet, le &#8220;se faire entendre&#8221; va vers l'autre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, op. cit., p. 178.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notons ainsi au passage que le montage de la pulsion invocante que propose Lacan pour son troisi&#232;me temps se qualifie d'un &lt;i&gt;&#171; se faire entendre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ainsi de cela il ressort que la pulsion invocante est d'abord celle qui porte l'Appel &lt;i&gt;vers &lt;/i&gt; l'Autre, qui l'invoque donc, que cet Autre soit le Dieu des Juifs appel&#233; par le son du chofar, ou plus prosa&#239;quement l'Autre maternel que le b&#233;b&#233; convoque par son cri aupr&#232;s de lui. Sauf qu'il y a l&#224; une sorte de tour de passe-passe : la voix du Sujet adress&#233;e &#224; l'Autre revient &#224; un moment vers ce Sujet, qui du coup re&#231;oit l'Appel &lt;i&gt;de &lt;/i&gt; l'Autre. Nous sommes alors dans une sorte de bouclage de la pulsion puisqu'elle revient vers lui ; et quand cet appel de l'Autre s'en vient &#224; faire signe, alors dans le champ de la clinique, nous parlons de psychose pour ce sujet qui se sent appel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ce quatri&#232;me temps suppos&#233; de la pulsion est th&#233;oris&#233; par exemple par Eric Porge qui tente de l'inscrire dans une bouteille, non &#224; la mer mais de Klein. Quelque chose de cet ordre se retrouve aussi de fa&#231;on plus ancienne chez Alain Didier-Weil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Didier-Weill, intervention dans le S&#233;minaire de J. Lacan, L'insu que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui, du coup je crois, &#233;voque une pulsion d'&#233;coute. Or, cette nouvelle &lt;i&gt;pulsion d'&#233;coute&lt;/i&gt; vient bien s&#251;r nous interroger dans notre d&#233;sir d'analyste &#224; nous repa&#238;tre de la voix de nos analysants, mais aussi dans le go&#251;t et la passion de la musique &#224; travers laquelle une voix divine, la voix d'un grand Autre se ferait entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ainsi ce quatri&#232;me temps de fermeture de la pulsion invocante, qui pourrait se dire comme &#171; une Voix se fait entendre &#187;, tend &#224; en faire un &#234;tre non seulement mythique selon le mot de Freud mais aussi &lt;i&gt;bifide&lt;/i&gt;, avec une extension vers l'Autre et une extension vers le Sujet. Et ce serait ainsi cette bifidit&#233; qui assure le fonctionnement de la parole, l'interlocution entre sujets, tant que le grand Autre se tait. Pour Ulysse, cette voix qui se fait entendre et dont il va pouvoir jouir, c'est bien s&#251;r celle des Sir&#232;nes. Et je l'ai dit dans des travaux ant&#233;rieurs, c'est ce passage par la voix de l'Autre qui, dans l'Odyss&#233;e, le sort de l'exil, de l'errance et lui ouvre la voie du retour &#224; son origine, &#224; Ithaque. Dans l'usage du chofar, l'instrument devient &#224; la fois appel du fid&#232;le et en m&#234;me temps voix de Dieu en r&#233;ponse. Et dans ma clinique avec les b&#233;b&#233;s que j'&#233;voquerai tout &#224; l'heure, c'est la voix maternelle en r&#233;ponse au cri du b&#233;b&#233; : &#171; Que veux-tu mon ch&#233;ri ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Mais, arriv&#233;s &#224; ce point, peut-&#234;tre est-ce n&#233;cessaire de se demander pourquoi Lacan n'a pas franchi, ce cap, ce pas du retour de la pulsion invocante vers le sujet ; pourquoi la laisse-t-il ouverte vers l'Autre ? Kafka semble nous en donner la r&#233;ponse quand il nous dit qu'Ulysse a cru entendre les Sir&#232;nes, mais qu'en fait elles se sont tues &#224; son passage. Ulysse aurait en quelque sorte ainsi hallucin&#233; la voix des Sir&#232;nes. Et, &#224; tenir cette position, ce serait ainsi dire que la voix maternelle en r&#233;ponse au cri du b&#233;b&#233;, celle qui comble le b&#233;b&#233;, a la structure d'une hallucination&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De ce fait, pas plus qu'il n'y a d'intersubjectivit&#233; selon Lacan, il n'y (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Objet a voix&lt;/i&gt;, chant et musique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Avec cette voix maternelle, nous allons tenter maintenant de pr&#233;ciser le statut de l'&lt;i&gt;objet a voix&lt;/i&gt; comme hallucination ou pur sonore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Lacan est parti des voix dans la psychose et a fait de l'hallucination psychique le mod&#232;le de l'&lt;i&gt;objet a voix&lt;/i&gt;. Mais cette position va &#233;voluer au fil de ses s&#233;minaires. Quand cette voix prend une position extime et non plus de pure ext&#233;riorit&#233;, une autre dimension de la voix appara&#238;t, celle de la voix de la conscience : &#171; Le surmoi en son intime imp&#233;ratif est bien &#8220;la voix de la conscience&#8221;, c'est-&#224;-dire une voix d'abord, et bien vocale &#187;, nous dit Lacan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, &#201;crits, Paris, Seuil, 1966, p. 684.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ainsi, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce qui caract&#233;rise la voix comme &lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; n'est pas la pure sonorit&#233; mais le fait qu'il y ait &#233;mission &#224; partir d'un orifice, la bouche et que cette &#233;mission soit scand&#233;e. De plus, la voix n'est pas forc&#233;ment audible, sonoris&#233;e comme nous l'avons vu. Enfin, concernant le rythme et la coupure, Lacan nous dit dans son S&#233;minaire &lt;i&gt;L'Angoisse&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, Le S&#233;minaire. Livre X &#8211; L'Angoisse, 22 mai 1963, Paris, Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; concernant le Chofar que nous sommes l&#224; &#171; en pr&#233;sence d'une certaine forme de l'&lt;i&gt;objet a [voix]&lt;/i&gt; [...] dans sa face enfin d&#233;voil&#233;e sous sa forme s&#233;parable &#187;. En tout cas, la voix s'y affirme l&#224; essentiellement comme voix de l'Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Si certes la voix n'est pas pur sonore, n&#233;anmoins le travail de Pascal Quignard, &#171; La haine de la musique &#187;, para&#238;t &#233;clairant quant aux sources sonores possibles de la voix comme &lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt;. Quignard s'int&#233;resse aux bruits qui obs&#232;dent, qui &#171; tarabustent &#187; l'esprit. Il peut s'agir de bruit ancestraux &#224; forte r&#233;sonance affective comme le tonnerre mais aussi du monde sonore de la vie intra-ut&#233;rine. Quelle empreinte ces bruits laissent-ils dans notre vie ult&#233;rieure ? La science confirme en tout cas la perception du monde sonore intra-ut&#233;rin par le b&#233;b&#233;. Pour ma part, j'ai constat&#233; plus d'une fois, sans pouvoir en donner l'interpr&#233;tation, &#224; quel point certaines chansons aim&#233;es et &#233;cout&#233;es par une m&#232;re pendant sa grossesse pouvaient &#233;pouvanter leur b&#233;b&#233; une fois n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ce fait clinique troublant ne doit pas nous faire oublier que le b&#233;b&#233; baigne dans un fond sonore continu fait du souffle maternel, des bruits rythmiques du c&#339;ur et des borborygmes intestinaux. Et c'est sur ce fond que vont se d&#233;tacher la voix maternelle et celles des habitu&#233;s de la m&#232;re. Quel concert ! J'ai d'ailleurs constat&#233; dans notre unit&#233; Maman/B&#233;b&#233;, que des b&#233;b&#233;s n'ayant pas revu leurs m&#232;res depuis l'accouchement paraissaient reconna&#238;tre pr&#233;cis&#233;ment leur voix d&#232;s les premi&#232;res secondes de leurs retrouvailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Mais bien d'autres &#233;l&#233;ments sonores peuvent &#234;tre &#224; la racine de la constitution de cet &lt;i&gt;objet voix&lt;/i&gt;. Ainsi pourrait-il en &#234;tre des voix d'autres esp&#232;ces que la n&#244;tre. Or, le reste non symbolis&#233; de ce mat&#233;riel sonore qui obs&#232;de l'esprit, se trouve au plus proche de l'&lt;i&gt;objet a voix&lt;/i&gt;. Quignard &#233;voque tous ces cris d'animaux et particuli&#232;rement ceux en rapport avec le rut et la mort. Reik, quant &#224; lui, rapporte le son du schofar &#224; un &lt;i&gt;mugissement &lt;/i&gt; d'agonie du dieu taureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Et les analystes d'enfants savent bien l'importance que rev&#234;t dans la cure la voix des animaux, dans son alt&#233;rit&#233; radicale et en m&#234;me temps &#224; travers le besoin d'imitation, d'identification des enfants &#224; ce cri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ces bruits de la nature, ces cris d'animaux perdent leur dimension instinctive quand pris dans la signifiance ils en viennent &#224; hanter l'esprit ; ils ont alors valeur de voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Au total, la voix comme &lt;i&gt;objet a&lt;/i&gt; va pouvoir rev&#234;tir tout aussi bien la &lt;i&gt;forme &lt;/i&gt; du cri modul&#233; en vocalises que celle d'une voix animale ou d'un bruit, mais humanis&#233;s par leur insertion dans la signifiance. Ainsi, le chant, la musique seraient des mises en forme imaginaires de l'&lt;i&gt;objet a voix&lt;/i&gt; dont on s'approcherait selon Quignard dans le fredon, les ritournelles qui tarabustent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
&lt;strong&gt;La musique comme dompte-voix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Mais &#224; l'inverse de Pascal Quignard ou de Freud qui s'est plusieurs fois d&#233;clar&#233; &lt;i&gt;&#171; ganz unmusikalisch &#187;&lt;/i&gt;, la musique passionne aussi beaucoup de philosophes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le livre r&#233;cent de B. Bass, La voix d&#233;li&#233;e, Paris, Hermann, 2010.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en est ainsi de Leibniz qui, en de nombreux textes, s'int&#233;resse &#224; la cr&#233;ation musicale et la question de l'harmonie. Pour lui, le musical proc&#232;de, en totalit&#233;, du math&#233;matique. Et l'harmonie musicale implique &lt;i&gt;n&#233;cessairement &lt;/i&gt; des &#233;l&#233;ments discordants, de la dissonance dont la r&#233;solution est &#224; la source de la joie qu'elle procure. Et pour lui, cette jouissance de l'auditeur &#224; l'&#233;coute de la musique est une part de la jouissance de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leibniz n'a pas directement &#233;crit sur la musique ; se rapporter aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Or, la question &#224; laquelle je me suis moi-m&#234;me heurt&#233; est de savoir si et comment l'&lt;i&gt;objet a voix&lt;/i&gt;, cause du d&#233;sir, se retrouve dans la musique. En d'autres termes comment faire le chemin de la voix des Sir&#232;nes vers la musique et le rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Une remarque de Jean-Michel Viv&#232;s &#224; ce propos est pr&#233;cieuse quand il nous dit que &#8211; je cite &#8211; &#171; le chant (m&#233;lange de voix et de parole) est ce qui permet de faire taire la voix ou du moins d'y rester sourd &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.- M. Vives, &#171; Le silence des Sir&#232;nes. Une approche kafka&#239;enne de la voix (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; ce titre, le chant et par extension la musique ne constituent pas des exemples de l'&lt;i&gt;objet voix&lt;/i&gt; mais ils ne font que la r&#233;v&#233;ler, tout en la tenant &#224; distance et la pacifiant : &#171; Ils sont ainsi des &lt;i&gt;dompte-voix&lt;/i&gt;, au m&#234;me titre que Lacan avait pu qualifier le tableau de dompte-regard.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-M. Vives, op. cit.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Et, dans la musique, cet affleurement de l'&lt;i&gt;objet a voix&lt;/i&gt; qui procure le plus de jouissance de l'auditeur, ne survient qu'&#224; certains moments en lien souvent &#224; une &#233;nonciation affranchie de la parole, du sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. Bass, La voix d&#233;li&#233;e, op. cit., p. 17.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi, selon Michel Poizat, au moment de la &lt;i&gt;d&#233;sarticulation &lt;/i&gt; de la voix de la diva en un cri que survient la pamoison de l'auditeur. De m&#234;me dans le domaine du jazz, on comprend ainsi beaucoup mieux la vive &#233;motion produite par le &lt;i&gt;scat &lt;/i&gt; qui vient remplacer la parole chant&#233;e. Enfin, dans la musique instrumentale, c'est souvent autour des ruptures du langage musical qu'elles soient m&#233;lodiques ou rythmiques, que l'&#233;motion est la plus forte. On retrouve l&#224; quelque chose de ce qu'avait &#233;voqu&#233; Leibniz des effets de la dissonance et de sa r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Rythme &lt;i&gt;and (Baby) Blues&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rythme et la voix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
La question du rythme transcende la question de la voix et de sa pulsion. Car le rythme structure certes la voix mais aussi le regard et le corps dans sa gestualit&#233;. De fait, le rythme par la coupure qui lui est inh&#233;rente est au c&#339;ur de tous les &lt;i&gt;objets a&lt;/i&gt;. De plus, il n'y a pas de mise en jeu de la voix qui ne s'associe pas habituellement &#224; une mise en jeu du corps et du regard. Pour l'analyste, il s'agit de la connexion des &lt;i&gt;objets a&lt;/i&gt; que l'on retrouve exemplifi&#233;e dans la langue quand on dit, par exemple : &#171; Je vois ce que vous voulez dire &#187;. Les neuropsychologues parlent l&#224; plut&#244;t d'intermodalit&#233; (sensorielle) qui renvoie &#224; des capacit&#233;s &lt;i&gt;inn&#233;es &lt;/i&gt; du cerveau &#224; d&#233;chiffrer ou produire des rythmes. Ils admettent toutefois qu'il y aurait une mise en forme culturellement d&#233;termin&#233;e autour de cette structure de base inn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Cette question de la cause, entre pulsion et instinct, nous la retrouvons d'une fa&#231;on encore plus aplatie dans cette th&#233;orie de l'autisme qui en fait un pur d&#233;ficit li&#233; &#224; l'atrophie du sillon temporal sup&#233;rieur (STS). Il para&#238;t difficile de r&#233;cuser totalement que le fonctionnement psychique et notamment la communication repose sur des structures nerveuses qui ont leurs propres modalit&#233;s de fonctionnement et une part g&#233;n&#233;tiquement d&#233;termin&#233;e. D'ailleurs, Lacan a lui-m&#234;me affirm&#233; que le langage avait un fondement inn&#233; (dans son discours de Gen&#232;ve).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Mais il me semble que, bien souvent, ce qui va &#234;tre &lt;i&gt;d&#233;terminant&lt;/i&gt;, c'est ce qui se met en place ou pas dans cet au-del&#224; de l'inn&#233;, c'est-&#224;-dire pour nous psychanalystes, la &lt;i&gt;pulsion &lt;/i&gt; et son montage en trois temps autour de l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Il reste que, fondamentalement, c'est le rythme qui permet et structure le lien social, le collectif humain par ses effets de communication. Or, ce rythme concerne non seulement la voix mais aussi le visage et ses mimiques, le corps dans sa posture et ses mouvements. Et cela vaut notamment pour la relation maman/b&#233;b&#233; o&#249; n&#233;anmoins la voix et la pulsion invocante constituent un &#171; canal &#187; &lt;i&gt;privil&#233;gi&#233; &lt;/i&gt; de son d&#233;veloppement. Ainsi, la voix maternelle constitue ce premier instrument musical &#224; la riche m&#233;lodie duquel, je cite Trevarthen, &#171; le b&#233;b&#233; bouge et r&#233;pond de mani&#232;re rythmique et musicale &#187;. Et cela nous rappelle les travaux sur les aspects rythmiques et m&#233;lodiques du &lt;i&gt;mamanais&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mamanais ou motherese (en anglais). Le motherese se caract&#233;rise comme les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Si l'origine grecque du mot &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; tend &#224; d&#233;signer une forme changeante, il appara&#238;t qu'effectivement une part de son efficace tient &#224; la rupture qu'il est &#224; m&#234;me de produire. En effet, le psychisme humain est attentif au d&#233;roul&#233; du rythme dont les ruptures sont craintes et d&#233;sir&#233;es en m&#234;me temps. On a ainsi tendance &#224; opposer les rythmes binaires, r&#233;guliers qui sont harmoniques et favorisent la fusion, aux rythmes ternaires irr&#233;guliers qui pousseraient plus &#224; la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ces &lt;i&gt;rythmes fondamentaux&lt;/i&gt; paraissent inscrits dans la phylog&#233;n&#232;se et accessibles &#224; tout un chacun ; le b&#233;b&#233;, bien avant la parole, y a acc&#232;s. Et c'est d'ailleurs ainsi qu'il peut prendre son tour, sa place dans le duo harmonique qu'il fait avec sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
&lt;strong&gt;Le chofar, un rythme ternaire fondamental ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Parmi ces rythmes fondamentaux propres &#224; la communication humaine, il pourrait y avoir le chofar, cet instrument de rassemblement de la communaut&#233; juive et renvoyant &#224; quelque chose de l'appel &#224; la divinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Je vous rappelle que le chofar obtenu &#224; partir d'une corne d'animal, le b&#233;lier le plus souvent est un des instruments les plus anciens du monde. Tous ceux qui l'ont entendu t&#233;moignent de son caract&#232;re profond&#233;ment &#233;mouvant, qui prend &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Dans son essai sur le chofar, Theodor Reik&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Reik, Le Rituel. Psychanalyse des rites religieux, Paris, Deno&#235;l, 1974.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;voque l'aspect de souffle coup&#233; des fid&#232;les avant la sonnerie du chofar et la mont&#233;e vertigineuse d'&#233;motion que constitue l'attente de ce moment. Le moment de sonner du chofar, se fait &#224; un &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; particulier au cours du temps et de la vie de la communaut&#233;. Ainsi, au temps de la Bible, il &#233;tait prescrit de sonner le chofar pour annoncer le d&#233;but du chabbat, le d&#233;but du mois ainsi que la Nouvelle Ann&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Il existe trois fa&#231;ons diff&#233;rentes de faire sonner cet instrument, chacune ayant sa modulation propre et l'une se succ&#233;dant &#224; l'autre. Le premier rythme dit &lt;i&gt;&#171; teki'a &#187;&lt;/i&gt; produit une sorte de long mugissement, interrompu en pleine puissance dans la &lt;i&gt;teki'a&lt;/i&gt; simple, et &#224; bout du souffle dans la forme dite &lt;i&gt;&#171; gadola &#187;&lt;/i&gt;. La &lt;i&gt;teki'a&lt;/i&gt;, mode continu, s'oppose &#224; deux autres mani&#232;res de sonner du chofar, les &lt;i&gt;&#171; chevarim &#187;&lt;/i&gt; qui consistent en trois notes plaintives et la &lt;i&gt;&#171; terou'a &#187;&lt;/i&gt; qui se divise en sons brefs et saccad&#233;s. Avec ces deux nouveaux modes, le souffle en vient &#224; &#234;tre morcel&#233;, modul&#233;. Ainsi, la &lt;i&gt;&#171; terou'a &#187;&lt;/i&gt; qui am&#232;ne une d&#233;coupe simple du souffle constitue un rythme binaire alors qu'avec la modulation plaintive des &lt;i&gt;chevarim&lt;/i&gt;, on rejoint un rythme ternaire qui vient du fond des &#226;ges. De fait, la fa&#231;on de sonner du choffar fait se succ&#233;der ces diff&#233;rentes phases rythmiques le plus souvent avec cette succession : &lt;i&gt;tekia-chevarim-teroua&lt;/i&gt;, parfois suivie d'une &lt;i&gt;tekia gadola&lt;/i&gt; finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
De fait, le chofar appara&#238;t comme un instrument de communication avec le divin, selon le texte m&#234;me de la Bible qui dit : &#171; Le son du cor allait redoublant d'intensit&#233; ; Mo&#239;se parlait et la voix divine lui r&#233;pondait. &#187; Or, il m'a sembl&#233; que la structure rythmique, la fa&#231;on de sonner le chofar avec ces trois phases successives pouvait &#234;tre corr&#233;l&#233;e avec certains travaux scientifiques r&#233;cents concernant les modalit&#233;s de la communication entre une m&#232;re et son b&#233;b&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
C'est ainsi par exemple que Trevarthen et Gratier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Gratier &amp; C. Trevarthen, &#171; Rythme, &#233;motion et pr&#233;-sentiment dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en &#233;tudiant des b&#233;b&#233;s de 8 &#224; 16 semaines avec leurs m&#232;res constat&#232;rent des traits communs &#224; l'interaction au-del&#224; des diff&#233;rences culturelles. Ainsi, toutes les interactions sont organis&#233;es autour de 3 phases, &#224; savoir un &#171; pulsation &#187; d'environ une seconde, une &#171; phrase &#187; d'environ 3 secondes et enfin un &#171; &#233;pisode narratif &#187; d'environ 30 secondes. Elles reprennent donc le rythme ternaire de la fa&#231;on de sonner du chofar fait de &lt;i&gt;tekia, chevarim &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;terouah &lt;/i&gt; aussi bien dans leur succession et modulation que dans leur amplitude temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
&lt;strong&gt;Rythme, musicalit&#233; communicative et pathologie maternelle &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Au-del&#224;, les travaux de Trevarthen concernant la musicalit&#233; communicative visent &#224; savoir comment les enfants rentrent dans le langage et la narrativit&#233; mais aussi pr&#233;cisent les effets d'une pathologie maternelle. &#192; partir de l'ensemble de ces donn&#233;es, Trevarthen attire notre attention sur les d&#233;faillances de ces musicalit&#233;s communicatives qui peuvent perturber le bon d&#233;veloppement du b&#233;b&#233;, le figer dans une d&#233;pression voire pour certains l'engager dans la voix autistique. De m&#234;me, pr&#244;ne-t-il la valeur de &lt;i&gt;th&#233;rapies musicales&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Pour ma part, j'ai longtemps r&#233;sist&#233; &#224; cette id&#233;e. J'avais en t&#234;te toutes ces th&#233;rapies soixante-huitardes comme le cri primal de sinistre m&#233;moire. Car, pour un psychanalyste, avec ces th&#233;rapies musicales, on quitte le champ du langage et du signifiant, et de ce fait de la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Toutefois, ma pr&#233;sence dans un lieu d'accueil maman/b&#233;b&#233; o&#249; de nombreuses mamans musiciennes d&#233;prim&#233;es &#233;chouent &#224; enchanter leurs b&#233;b&#233;s m'am&#232;ne &#224; &#233;voquer une exp&#233;rience de r&#233;animation musicale qui s'y joue. Et cela me permettra ainsi de conclure v&#233;ritablement sur mon propos &#224; savoir le &lt;i&gt;baby rhythm and blues&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Un psychanalyste dans une unit&#233; Maman/B&#233;b&#233; : &lt;i&gt;Rhythm and Baby Blues&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les lieux d'accueil Maman/B&#233;b&#233; sont, dans mon exp&#233;rience, des lieux o&#249; irradie une grande vitalit&#233; ; celle-ci tient, je crois, &#224; la pr&#233;sence de jeunes m&#232;res avec le fruit vital que constitue leur b&#233;b&#233;. L'unit&#233; d'accueil de Saint-Denis prend en charge des m&#232;res en difficult&#233;s relationnelles avec leurs b&#233;b&#233;s, aussi bien dans le collectif d'un groupe de m&#232;res qu'en consultations individuelles. Et la pr&#233;sence de psychanalystes et de toute une &#233;quipe sensibilis&#233;e &#224; la psychanalyse rend chacun tr&#232;s attentif &#224; la parole et aux productions langagi&#232;res des mamans et des b&#233;b&#233;s. Mais la parole circule aussi &#224; l'adresse de ces m&#232;res souvent d&#233;prim&#233;es et dans l'impasse pour s'occuper de leur enfant comme elles voudraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
C'est ainsi que j'ai accueilli dans cette unit&#233; les paroles de mamans ayant travers&#233; des histoires proprement inou&#239;es. C'est par exemple celle de cette femme d'un pays africain en guerre civile qui a vu, cach&#233;e sous un lit, ses parents tu&#233;s devant ses yeux ; puis qui a &#233;t&#233; adopt&#233;e par une famille o&#249; elle a servi de domestique et &#233;t&#233; viol&#233;e puis qui a &#233;t&#233; revendue comme esclave, et battue, et prostitu&#233;e, et avort&#233;e, et&#8230; Elle s'est sauv&#233;e par miracle enceinte une deuxi&#232;me fois. Et la voil&#224; sans papiers et sans logement pour accoucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
La voil&#224; maintenant dans notre unit&#233; d'accueil, elle est coll&#233;e &#224; son b&#233;b&#233; de peur qu'on le lui vole, qu'on le tue. Qu'a-t-il entendu des voix qui brutalisaient sa m&#232;re, quelle m&#233;moire a-t-il de l'histoire de sa m&#232;re ? Dans son lien rest&#233; si &#233;troit &#224; son fils, cette m&#232;re est persuad&#233;e qu'il a tout enregistr&#233;, car cet enfant d'un an hurle si un homme s'approche de sa m&#232;re et pose ses mains sur elle ; et puis, avec sa main, il l'interroge sur les plaies qu'elle a sur le corps ; il les touche et les embrasse. Pourtant, tout cela se passait avant sa naissance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Certes, si les enjeux ne sont pas toujours aussi extraordinaires, pourtant c'est bien toujours de cela dont il est fondamentalement question dans toutes ces paroles accueillies, d'enjeux vitaux, de vie et de mort. De fait, ce lieu d'accueil met chaque sujet en pr&#233;sence du maternel de son &#233;nigme ; &#233;nigme du corps maternel et de la pulsionnalit&#233; qui en sourd. Mais il ram&#232;ne aussi chacun au plus extr&#234;me de son infantile, au temps de la naissance comme point d'&#233;mergence du vital. C'est cette vitalit&#233; que manifestent si fortement les b&#233;b&#233;s anim&#233;s par la musique maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Ici les &lt;i&gt;duets &lt;/i&gt; qu'&#233;voque Trevarthen sont multiples et tendent vers un concert polyphonique, certes parfois de voix dissonantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
Alors pour toutes ces m&#232;res, parfois, la parole ne suffit pas. Souvent chez elles, la voix maternelle, cette sir&#232;ne enchantant son enfant s'est bris&#233;e. Alors, nous leur proposons en outre une sorte de r&#233;animation vocale dans ce qu'on pourrait appeler un &lt;i&gt;atelier &lt;/i&gt; de r&#233;paration de Sir&#232;nes. Et l'on sait bien que parfois, m&#234;me dans une cure classique, la voix de l'analyste est convoqu&#233;e par l'analysant. Et, &#224; l'image de ce que dit Lacan de l'analyste qui, comme Tir&#233;sias, doit savoir avoir des mamelles, ne s'agit-il pas l&#224; juste pour lui de donner de la voix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR&gt;
C'est ainsi qu'il m'est ainsi arriv&#233; de fredonner avec les m&#232;res et les b&#233;b&#233;s de cette atelier de r&#233;paration de Sir&#232;nes, participant malgr&#233; moi &#224; cet adresse, comme le chofar sait le faire, &#224; un dieu obscur, mais je l'esp&#232;re consolateur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Herv&#233; Bentata est psychanalyste. Adresse : herve.bentata@gmail.com.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;Le S&#233;minaire, Livre XI, Les Quatre concepts&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1973, p. 182 &#8211; &#171; Se fermer &#187; : le troisi&#232;me temps de la pulsion s'applique en retour au sujet lui-m&#234;me, sauf pour la pulsion invocante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;NB : chaque pulsion se met en place en suivant des temps diff&#233;rents. Lacan rend sensible ce montage en disant par exemple que les trois temps du montage de la pulsion peuvent s'entendre par exemple pour la pulsion anale comme : chier, &#234;tre chi&#233;, se faire chier... Le troisi&#232;me temps, celui le plus achev&#233; de la pulsion tiendrait ainsi toujours &#224; un &#171; se faire... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Didier-Weill, intervention dans le S&#233;minaire de J. Lacan, &lt;i&gt;L'insu que sait de l'une b&#233;vue s'aile &#224; mourre (1976-77), Livre XXIV&lt;/i&gt;, s&#233;ance du 21 d&#233;cembre 1976, &#233;dition priv&#233;e de l'ALI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;De ce fait, pas plus qu'il n'y a d'intersubjectivit&#233; selon Lacan, il n'y aurait de dialogue possible.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1966, p. 684.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Lacan,&lt;i&gt; Le S&#233;minaire. Livre X &#8211; L'Angoisse&lt;/i&gt;, 22 mai 1963, Paris, Seuil, 2004, p. 171-202.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. le livre r&#233;cent de B. Bass, &lt;i&gt;La voix d&#233;li&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Hermann, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Leibniz n'a pas directement &#233;crit sur la musique ; se rapporter aux citations et d&#233;veloppements int&#233;ressants de Bernard Bass dans &lt;i&gt;La voix d&#233;li&#233;e, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J.- M. Vives, &#171; Le silence des Sir&#232;nes. Une approche kafka&#239;enne de la voix comme objet a &#187;, &lt;i&gt;Figures de la Psychanalyse&lt;/i&gt;, 16, Toulouse, Eres, 2008, p. 93-102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J.-M. Vives, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;B. Bass, &lt;i&gt;La voix d&#233;li&#233;e, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mamanais&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;motherese&lt;/i&gt; (en anglais). Le &lt;i&gt;motherese &lt;/i&gt; se caract&#233;rise comme les modulations de la prosodie et de la voix maternelle pr&#233;sentes dans le langage sp&#233;cifiquement destin&#233; au b&#233;b&#233;, &#224; son enfant en p&#233;riode d'acquisition langagi&#232;re (&lt;i&gt;Dictionnaire d'Orthophonie&lt;/i&gt;, 2004). Les caract&#233;ristiques de ce parler maternel au b&#233;b&#233; ont fait l'objet de nombreux travaux r&#233;cents des psycholinguistes et ont &#233;t&#233; repris par exemple par M.C. Laznik concernant l'analyse de la voix maternelle &#224; des b&#233;b&#233;s devenus autistes (M.C. Laznik, S. Maestro, F. Muratori, E. Parlato, &#171; Les interactions sonores entre les b&#233;b&#233;s devenus autistes et leurs parents &#187; &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; M.F. Castarede, G. Konopczynski, &lt;i&gt;Au commencement &#233;tait la voix&lt;/i&gt;, Paris, Er&#232;s, 2005, p. 171-181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T. Reik, &lt;i&gt;Le Rituel. Psychanalyse des rites religieux&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Gratier &amp; C. Trevarthen, &#171; Rythme, &#233;motion et pr&#233;-sentiment dans les interactions de deux b&#233;b&#233;s en voie d'autisme &#187; &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; M. Dugnat (&#233;d.), &lt;i&gt;&#201;motions (autour) du b&#233;b&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Er&#232;s, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rythme &#224; l'articulation de la psychanalyse et de la linguistique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article429</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article429</guid>
		<dc:date>2011-10-10T10:57:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josette Larue-Tondeur
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		<description>
&lt;p&gt;On pourrait avantageusement inclure le rythme, en tant que trace de la subjectivit&#233; du locuteur, dans les modalit&#233;s &#233;nonciatives, comme le souhaite Meschonnic. C'est ce que nous allons essayer de montrer en nous appuyant sur la th&#233;orie psychanalytique de Hermann et les travaux de Fonagy et Abraham. Le rythme est partout et nulle part : il organise tous les discours, mais il n'appara&#238;t dans aucun signe : le sens d&#233;borde les signes et le rythme d&#233;borde le sens ; il concerne tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;D&#233;finition, interdisciplinarit&#233;, &#233;tymologie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;D&#233;finition, interdisciplinarit&#233;, &#233;tymologie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Points de vue convergents : Fonagy, Abraham et Baudelaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Points de vue convergents : Fonagy, Abraham et Baudelaire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Application de la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; des textes litt&#233;raires&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Application de la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; des textes litt&#233;raires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;On pourrait avantageusement inclure le rythme, en tant que trace de la subjectivit&#233; du locuteur, dans les modalit&#233;s &#233;nonciatives, comme le souhaite Meschonnic. C'est ce que nous allons essayer de montrer en nous appuyant sur la th&#233;orie psychanalytique de Hermann et les travaux de Fonagy et Abraham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est partout et nulle part : il organise tous les discours, mais il n'appara&#238;t dans aucun signe : le sens d&#233;borde les signes et le rythme d&#233;borde le sens ; il concerne tous les domaines de la linguistique mais aucun en particulier ; et il est au c&#339;ur de la jonction entre psychanalyse et linguistique parce qu'il exprime des pulsions psychiques profondes qui sous-tendent les discours. Il est primordial et souvent n&#233;glig&#233;, justement parce qu'il n'appara&#238;t pas sous forme de signe, qu'il n'est pas sp&#233;cifique &#224; un champ particulier de la linguistique et probablement aussi parce qu'il implique l'&#234;tre humain dans sa totalit&#233;, ce qui suscite des r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; la d&#233;finition du rythme, son caract&#232;re interdisciplinaire et l'&#233;tymologie du mot, nous exposerons la th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann et les points de vue convergents du linguiste Fonagy et du psychanalyste Nicolas Abraham sur le rythme, dont les th&#233;ories concordent avec les intuitions de Baudelaire. Enfin nous verrons quelques applications de la th&#233;orie d'Abraham sur des textes litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;D&#233;finition, interdisciplinarit&#233;, &#233;tymologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maurice Grammont d&#233;finit ainsi le rythme (Grammont, 1967, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d 1904, p. 85) : il est &#171; constitu&#233; par le retour des temps marqu&#233;s &#224; intervalles th&#233;oriquement &#233;gaux &#187;. Mais la stricte r&#233;gularit&#233; tue le rythme. On parle de &lt;i&gt;rythme cardiaque&lt;/i&gt; &#224; propos du temps qui s'&#233;coule entre deux battements. C'est une forme de structuration du temps. L'arythmie cardiaque n'est pas une absence de rythme, malgr&#233; le pr&#233;fixe privatif : c'est l'irr&#233;gularit&#233; du rythme. Le rythme serait donc un jeu d'alternance structurale entre r&#233;gularit&#233; et irr&#233;gularit&#233;, une alternance de tempi. Une autre d&#233;finition non contradictoire avec la premi&#232;re, c'est le &#171; mouvement de la parole dans l'&#233;criture &#187; selon G&#233;rald Manley Hopkins, po&#232;te britannique cit&#233; par Meschonnic (Meschonnic, 1985, p. 115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est relatif au domaine de la prosodie, mais il concerne toutes les disciplines de la linguistique. En ce sens, Meschonnic parle d'une recherche &#171; traversi&#232;re &#187; &#224; propos du rythme parce qu'il &#171; traverse le discours &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 77). Il concerne la phon&#233;tique parce qu'il se caract&#233;rise par l'accentuation de certaines syllabes, au moyen de la longueur des voyelles, leur intensit&#233; et leur hauteur. Il est li&#233; &#224; l'intonation, donc &#224; tout ce qui est expressif. Mais il est li&#233; aussi au domaine de la syntaxe, car il va de pair avec les groupes syntaxiques, surtout en fran&#231;ais o&#249; l'accent de mots est tr&#232;s r&#233;duit, comparativement &#224; l'anglais par exemple. L'accent porte essentiellement sur la derni&#232;re syllabe d'un groupe de souffle, qui correspond g&#233;n&#233;ralement &#224; un groupe syntaxique. Et il est &#233;troitement li&#233; &#224; la s&#233;mantique parce qu'il produit du sens, ce qu'on remarque en po&#233;sie parce que tout y est utilis&#233; au maximum, mais c'est vrai ailleurs aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans les &#233;tudes litt&#233;raires, on se contente d'&#233;voquer le rythme ternaire dit &#171; &#233;minemment po&#233;tique &#187;, selon l'expression consacr&#233;e des manuels, sans expliquer pourquoi il est ressenti comme tel. Et le rythme est utilis&#233; en permanence, dans tout discours, mais sans qu'on lui accorde l'importance qu'il m&#233;rite malgr&#233; les effets de sens produits. Or, le rythme fait partie des manifestations inconscientes comme les lapsus par exemple, ce que nous allons tenter d'expliquer. Il constitue un indice d'&#233;nonciation, c'est-&#224;-dire une trace du locuteur. Mais comme il &#171; s'avance masqu&#233; &#187;, selon l'expression de Freud &#224; propos de l'Inconscient, le rythme est g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; &#224; l'insu du locuteur. Il est d'autant plus r&#233;v&#233;lateur, mais on le conna&#238;t mal. Meschonnic, qui a proc&#233;d&#233; &#224; des travaux importants sur le rythme, souhaite &#224; juste titre qu'on inclue l'&#233;tude du rythme dans les modalisations du discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Benveniste pr&#233;cise l'&#233;tymologie et l'histoire de ce mot dans le chapitre 27 de ses &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; : &#171; rhuthmos &#187; est l'abstrait d'un mot qui veut dire &#171; couler &#187;. En grec, &#171; rhuthmos &#187; s'oppose &#224; la forme fixe pour d&#233;signer la forme changeante, fluide, &#171; improvis&#233;e, momentan&#233;e, modifiable &#187;. Le sens moderne existe en grec, mais r&#233;sulte d'une sp&#233;cialisation due &#224; Platon. Celui-ci applique d'abord le mot &#224; &#171; la forme du mouvement que le corps humain accomplit dans la danse, et &#224; la disposition des figures en lesquelles ce mouvement se r&#233;sout &#187;. La notion de rythme corporel est &#171; soumis[e] &#224; la loi des nombres &#187;, d'o&#249; la d&#233;termination de la forme par une &#171; mesure &#187; et son assujettissement &#224; un ordre. C'est de l&#224; que vient le nouveau sens chez Platon : la &#171; disposition &#187; &#171; constitu&#233;e par une s&#233;quence ordonn&#233;e de mouvements lents et rapides &#187;. Et enfin, &#171; c'est l'ordre dans le mouvement, le proc&#232;s entier de l'arrangement harmonieux des attitudes corporelles combin&#233; avec un m&#232;tre qui s'appelle d&#233;sormais &#8220;rhuthmos&#8221; &#187;. Le sens premier de configuration spatiale proportionn&#233;e est pass&#233; &#224; celle des mouvements dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Imre Hermann, dans &lt;i&gt;L'Instinct filial &lt;/i&gt; (1943), montre l'importance de ce qu'il appelle &#171; l'instinct filial &#187; ou &#171; l'instinct d'agrippement &#187;, qui consiste chez les petits singes &#224; s'accrocher au pelage de la m&#232;re. Cet instinct, moins &#233;vident chez le petit humain faute de pelage maternel, est observable dans les r&#233;actions du b&#233;b&#233; qui attrape le doigt qu'on lui tend et s'y cramponne. On peut voir aussi une tendance marqu&#233;e &#224; attraper les cheveux. Cet agrippement, qui va de pair avec l'instinct vital, tend &#224; &#233;viter l'angoisse de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'enfant qui ne peut assouvir cet instinct d'accrochage &#224; la m&#232;re ou &#224; son substitut, quand il ne meurt pas d'hospitalisme, conna&#238;t une angoisse de s&#233;paration d'autant plus forte &#224; l'&#226;ge adulte. Il manifeste alors une propension &#224; s'agripper &#224; ses proches, ce qui ne facilite pas ses relations &#224; autrui. Ou bien il pr&#233;sente la r&#233;action inverse de se cacher et migrer, comme ces voyageurs perp&#233;tuels qui partent le plus loin possible et de mani&#232;re r&#233;it&#233;r&#233;e, ce qui est peu favorable &#224; la fondation d'une famille harmonieuse. L'obsession de la fuite et le d&#233;sir de migration sont les th&#232;mes essentiels des romans de Le Cl&#233;zio. Ni l'agrippement abusif ni l'&#233;loignement syst&#233;matique ne facilitent les rapports avec l'entourage. La relation duelle entre la m&#232;re et l'enfant d&#233;termine ou tout au moins influence fortement le comportement ult&#233;rieur. L'alternance fusion vs s&#233;paration va de pair avec la prise d'autonomie progressive qui s'effectue essentiellement pendant les trois premi&#232;res ann&#233;es, ces ann&#233;es caract&#233;ris&#233;es par un oubli presque total, mais se prolonge jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte et souvent bien au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le b&#233;b&#233; singe s'agrippe &#224; sa m&#232;re et s'&#233;loigne d'elle progressivement pour faire ses exp&#233;riences, d'autant plus audacieux qu'il a l'assurance de pouvoir se raccrocher &#224; elle en cas de danger. Le petit d'homme aussi acquiert plus facilement son autonomie s'il peut se r&#233;fugier aupr&#232;s de sa m&#232;re quand un danger survient. Mais il n'a pas toujours cette possibilit&#233;. Or pour rem&#233;dier &#224; l'absence et &#224; l'angoisse de s&#233;paration, le petit humain s'approprie la m&#233;diation du langage, comme le montre Freud &#224; propos du jeu de &lt;i&gt;Fort-da&lt;/i&gt; qui permet de s'assurer de la persistance de l'objet &#233;loign&#233; (&#171; Au del&#224; du principe de plaisir &#187; 1920). Et ce langage se prof&#232;re par le souffle selon un certain rythme organisateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Points de vue convergents : Fonagy, Abraham et Baudelaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fonagy, dans &lt;i&gt;La vive Voix&lt;/i&gt;, montre que des pulsions profondes affectent les sonorit&#233;s et les rythmes. Il applique au rythme le syst&#232;me de ressemblances et oppositions que Jakobson attribue aux sonorit&#233;s et groupes grammaticaux. Il attire l'attention sur le fait que le rythme est per&#231;u d&#232;s la vie intra-ut&#233;rine sous la forme des battements du c&#339;ur maternel. C'est un rythme binaire. Et ce rythme binaire caract&#233;rise aussi le premier acte relationnel de la t&#233;t&#233;e par la succion sur le rythme de base du troch&#233;e, la tension suivie de d&#233;tente correspondant &#224; l'app&#233;tit suivi d'assouvissement (Abraham, 1987, p. 110). C'est donc un rythme pair qui caract&#233;rise la fusion avec la m&#232;re. Dans le processus de fusion &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; s&#233;paration, la recherche d'un rythme r&#233;gulier, avec r&#233;p&#233;tition de la m&#234;me structure, correspond au d&#233;sir de fusion totale, d'assouvissement dans la relation duelle. Et ce peut &#234;tre une sorte de substitution &#224; l'absence de la m&#232;re. Mais la fusion totale serait l&#233;tale. Et un rythme toujours identique, fr&#233;quent dans les comptines, serait monotone dans un po&#232;me. Le rythme po&#233;tique se construit sur fond de rythme r&#233;gulier avec des ruptures qui symbolisent la s&#233;paration. Selon Nicolas Abraham &lt;i&gt;(op. cit.)&lt;/i&gt;, le rythme pair correspond au d&#233;sir de fusion tandis que le rythme impair correspond au d&#233;sir de s&#233;paration, d'autonomie. Il montre sur les exemples litt&#233;raires de &#171; L'apprenti sorcier &#187; de Goethe et du &#171; Corbeau &#187; d'Edgar Poe (&#171; The Raven &#187;) la rupture du rythme pair et le surgissement du rythme impair qui peut s'av&#233;rer g&#233;n&#233;rateur de toute-puissance cr&#233;atrice ou d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est un jeu incessant entre r&#233;gularit&#233; et ruptures, ressemblances et diff&#233;rences, qui correspond au d&#233;sir ambivalent de fusion et s&#233;paration, de retour f&#339;tal et d'autonomie, comme dans la relation duelle de Hermann. Le rythme impair s'oppose au rythme pair, ce qui se per&#231;oit dans l'adjectif &#171; impair &#187; d&#233;riv&#233; de &#171; pair &#187;, pr&#233;fix&#233;. On peut envisager un cas particulier de ce ph&#233;nom&#232;ne : le rythme binaire favorise la fusion tandis que le rythme ternaire, dit &#171; &#233;minemment po&#233;tique &#187; dans les manuels de litt&#233;rature, mais sans explication, correspond plus volontiers &#224; l'&#233;loignement et l'essai d'autonomie. Ce dernier est provoqu&#233; par l'&#233;nergie de la r&#233;volte, la volont&#233; d'autonomie par rapport &#224; une fusion &#233;touffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En po&#233;sie, les allit&#233;rations et assonances, la fluidit&#233; des liquides et la douceur des nasales participent &#224; l'euphonie. Mais la recherche d'harmonie se fonde aussi et surtout sur le rythme. Par exemple le t&#233;tram&#232;tre assure cette alliance de rythme binaire et ternaire qui correspond &#224; la fois au d&#233;sir ambivalent de fusion et de s&#233;paration, comme dans l'alexandrin c&#233;l&#232;bre de Racine : &#171; Je le vis, je rougis, je p&#226;lis &#224; sa vue &#187; (&lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, I, 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le recours au rythme pair correspond aux &#171; besoins &#187; d&#233;crits par Baudelaire dans &lt;i&gt;Fus&#233;es &lt;/i&gt; XXII : &#171; Je crois que le charme infini et myst&#233;rieux qui g&#238;t dans la contemplation d'un navire, et surtout d'un navire en mouvement, tient, dans le premier cas, &#224; la r&#233;gularit&#233; et la sym&#233;trie, qui sont un des besoins primordiaux de l'esprit humain, au m&#234;me degr&#233; que la complication et l'harmonie. &#187; Il est remarquable que le grand po&#232;te Baudelaire utilise tr&#232;s peu le rythme ternaire et recherche plus volontiers la sym&#233;trie, ce qui s'explique peut-&#234;tre par un instinct filial qui n'a pu se satisfaire dans l'enfance, comme semble l'indiquer la biographie de Pichois. Proust aussi pratique plus volontiers la sym&#233;trie, amplement complexifi&#233;e, ce qui correspond &#224; un d&#233;sir de fusion du narrateur avec la m&#232;re (Larue-Tondeur, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme s'appuie sur le m&#232;tre et les groupes de souffle, et se combine avec les r&#233;currences sonores qui reviennent &#224; intervalles plus ou moins r&#233;guliers. Formellement, le rythme ternaire consiste le plus souvent en trois groupes de souffle &#233;quivalents par leur fonction et leur longueur, ce qui provoque une &#233;quivalence de sens, comme l'a montr&#233; Jakobson : &#171; La fonction po&#233;tique projette le principe d'&#233;quivalence de l'axe de la s&#233;lection sur l'axe de la combinaison &#187;, selon sa c&#233;l&#232;bre formule des &lt;i&gt;Essais de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (Jakobson, 1963, p. 220). Ce n'est pas un rythme ternaire comme en musique, une mesure &#224; trois temps qui s'applique &#224; tout un morceau, mais au contraire un rythme ternaire qui s'applique le plus souvent &#224; un groupe inclus dans une phrase et se d&#233;tache sur le reste du texte. Mais nous en verrons plusieurs formes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Application de la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; des textes litt&#233;raires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans un passage des &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt; concernant les soir&#233;es &#224; Combourg, le rythme ternaire final tend &#224; an&#233;antir les personnages parentaux et pr&#233;ludent &#224; l'autonomie du narrateur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le reste de la soir&#233;e, l'oreille n'&#233;tait plus frapp&#233;e que &lt;strong&gt;du bruit mesur&#233; de ses pas, des soupirs de ma m&#232;re et du murmure du vent.&lt;/strong&gt; &#187; (Chateaubriand, 1848, I, 3)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le rythme ternaire n'op&#232;re pas seul. Tous les &#233;l&#233;ments de la langue concourent &#224; la production du sens. Tout le paragraphe tend &#224; op&#233;rer une r&#233;duction des personnages, avec la disparition des domestiques et l'&#233;loignement des parents, renforc&#233;e par les formules restrictives &#171; ne&#8230;que &#187;. La m&#232;re soupire &#224; l'&#233;cart et le p&#232;re compar&#233; &#224; un spectre s'isole &#224; la fois par sa d&#233;marche automatique et son comportement. Le rythme ternaire final &#171; du bruit mesur&#233; de ses pas, des soupirs de ma m&#232;re et du murmure du vent &#187; tend &#224; cr&#233;er une &#233;quivalence entre les trois compl&#233;ments d'agent de longueur &#233;quivalente, donc entre le p&#232;re, la m&#232;re et le vent, ce qui r&#233;duit les parents &#224; un d&#233;placement d'air et les an&#233;antit. Les &#233;quivalences grammaticales et rythmiques produisent une &#233;quivalence s&#233;mantique selon Jakobson. Ce rythme ternaire final correspond &#224; une s&#233;paration qui tient de l'expulsion. Bien &#233;videmment, on peut consid&#233;rer que l'an&#233;antissement des parents contribue au culte du moi du grand romantique, mais c'est aussi le proc&#233;d&#233; de choix de la prise d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous allons observer le m&#234;me proc&#233;d&#233; sur deux phrases d'un texte de Colette, &#171; Les Vrilles de la vigne &#187;, fragment liminaire du recueil de po&#233;sie en prose portant le m&#234;me titre (1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition 1908) : ce texte est engendr&#233; par une m&#233;taphore associant le rossignol pris aux vrilles de la vigne avec la narratrice prisonni&#232;re de son partenaire et qui se lib&#232;re par sa voix. L'oiseau &#233;perdu ne sait plus que la peur est &#224; l'origine de son chant, il reste captif et se limite, dans son vain d&#233;sir de s&#233;paration, &#224; un refrain dont le rythme ternaire reste rudimentaire : &#171; Tant que la vigne &lt;strong&gt;pousse, pousse, pousse&lt;/strong&gt;&#8230; &#187; sont les paroles que lui attribue la narratrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; En revanche, la narratrice domine sa peur et conquiert son autonomie gr&#226;ce &#224; sa voix qui se manifeste dans un rythme ternaire complexifi&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voudrais &lt;strong&gt;dire, dire, dire&lt;/strong&gt; tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui &lt;strong&gt;m'enchante et me blesse et m'&#233;tonne.&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le premier rythme ternaire &#171; dire, dire, dire &#187; reprend la structure du refrain de l'oiseau avec trois verbes, &#224; l'infinitif cette fois, mais la suite de la phrase d&#233;ploie les possibilit&#233;s de ce rythme : les r&#233;p&#233;titions de &#171; tout ce que &#187; laissent attendre un autre rythme ternaire, attente d'abord d&#233;&#231;ue puisqu'une quatri&#232;me relative pr&#233;c&#233;d&#233;e de &#171; tout ce &#187; le rompt, mais elle comporte elle-m&#234;me un retour du rythme ternaire avec la construction grammaticale &#171; me &#187; suivi d'un verbe : &#171; tout ce qui m'enchante et me blesse et m'&#233;tonne &#187;. Cette complexification du rythme ternaire va de pair avec la prise d'autonomie et peut se sch&#233;matiser de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dire, dire, dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce qui&#8230; me + V, me + V, me + V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par ailleurs le retour provisoire au rythme pair peut correspondre &#224; une h&#233;sitation, une r&#233;ticence &#224; la lib&#233;ration de la fusion ali&#233;nante avec le partenaire dont la &#171; sage main fra&#238;che se pose sur [sa] bouche &#187; pour l'emp&#234;cher de poursuivre son discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces deux textes litt&#233;raires illustrent la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; propos du rythme impair li&#233; au d&#233;sir de s&#233;paration. Voyons maintenant un exemple de rythme pair associ&#233; au d&#233;sir de fusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jakobson &#233;tudie les glissements d'accents en les reliant au plaisir de l'inattendu th&#233;oris&#233; par Edgar Allan Poe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le glissement de l'accent de mot du temps marqu&#233; sur le temps non-marqu&#233; (&#171; pied renvers&#233; &#187;) dans les mots polysyllabiques, est inconnu dans les formes traditionnelles du vers russe, mais fr&#233;quent dans la po&#233;sie anglaise apr&#232;s une pause m&#233;trique et/ou une pause syntaxique. [&#8230;] Dans le vers &#171; Nearer, my God, to Thee, nearer to Thee &#187; (&#171; Plus pr&#232;s de Toi, mon Dieu, plus pr&#232;s de Toi &#187;), la syllabe accentu&#233;e d'un m&#234;me mot appara&#238;t deux fois sur le temps non-marqu&#233;, d'abord au d&#233;but du vers et une seconde fois au d&#233;but d'un groupe de mots. &#187; (Jakobson, 1963, p. 228- 229)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le vers de Sarah F. Adams (1805-1848) cit&#233; par Jakobson manifeste un effet de sens par le d&#233;placement d'accent habituel. On peut proc&#233;der &#224; l'&#233;tude des effets de sens du rythme ainsi transform&#233;. Si l'on ajoute &#224; cela le caract&#232;re fusionnel du rythme pair selon N. Abraham, le vers prend tout son sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'accent de &#171; nearer &#187; habituellement plac&#233; sur la premi&#232;re syllabe, le suffixe &#171; -er &#187; du comparatif n'&#233;tant jamais accentu&#233;, est ici d&#233;plac&#233; sur la seconde. En effet le pentam&#232;tre &#239;ambique comporte cinq groupes de deux syllabes dont la deuxi&#232;me est accentu&#233;e, ce qui n&#233;cessite ce d&#233;placement. Le r&#233;sultat est d'abord que le mot &#171; nearer &#187; r&#233;sonne de mani&#232;re &#233;trange. Et l'effet qui s'ensuit est d'accentuer le suffixe accroissant la proximit&#233; du point de vue s&#233;mantique, &#171; -er &#187; hyperbolisant en quelque sorte le sens de &#171; near &#187;. En outre, il se rapproche de celui qui se trouve sur &#171; Thee &#187;, surtout dans la deuxi&#232;me occurrence du groupe &#171; nearer to Thee &#187;, la proximit&#233; est ainsi mim&#233;e par le rythme : &#171; Nearer, my God, to Thee, nearer to Thee &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En outre, &#171; Thee &#187; &#233;tant employ&#233; presque uniquement pour la pri&#232;re, son emploi est rare, si bien que deux anomalies sont contenues dans le seul groupe de mots &#171; nearer to Thee &#187;, l'accent sur le suffixe et l'emploi du pronom de deuxi&#232;me personne, ce qui produit une impression d'atmosph&#232;re tr&#232;s particuli&#232;re. Par ailleurs, ce groupe est r&#233;p&#233;t&#233; parall&#232;lement avec l'insertion dans la premi&#232;re occurrence de l'apostrophe &#171; my God &#187; qui s'y trouve sertie, mise en valeur ainsi entour&#233;e. Or, elle comporte deux mots qui rapprochent l'orant de son Dieu car celui qui prie est pr&#233;sent dans le possessif &#171; my &#187; qui est juxtapos&#233; &#224; &#171; God &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Finalement, le d&#233;placement d'accent, r&#233;p&#233;t&#233;, participe &#224; favoriser une proximit&#233; maximale de l'orant et de son Dieu, ce qui suscite une impression de ferveur accrue. Et le rythme pair a pour fonction de provoquer la fusion avec Dieu, favoris&#233;e par le d&#233;placement d'accent et les mots employ&#233;s. Les &#233;l&#233;ments de la langue entrent en synergie pour manifester cette fusion. La traduction du cantique en fran&#231;ais perd, outre la d&#233;perdition habituelle en po&#233;sie, l'effet &#233;motionnel du d&#233;placement d'accent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En revanche, dans le conte philosophique de Voltaire intitul&#233; &#171; Zadig &#187;, les trois &#171; mais &#187; r&#233;volt&#233;s du personnage &#233;ponyme envers l'hermite m&#233;tamorphos&#233; en ange marquent une scansion ternaire par l'expression &#171; mais, dit Zadig &#187; qui &#233;loigne de la fusion avec le divin. Ils sont situ&#233;s &#224; la fin du chapitre XVII, qui constitue une transposition sulfureuse de la XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sourate du Coran dont le sens global est celui de la parole biblique selon laquelle &#171; les voies de Dieu sont imp&#233;n&#233;trables &#187;. Voltaire transforme la demande : dans la sourate, c'est Mo&#239;se qui demande &#224; l'inconnu l'autorisation de le suivre ; dans &lt;i&gt;Zadig&lt;/i&gt;, c'est l'ermite, l'ange Jesrad, qui propose &#224; &lt;i&gt;Zadig &lt;/i&gt; de l'accompagner, ce qui facilite l'expression de la r&#233;volte. L'inconnu de la sourate &#233;tait r&#233;ticent &#224; se laisser accompagner et posait la condition de ne pas l'interroger. Mo&#239;se le questionne quand m&#234;me, mais avec r&#233;v&#233;rence, tandis que Zadig laisse libre cours &#224; ses injures et ses contestations : l'ermite br&#251;le la maison de son h&#244;te et noie le neveu de son h&#244;tesse, se justifiant &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; par le fait qu'un tr&#233;sor est enfoui sous la maison et que le neveu aurait assassin&#233; sa tante s'il avait v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt;Mais quoi ! dit Zadig&lt;/strong&gt;, il est donc n&#233;cessaire qu'il y ait des crimes et des malheurs, et les malheurs tombent sur les gens de bien ! &#8211; Les m&#233;chants, r&#233;pondit Jesrad, sont toujours malheureux : ils servent &#224; &#233;prouver un petit nombre de justes r&#233;pandus sur la terre, et il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien. &#8211; &lt;strong&gt;Mais, dit Zadig&lt;/strong&gt;, s'il n'y avait que du bien, et point de mal ? &#8211; Alors, reprit Jesrad, cette terre serait une autre terre ; l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements serait un autre ordre de sagesse ; et cet autre ordre, qui serait parfait, ne peut &#234;tre que dans la demeure &#233;ternelle de l'&#202;tre supr&#234;me, de qui le mal ne peut approcher. Il a cr&#233;&#233; des millions de mondes dont aucun ne peut ressembler &#224; l'autre. Cette immense vari&#233;t&#233; est un attribut de sa puissance immense. Il n'y a ni deux feuilles d'arbre sur la terre, ni deux globes dans les champs infinis du ciel, qui soient semblables ; et tout ce que tu vois sur le petit atome o&#249; tu es n&#233; devait &#234;tre dans sa place et dans son temps fixe, selon les ordres immuables de celui qui embrasse tout. Les hommes pensent que cet enfant qui vient de p&#233;rir est tomb&#233; dans l'eau par hasard, que c'est par un m&#234;me hasard que cette maison est br&#251;l&#233;e ; mais il n'y a point de hasard : tout est &#233;preuve, ou punition, ou r&#233;compense, ou pr&#233;voyance. Souviens-toi de ce p&#234;cheur qui se croyait le plus malheureux de tous les hommes. Orosmade t'a envoy&#233; pour changer sa destin&#233;e. Faible mortel, cesse de disputer contre ce qu'il faut adorer. &#8211; &lt;strong&gt;Mais, dit Zadig&lt;/strong&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme il disait &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt;, l'ange prenait d&#233;j&#224; son vol vers la dixi&#232;me sph&#232;re. Zadig, &#224; genoux, adora la Providence, et se soumit. L'ange lui cria du haut des airs : &#171; Prends ton chemin vers Babylone. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quand l'ermite est transform&#233; en l'ange Jesrad, Zadig se prosterne en lui demandant s'il est venu lui apprendre &#171; &#224; se soumettre aux ordres &#233;ternels &#187;. Cependant sa r&#233;action va &#233;voluer vers la r&#233;volte.
Il commence par sugg&#233;rer qu'il aurait mieux valu am&#233;liorer cet enfant que le noyer, ce &#224; quoi l'ange r&#233;pond que s'il avait &#233;t&#233; vertueux il aurait &#233;t&#233; assassin&#233;. Cela montre une volont&#233; de Voltaire de ridiculiser l'ange et du m&#234;me coup la th&#233;orie de Leibniz selon laquelle tout est n&#233;cessaire, qui est aussi la cible de l'ironie dans &lt;i&gt;Candide&lt;/i&gt;. Cette intervention de Jesrad fournit &#224; Zadig l'occasion de prof&#233;rer un premier &#171; mais &#187; de r&#233;volte : &#171; &#8211; Mais quoi ! dit Zadig, il est donc n&#233;cessaire qu'il y ait des crimes et des malheurs, et les malheurs tombent sur les gens de bien ! &#187; Ce &#171; mais &#187; est int&#233;gr&#233; dans l'interjection &#171; Mais quoi ! &#187; exprimant l'affect de r&#233;volte. L'argument de l'ange &#171; il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien &#187; suscite un deuxi&#232;me &#171; mais &#187; de r&#233;volte : &#171; - Mais, dit Zadig, s'il n'y avait que du bien, et point de mal ? &#187;. Gr&#226;ce &#224; l'incise, ce &#171; mais &#187; est isol&#233; du reste de la r&#233;partie. L'ange explique que la perfection n'est pas de ce monde et que rien n'arrive par hasard, achevant son discours par &#171; faible mortel, cesse de disputer contre ce qu'il faut adorer. &#187; Le troisi&#232;me &#171; Mais &#187; de Zadig est interrompu par le d&#233;part de l'ange. Comme le souligne Dominique Maingueneau dans son analyse des connecteurs argumentatifs (Maingueneau, 1986, p. 141), c'est l'expression d'une attitude de refus : &#171; Zadig prof&#232;re son &lt;i&gt;mais &lt;/i&gt; en quelque sorte &#8220;pour l'honneur&#8221;, n'ayant pas d'argument &#224; opposer &#224; l'Ange mais d&#233;sireux de lui signifier son refus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est remarquable que la r&#233;volte de Zadig explose en trois &#171; mais &#187;, avec la revendication d'autonomie qui s'oppose absolument &#224; la soumission et la fusion. Bien qu'il ne s'agisse pas &#224; proprement parler d'un rythme ternaire habituel, le d&#233;tachement des trois &#171; mais &#187; appara&#238;t bien comme une r&#233;volte organis&#233;e en trois temps, avec une progression qui r&#233;duit les mots de l'interjection &#171; Mais quoi ! &#187; &#224; un &#171; mais &#187; suivi d'une virgule pour les besoins de l'incise, jusqu'&#224; produire un concentr&#233; de refus dans le troisi&#232;me &#171; mais &#187; suivi de point de suspension. Ceux-ci figurent graphiquement que &#171; le &lt;i&gt;mais &lt;/i&gt; reste en suspens &#187; selon l'expression de Dominique Maingueneau (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 140) et laisse imaginer la stupeur, voire la fureur, de Zadig. Par ailleurs l'&#233;loignement physique du personnage divin suit imm&#233;diatement le rythme ternaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dominique Maingueneau a soulign&#233; l'ambigu&#239;t&#233; du troisi&#232;me &#171; mais &#187; : refus de Zadig qui n'a plus d'argument ou fuite de l'ange devant les objections par incapacit&#233; de r&#233;pondre. Zadig a &#233;chou&#233; &#224; convaincre Jesrad et l'ange a &#233;chou&#233; &#224; enseigner la soumission au mortel. C'est plus qu'un &#233;loignement par autonomie, c'est une s&#233;paration d&#233;finitive que marque le trio de &#171; mais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rythme exprime des pulsions psychiques profondes comme le d&#233;sir ambivalent de fusion et de s&#233;paration, n&#233;cessaire sous ces deux p&#244;les notamment pour la contemplation esth&#233;tique fusionnelle et l'affirmation d'une pens&#233;e cr&#233;atrice autonome. La th&#233;orie de Nicolas Abraham selon laquelle le rythme pair correspond &#224; la recherche de fusion li&#233;e &#224; l'instinct d'agrippement, le rythme impair &#224; une volont&#233; de s&#233;paration g&#233;n&#233;ratrice &#224; la fois d'autonomie et d'angoisse, fonctionne particuli&#232;rement bien sur les textes litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La po&#233;sie et plus g&#233;n&#233;ralement la litt&#233;rarit&#233; exhibe l'importance du rythme, mais celui-ci est &#224; l'&#339;uvre dans tout discours et m&#233;rite d'&#234;tre pris en compte par la linguistique, car il est &#233;troitement li&#233; &#224; l'investissement de l'&#234;tre total dans la cr&#233;ativit&#233; verbale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_rubrique=44&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; N. Abraham &amp; M. Torok, &lt;i&gt;L'&#201;corce et le Noyau&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1987 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1978.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C. Baudelaire,&lt;i&gt; Fus&#233;es&lt;/i&gt; XXVII, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; publication 1887 par Eug&#232;ne Cr&#233;pet.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;. Benveniste, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1974 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1966.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; F.-R. de Chateaubriand, &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-tombe&lt;/i&gt; &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1849-50.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Colette, &lt;i&gt;Les Vrilles de la vigne&lt;/i&gt; &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1908.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; I. Fonagy, &lt;i&gt;La vive Voix&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1983, 346 p.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S. Freud, &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1951 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1920.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M. Grammont, &lt;i&gt;Le vers fran&#231;ais, ses moyens d'expression, son harmonie&lt;/i&gt;, Paris, Delagrave, 1967 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1904.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; I. Hermann, &lt;i&gt;L'Instinct filial&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1972 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1943.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; I. Hermann, &lt;i&gt;Psychanalyse et Logique&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1978.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R. Jakobson, &lt;i&gt;Essais de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, trad. N. Ruwet, Paris, Minuit, 1963 &#8211; 11 essais dont le plus ancien date de 1949.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J. Larue-Tondeur, &lt;i&gt;Schizophr&#233;nie et Po&#233;sie : l'&#233;criture po&#233;tique de la mer&lt;/i&gt;, Limoges, Lambert-Lucas, 2009.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D. Maingueneau, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de linguistique pour le texte litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Paris, Bordas, 1986.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; H. Meschonnic, &lt;i&gt;Les &#201;tats de la po&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1985.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S. F. Adams, &lt;i&gt;Nearer, my God, to Thee, nearer to Thee&lt;/i&gt; &#8211; 1841. &lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voltaire, &lt;i&gt;Zadig &#8211; Romans et contes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1972 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1748.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rythme des fr&#232;res
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article123</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article123</guid>
		<dc:date>2010-07-17T09:29:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Michon
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Extrait de P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, Paris, PUF, 2005, p. 138-144. L'apport de Freud &#224; la question des rythmes de l'individuation psychique et collective reste, jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'un des th&#232;mes les plus mal connus de son &#339;uvre. Certes, il existe de-ci de-l&#224; des &#233;bauches d'approche de la question du rythme, mais elles concernent essentiellement les formes de r&#233;p&#233;tition ou les diff&#233;rents va-et-vient qui marquent la vie psychique. L'anecdote du Fort-Da de l'enfant jouant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de P. Michon,&lt;/i&gt; Rythmes, pouvoir, mondialisation, &lt;i&gt;Paris, PUF, 2005, p. 138-144.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
L'apport de Freud &#224; la question des rythmes de l'individuation psychique et collective reste, jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'un des th&#232;mes les plus mal connus de son &#339;uvre. Certes, il existe de-ci de-l&#224; des &#233;bauches d'approche de la question du rythme, mais elles concernent essentiellement les formes de r&#233;p&#233;tition ou les diff&#233;rents va-et-vient qui marquent la vie psychique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte toujours cit&#233; sur la question de la r&#233;p&#233;tition est celui o&#249; Freud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'anecdote du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; de l'enfant jouant dans son berceau avec une bobine attach&#233;e &#224; une ficelle a attir&#233; l'attention de Jacques Lacan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Lacan, &#201;crits, Paris, Le Seuil, 1966.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On s'est aussi int&#233;ress&#233; aux n&#233;vroses obsessionnelles de l'adulte. Mais presque rien n'a &#233;t&#233; fait sur l'autre versant, le versant collectif des rythmes sociaux de l'individuation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception, que l'on abordera plus bas, des travaux de Serge Moscovici&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et rien &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; non plus pour relier ces deux p&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pourtant, Freud, au moins &#224; partir de 1913, se d&#233;place sans cesse de l'un &#224; l'autre. Son int&#233;r&#234;t pour cette double question est si &#233;vident que l'on se demande m&#234;me s'il ne permettrait pas de compl&#233;ter l'hypoth&#232;se de la rupture th&#233;orique pr&#233;sent&#233;e plus haut. Le passage &#224; un nouveau stade de la th&#233;orie se manifeste en effet par tout un ensemble de travaux o&#249; s'exprime une pr&#233;occupation nouvelle pour la question des rythmes, et plus pr&#233;cis&#233;ment pour le lien entre les rythmes les plus intimes de la vie psychique et les rythmes morphologiques collectifs. Si l'on s'en tient aux dates, cette hypoth&#232;se est vraisemblable. Les premi&#232;res r&#233;flexions de Freud sur les rassemblements rituels sacrificiels p&#233;riodiques datent de 1913 dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; ; il les reprend en 1921 dans &#171; Psychologie des masses et analyse du moi &#187; ; puis en 1938 dans &lt;i&gt;L'Homme Mo&#239;se&#8230;&lt;/i&gt; Celles concernant le &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; ou la compulsion n&#233;vrotique de r&#233;p&#233;tition, qui sont expos&#233;es dans &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, datent de 1920. Enfin, la nouvelle pr&#233;sentation conceptuelle de la th&#233;orie psychanalytique expos&#233;e dans &lt;i&gt;Le Moi et le &#231;a&lt;/i&gt;, qui fait le bilan de ces probl&#232;mes et propose un nouveau mod&#232;le pour les penser, date, elle, de 1922. Ainsi, s'il y a bien eu transformation de la th&#233;orie, cette transformation semble s'&#234;tre produite parall&#232;lement &#224; une pr&#233;occupation nouvelle pour les rythmes, certes jamais th&#233;matis&#233;e mais toujours pr&#233;sente, et qui permettrait, du coup, de surmonter une difficult&#233; traditionnelle dans l'interpr&#233;tation de la deuxi&#232;me topique. D'une part, en effet, on sait que celle-ci &#233;tait destin&#233;e &#224; mieux rendre compte de l'aspect &#171; dynamique &#187; de l'appareil psychique , mais elle est malgr&#233; tout souvent vue comme un mod&#232;le de type &#171; synoptique &#187; ou &#171; spatial &#187; sans que l'on sache bien comment s'articulent ces deux points de vue relativement contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On conna&#238;t le r&#233;cit sur lequel se cl&#244;t la premi&#232;re incursion freudienne dans la th&#233;orie du social, &lt;i&gt;Totem et Tabou &lt;/i&gt; (1912-1913). Apr&#232;s une longue discussion des mat&#233;riaux ethnographiques et historiques disponibles &#224; son &#233;poque, Freud, s'appuyant sur une id&#233;e de Darwin, nous raconte l'histoire suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans les temps pr&#233;historiques les plus recul&#233;s, les hommes vivaient comme tous les mammif&#232;res sup&#233;rieurs, en &#171; hordes &#187; compos&#233;es d'un p&#232;re tout-puissant, de ses fils et de ses femmes. Gr&#226;ce &#224; sa force, le p&#232;re exer&#231;ait sur eux une terreur constante. Il ne tol&#233;rait aucune vell&#233;it&#233; d'autonomie, aucune affirmation d'individualit&#233; rivale de la sienne. En particulier, il monopolisait jalousement les relations sexuelles avec les femmes du groupe et les interdisait &#224; ses fils. Sans se soucier de leurs besoins, de leurs sentiments, de leurs opinions, le p&#232;re exigeait de tous les membres de sa horde une soumission absolue ; la vision et le d&#233;sir d'un seul avaient valeur d'imp&#233;ratif pour tous ; l'arbitraire individuel &#233;tait &#233;rig&#233; en syst&#232;me de coutumes sociales. Ainsi les individus fr&#232;res &#233;taient-ils indiff&#233;renci&#233;s au regard du p&#232;re et de son despotisme. Dans la horde primitive, il n'y avait de place que pour une seule individualit&#233; et toutes les autres &#233;taient syst&#233;matiquement interdites et r&#233;prim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le type d'individuation et les formes sociales et religieuses que nous connaissons aujourd'hui naquirent lors d'une rupture de l'ordre paternel pr&#233;historique provoqu&#233;e par une r&#233;volte des fr&#232;res. Ceux-ci se lib&#233;r&#232;rent de l'ordre patriarcal en tuant le p&#232;re dont ils se partag&#232;rent les restes lors d'un banquet anthropophage : &#171; Un jour, les fr&#232;res chass&#233;s se sont r&#233;unis, ont tu&#233; et mang&#233; le p&#232;re, et mis ainsi fin &#224; la horde paternelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Totem et tabou&#8230;, op. cit., p. 360.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gr&#226;ce &#224; ce meurtre, les fr&#232;res gagn&#232;rent alors une certaine libert&#233; et purent exprimer leurs exigences sexuelles ainsi que leur volont&#233; de puissance, s'identifiant en quelque sorte au p&#232;re qu'ils venaient de tuer. Pourtant, ils ne purent v&#233;ritablement savourer leur victoire et vivre sans entrave leur narcissisme comme autrefois le faisait le p&#232;re. En effet, toute identification sereine &#224; celui-ci fut rendue impossible par le regret et la culpabilit&#233; qu'ils ressentirent imm&#233;diatement de leur forfait : &#171; Apr&#232;s avoir supprim&#233; le p&#232;re, apr&#232;s avoir assouvi leur haine et r&#233;alis&#233; leur souhait d'identification avec lui, les motions tendres, qui avaient alors &#233;t&#233; vaincues, ne pouvaient manquer de s'exprimer de nouveau. Cela se produisit sous la forme du repentir ; il apparut une conscience de culpabilit&#233;, co&#239;ncidant ici avec le sentiment du repentir &#233;prouv&#233; en commun &#187; (p. 362). Du coup, d&#233;savouant leur acte, ils institu&#232;rent l'interdiction de la mise &#224; mort du totem, substitut du p&#232;re, lui rendirent un culte, et s'appliqu&#232;rent &#224; eux-m&#234;mes l'interdiction des rapports sexuels avec les femmes du groupe que le p&#232;re leur avait auparavant impos&#233;e, nouant ainsi pour la premi&#232;re fois tous les liens du complexe d'&#338;dipe : &#171; Ils cr&#233;aient ainsi &#224; partir de la &lt;i&gt;conscience de culpabilit&#233;&lt;/i&gt; du fils les deux tabous fondamentaux du tot&#233;misme, qui, pour cette raison m&#234;me, ne pouvaient que concorder avec les deux souhaits refoul&#233;s du &lt;i&gt;complexe d'&#338;dipe&lt;/i&gt; &#187; (p. 362). De la t&#226;che provoqu&#233;e par ce meurtre initial et de l'impossibilit&#233; de jamais l'effacer naquirent ainsi simultan&#233;ment la soci&#233;t&#233;, l'individu et la religion. La horde primitive, encore toute proche du r&#232;gne animal, royaume de l'arbitraire et du narcissisme d'un seul, fut remplac&#233;e par la soci&#233;t&#233; humaine, royaume de la loi et de l'interdiction de l'inceste, qui permirent de garantir &#224; chacun des fr&#232;res une certaine &#233;galit&#233; et un respect de leur individualit&#233;, tout en bridant d&#233;finitivement leur narcissisme ; par ailleurs, comme le p&#232;re mort continuait &#224; hanter les esprits, il fallut lui consacrer un culte que les fr&#232;res institu&#232;rent pour c&#233;l&#233;brer leur victoire &#224; ses d&#233;pens mais aussi pour tenter simultan&#233;ment de se racheter aupr&#232;s de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce r&#233;cit est si c&#233;l&#232;bre que je m'excuse aupr&#232;s du lecteur de le r&#233;p&#233;ter une fois de plus ici, mais une telle redondance n'est peut-&#234;tre pas inutile, notamment parce que le rythme y joue un r&#244;le aussi d&#233;terminant qu'inaper&#231;u des commentateurs. On a ainsi l'habitude de dire que, pour Freud, l'individuation et la sociation humaines auraient commenc&#233; avec le meurtre du p&#232;re de la horde primitive, par les fr&#232;res r&#233;unis. Mais si l'on suit la logique m&#234;me de son r&#233;cit, il faut plut&#244;t voir dans cet acte le dernier &#233;v&#233;nement de l'histoire de la horde, car m&#234;me s'il en est la victime c'est encore le p&#232;re qui en reste le centre. Alors m&#234;me qu'ils se sont unis pour tuer celui-ci, les fr&#232;res ne forment pas encore une soci&#233;t&#233;. Le premier acte social de l'humanit&#233; proprement dit, la premi&#232;re manifestation du nouveau groupe que forment d&#233;sormais les fr&#232;res, ne peut se produire qu'une fois le p&#232;re disparu. Or, cette affirmation sociale originelle, c'est, dans le r&#233;cit freudien, le banquet par lequel les fr&#232;res s'incorporent le d&#233;funt et qui inaugure, par &#171; la premi&#232;re f&#234;te de l'humanit&#233; &#187;, l'immense s&#233;rie de tous les banquets tot&#233;miques ult&#233;rieurs : &#171; Le p&#232;re primitif violent &#233;tait certainement le mod&#232;le envi&#233; et redout&#233; de chacun des membres de l'association des fr&#232;res. Or, par l'acte de l'absorption, ceux-ci parvenaient &#224; s'identifier &#224; lui, s'appropriant chacun une partie de sa force. Le repas tot&#233;mique, qui est peut-&#234;tre la premi&#232;re f&#234;te de l'humanit&#233;, serait la r&#233;p&#233;tition et la c&#233;r&#233;monie comm&#233;morative de cet acte criminel m&#233;morable, qui a servi de point de d&#233;part &#224; tant de choses : organisations sociales, restrictions morales, religion &#187; (p. 360).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi la soci&#233;t&#233; et l'individu commencent-ils par un geste qui lance la succession altern&#233;e des moments de rassemblements et de dispersion des individus. Si, comme le dit explicitement le r&#233;cit freudien, le meurtre du p&#232;re &#171; met fin &#224; l'existence de la horde paternelle &#187;, c'est le banquet qui ouvre l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines et en donne la cl&#233;. Pour Freud, la soci&#233;t&#233; a ainsi une nature originellement et essentiellement rythmique, et elle reproduit, depuis, &lt;i&gt;le rythme des fr&#232;res&lt;/i&gt;. Puisant dans la litt&#233;rature ethnographique et historique de son &#233;poque, il fait d'ailleurs remarquer que la pr&#233;sence des rythmes morphologiques est une constante que l'on retrouve dans tous les groupements sociaux et qui remonte tr&#232;s loin dans l'histoire. &#192; la suite de Robertson Smith, il rappelle la pr&#233;sence imm&#233;moriale des sacrifices et des banquets p&#233;riodiques par lesquels, apparemment depuis les p&#233;riodes les plus anciennes de l'humanit&#233;, se sont &#233;tablis et renforc&#233;s les liens des groupes sociaux : &#171; Malgr&#233; la crainte qui prot&#232;ge la vie de l'animal sacr&#233;, comme s'il &#233;tait un membre de la tribu, il devient n&#233;cessaire d'en tuer de temps en temps un sp&#233;cimen au cours d'une assembl&#233;e solennelle de la communaut&#233; et de partager sa chair et son sang entre les compagnons du clan. Le motif qui commande cet acte r&#233;v&#232;le le sens le plus profond du sacrifice. Nous avons vu qu'en des temps ult&#233;rieurs tout repas en commun &#8211; toute participation &#224; la m&#234;me substance p&#233;n&#233;trant dans le corps des commensaux &#8211; instaurait chaque fois entre eux un lien sacr&#233; ; dans les temps les plus anciens, cette signification ne semble revenir qu'&#224; la consommation de la substance d'une victime sacr&#233;e.&lt;i&gt; Le myst&#232;re sacr&#233; de la mort sacrificielle se justifie par le fait que c'est seulement par cette voie que peut s'instaurer le lien sacr&#233; qui unit les participants entre eux et avec leur dieu&lt;/i&gt; [&#8230;] De cette analyse de l'essence du sacrifice, Robertson Smith tira la conclusion que la mise &#224; mort et l'absorption p&#233;riodiques du totem ont &#233;t&#233;, en des temps ant&#233;rieurs &#224; la v&#233;n&#233;ration de divinit&#233;s anthropomorphes, une partie significative de la religion tot&#233;mique &#187; (p. 355-357).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait objecter &#224; cette remarque qu'il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que Freud mette les rythmes du rituel au centre de la soci&#233;t&#233;, puisqu'il reprend les enseignements de la litt&#233;rature anthropologique et historique de son &#233;poque dans laquelle cette id&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; commune. Mais la raison pour laquelle Freud en arrive &#224; cette conclusion ne vient pas, me semble-t-il, des observations ethnographiques ; elle est proprement psychanalytique et ces observations ne font en fait que confirmer une conception puis&#233;e dans la pratique et la th&#233;orie de la psychanalyse elles-m&#234;mes. Ce qui le montre, c'est que cette conception du rythme diff&#232;re de la conception sociologique et en particulier de celle que Durkheim tire, lui aussi &#8211; chose remarquable, quasiment &#224; la m&#234;me &#233;poque &#8211;, de Robertson Smith. Pour Freud, les rassemblements p&#233;riodiques poss&#232;dent deux fonctions ou deux significations simultan&#233;es qui refl&#232;tent l'ambivalence originelle des sentiments des fils vis-&#224;-vis du p&#232;re, c'est-&#224;-dire de l'admiration m&#234;l&#233;e de haine qu'ils lui portaient. D'une part, ils sont l'occasion de pratiques rituelles par lesquelles on honore, sous la forme du totem puis sous celle des multiples divinit&#233;s masculines post&#233;rieures, la figure du p&#232;re et l'on cherche &#224; se concilier une puissance toujours admir&#233;e et toujours crainte. La protection dont b&#233;n&#233;ficie l'animal tot&#233;mique a cette signification propitiatoire : &#171; Avec ce substitut paternel on pouvait tent&#233; d'apaiser le sentiment de culpabilit&#233; dont on &#233;tait tourment&#233;, de r&#233;aliser une esp&#232;ce de r&#233;conciliation avec le p&#232;re. Le syst&#232;me tot&#233;miste &#233;tait en quelque sorte un contrat avec le p&#232;re, dans lequel ce dernier accordait tout ce que la fantaisie enfantine &#233;tait en droit d'attendre du p&#232;re, protection, sollicitude et m&#233;nagement, en &#233;change de quoi on s'engageait &#224; respecter sa vie, c'est-&#224;-dire &#224; ne pas r&#233;p&#233;ter sur lui l'acte par lequel le p&#232;re r&#233;el avait p&#233;ri &#187; (p. 364). Mais en m&#234;me temps, ces rassemblements et les sacrifices de l'animal tot&#233;mique auxquels ils donnent lieu, restent une comm&#233;moration de la victoire sur le p&#232;re et la possibilit&#233; (en fait jamais r&#233;alis&#233;e compl&#232;tement) pour les fils de le remplacer collectivement : &#171; La religion du totem sert &#224; se souvenir du triomphe remport&#233; sur le p&#232;re. La satisfaction &#224; ce sujet fait instituer cette f&#234;te comm&#233;morative qu'est le repas tot&#233;mique [&#8230;] le devoir consistant alors &#224; r&#233;p&#233;ter toujours de nouveau le crime du meurtre du p&#232;re en sacrifiant l'animal totem aussi souvent que ce qui a &#233;t&#233; acquis par cet acte, l'appropriation des qualit&#233;s du p&#232;re, menace de dispara&#238;tre par suite des nouvelles conditions survenant dans l'existence &#187; (p. 365).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette double fonction des rassemblements p&#233;riodiques donne la cl&#233; de la conception psychanalytique des rythmes sociaux et met bien en &#233;vidence ce qui la distingue de la conception sociologique. Comme pour Durkheim, le sacr&#233; et son expression rythmique sont, pour Freud, au centre de l'individuation psychique et collective ; tous deux reprennent sur ce point Robertson Smith. Mais alors qu'aux yeux du premier, le sacr&#233; est une expression, isol&#233;e et prot&#233;g&#233;e par des interdits, de la puissance de la soci&#233;t&#233;, il est du point de vue du second une repr&#233;sentation ambivalente du p&#232;re, dont le meurtre est &#224; l'origine de l'histoire humaine. Pour la psychanalyse, le sacr&#233; n'a donc pas le caract&#232;re unitaire qu'il a dans la th&#233;orie durkheimienne et se pr&#233;sente sous deux aspects contradictoires. Loin, comme le pense le sociologue, de ne susciter que de la crainte et de l'admiration, le sacr&#233; provoque aussi toujours une certaine animosit&#233; : &#171; On remarque que l'ambivalence inh&#233;rente au complexe paternel se poursuit &#233;galement dans le tot&#233;misme et dans les religions en g&#233;n&#233;ral [&#8230;] Nous ne serons pas surpris de retrouver, dans les formations religieuses ult&#233;rieures, une part de d&#233;fi, de r&#233;volte filiale, affectant souvent, il est vrai, des formes voil&#233;es et dissimul&#233;es &#187; (p. 365). C'est pourquoi les rassemblements ont, dans un cas, une fonction unique de r&#233;g&#233;n&#233;ration p&#233;riodique de la totalit&#233; sociale et des individus qui le composent, mais poss&#232;dent, dans l'autre cas, deux fonctions oppos&#233;es qui se concurrencent l'une l'autre : leur aspect r&#233;g&#233;n&#233;rant et int&#233;grateur s'accompagne en fait toujours d'un aspect destructeur et individualisant.&lt;i&gt; Ainsi les rythmes ne sont-ils pas des &#171; reprises &#187; successives &#8211; au sens de la couture &#8211; d'une unanimit&#233; sociale, ils ne constituent pas un culte que la soci&#233;t&#233; se porterait &#224; elle-m&#234;me, mais des suites de rassemblements donnant lieu &#224; des manifestations profond&#233;ment ambivalentes d'accord et de d&#233;saccord, de renforcement simultan&#233; de la loi et du narcissisme des individus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, comme pour Durkheim, l'histoire de l'individuation psychique et collective est pour Freud le produit de la succession des p&#233;riodes de dispersion et des p&#233;riodes de rassemblement, mais la r&#233;gularit&#233; apparemment harmonieuse et totalisante de cette succession cache en r&#233;alit&#233; une profonde disharmonie, un conflit entre les deux forces oppos&#233;es du moi et du narcissisme (prenant du reste souvent en charge les d&#233;sirs du &#231;a) d'une part, et du surmoi et de la culpabilit&#233; que celui-ci impose au moi, de l'autre : &#171; M&#234;me au cours de l'&#233;volution ult&#233;rieure des religions, les deux facteurs moteurs, la conscience de culpabilit&#233; du fils et le d&#233;fi filial, ne s'&#233;teignent jamais &#187; (p. 372). L'ambivalence affective est au fondement de tous les processus d'individuation psychique et sociale : &#171; Nous avons souvent eu l'occasion de montrer que l'ambivalence de sentiment, au sens propre du mot, &#224; savoir la conjonction d'amour et de haine envers le m&#234;me objet, se trouve &#224; la racine de nombre de formations culturelles importantes. Nous ne savons rien de la provenance de cette ambivalence. On peut faire l'hypoth&#232;se qu'elle est un ph&#233;nom&#232;ne fondamental de notre vie affective. Mais il est &#233;galement tout &#224; fait possible qu'&#233;trang&#232;re originellement &#224; la vie affective, elle n'ait &#233;t&#233; acquise par l'humanit&#233; &#224; la faveur du complexe paternel, dans lequel, d'apr&#232;s ce que montre l'exploration psychanalytique de l'homme individuel, elle trouve encore sa plus haute expression &#187; (p. 377). Cette pr&#233;sence d'une ambivalence affective au sein m&#234;me des rassemblements p&#233;riodiques est l'un des enseignements originaux de la psychanalyse concernant les rythmes de l'individuation psychique et collective. S'il est vrai que toute tentative de cr&#233;ation d'institutions fraternelles, comme la d&#233;mocratie, est n&#233;cessairement hant&#233;e par le fant&#244;me du p&#232;re mort, l'inverse est &#233;galement vrai : la totalisation sociale, la sacralisation des institutions, est un phantasme morbide toujours soumis &#224; la haine des fr&#232;res. Un autre rythme, ou plut&#244;t une autre oscillation, vient donc croiser le rythme d'alternance de la socialit&#233; et toute construction politique doit tenir compte de ces oscillations du moi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le texte toujours cit&#233; sur la question de la r&#233;p&#233;tition est celui o&#249; Freud raconte l'anecdote du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt; (1920). Pour une d&#233;finition du rythme du point de vue psychanalytique voir N. Abraham, &#171; Le temps, le rythme et l'inconscient. R&#233;flexions pour une esth&#233;tique psychanalytique &#187; (1962), dans N. Abraham et M. Torok, &lt;i&gt;L'&#201;corce et le noyau&lt;/i&gt;, Paris, Aubier-Montaigne, 1987 et N. Abraham, &lt;i&gt;Rythmes : de la philosophie, de la psychanalyse et de la po&#233;sie&lt;/i&gt; , 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;nde&lt;/sup&gt; &#233;dition augment&#233;e d'in&#233;dits et d'une introduction de N. Rand, Paris, Flammarion, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Lacan, &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; l'exception, que l'on abordera plus bas, des travaux de Serge Moscovici&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Totem et tabou&#8230;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 360.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les rythmes de l'appareil psychique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article122</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article122</guid>
		<dc:date>2010-07-17T08:59:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Michon
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Extrait de P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, Paris, PUF, 2005, p. 144-149. Dans les ann&#233;es suivantes, tout en s'&#233;loignant en apparence des pr&#233;occupations imm&#233;diates des anthropologues, Freud effectue un travail th&#233;orique dont les enjeux restent souterrainement li&#233;s aux r&#233;flexions que je viens de pr&#233;senter. L'ensemble des textes qui seront publi&#233;s plus tard sous le titre Essais de psychanalyse tourne ainsi autour de la question de cette tension permanente qui traverse les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de P. Michon,&lt;/i&gt; Rythmes, pouvoir, mondialisation, &lt;i&gt;Paris, PUF, 2005, p. 144-149.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es suivantes, tout en s'&#233;loignant en apparence des pr&#233;occupations imm&#233;diates des anthropologues, Freud effectue un travail th&#233;orique dont les enjeux restent souterrainement li&#233;s aux r&#233;flexions que je viens de pr&#233;senter. L'ensemble des textes qui seront publi&#233;s plus tard sous le titre &lt;i&gt;Essais de psychanalyse &lt;/i&gt; tourne ainsi autour de la question de cette tension permanente qui traverse les processus d'individuation psychique et collective, et leurs rythmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette conception culmine dans la description si c&#233;l&#232;bre de l'appareil psychique qui constitue ce qu'il est convenu d'appeler la &#171; deuxi&#232;me topique &#187;. Dans &lt;i&gt;Le Moi et le &#231;a &lt;/i&gt; (1923), Freud explique, on le sait, que l'appareil psychique est form&#233; de trois instances &#8211; le &#231;a, le moi et le sur-moi &#8211; et que le tout est confront&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. Le &#231;a est g&#233;n&#233;tiquement l'instance originaire. Il est le grand r&#233;servoir de la libido et regroupe l'ensemble des pulsions et des tendances inconscientes que le refoulement maintient ou rejette dans l'inconscient. Le moi se forme, lui, par diff&#233;renciation du &#231;a au contact avec la r&#233;alit&#233; et avec la soci&#233;t&#233;. Il est le si&#232;ge de la conscience, re&#231;oit les perceptions qui viennent des sens et se prolonge dans la motilit&#233;. Le surmoi est lui-m&#234;me issu de la diff&#233;renciation pr&#233;coce du moi. Il r&#233;sume l'ensemble des identifications aux parents et aux &#233;ducateurs, que le moi a d&#251; assumer pour pouvoir s'assurer de l'amour du &#231;a dont ces personnes &#233;taient auparavant les objets de fixation &#233;rotique. Il est l'instance qui contr&#244;le et censure si n&#233;cessaire le syst&#232;me. Notons, pour la clart&#233; de l'expos&#233;, qu'en 1923, le &#171; surmoi &#187; remplace en l'absorbant l'instance de &#171; l'id&#233;al du moi &#187; qui &#233;tait apparue en vis-&#224;-vis du narcissisme dans la troisi&#232;me section de &lt;i&gt;Pour introduire le narcissisme&lt;/i&gt; (1914) et qui servait &#224; d&#233;crire l'&#233;talon dont se sert le &#171; moi &#187; pour discriminer ce qui est &#224; refouler. C'est pourquoi je prendrai la libert&#233; de consid&#233;rer, au cours de ce qui va suivre, ces deux concepts comme &#233;quivalents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'on avait besoin d'&#234;tre pr&#233;cis sur cette question, il faudrait dire que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; On sait &#233;galement que les rapports entre ces trois instances fluctuent en permanence, ainsi que ceux qu'elles entretiennent avec la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. C'est l'aspect &#171; dynamique &#187; de l'appareil psychique. Le moi est l'instance centrale, mais il est pris entre les forces qui viennent du &#231;a (qui ob&#233;it au principe de plaisir), les critiques qui viennent du surmoi (qui ob&#233;it, lui, aux principes moraux) et les n&#233;cessit&#233;s impos&#233;es par la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure (le principe de r&#233;alit&#233;) : &#171; Nous voyons le moi comme une pauvre cr&#233;ature qui est soumise &#224; trois sortes de servitudes et subit par cons&#233;quent les menaces de trois sortes de danger, provenant du monde ext&#233;rieur, de la libido du &#231;a et de la s&#233;v&#233;rit&#233; du sur-moi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Le Moi et le &#231;a, (1923), op. cit. p. 299.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le moi est donc une instance qui n'est jamais stable et qui subit constamment les incursions, les injonctions ou les pressions de ses divers partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, il est tr&#232;s instructif de se pencher sur la nature et sur la forme temporelle de ces variations telles qu'elles apparaissent notamment dans un texte paru seulement deux ans auparavant : &lt;i&gt;Psychologie des masses et analyse du moi&lt;/i&gt; (1921). Ces formes sont de trois sortes. Bien que Freud insiste sur leur obscurit&#233; et sur le fait qu'il est fort difficile de s'en faire une id&#233;e pr&#233;cise, les pouss&#233;es du &#231;a semblent, sinon &#233;conomiquement constantes, du moins continues dans le temps (plus exactement, elles ne connaissent pas la temporalit&#233;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les processus psychiques inconscients sont en soi &#8220;atemporels&#8221;. Cela (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . En tout cas, on peut observer qu'elles profitent pour s'exprimer de la moindre d&#233;faillance des d&#233;fenses du moi (sommeil, baisse de libido narcissique, d&#233;vastation par la s&#233;v&#233;rit&#233; du surmoi), et que le moi les prend plus souvent qu'on ne pense &#224; sa charge, comme si elles exprimaient sa propre volont&#233; (rationalisation) : &#171; Au cours de notre d&#233;veloppement, nous avons effectu&#233; une s&#233;paration de notre constitution psychique en un moi coh&#233;rent et en un refoul&#233; inconscient laiss&#233; en dehors de celui-ci, et nous savons que la stabilit&#233; de cette n&#233;o-acquisition est expos&#233;e &#224; de constants &#233;branlements. Dans le r&#234;ve et dans la n&#233;vrose, cet exclu frappe, pour qu'on le laisse entrer, aux portes garder par les r&#233;sistances, et dans la sant&#233; &#224; l'&#233;tat de veille, nous nous servons d'artifices particuliers pour accueillir temporairement le refoul&#233; dans notre moi en contournant les r&#233;sistances et en l'accompagnant de gain de plaisir &#187; (p. 69-70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais ces fluctuations des relations entre les instances de l'appareil psychique (et entre celles-ci et la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure) ne sont pas toutes aussi continues et al&#233;atoires. Les rapports entre le moi et le surmoi, par exemple, connaissent &#224; la fois une certaine discontinuit&#233; et une certaine r&#233;gularit&#233;. Bien s&#251;r, chaque individu poss&#232;de une histoire personnelle qui donne aux interventions du surmoi &#224; l'&#233;gard du moi un aspect totalement idiosyncrasique. Mais dans d'assez nombreux comportements et surtout dans certaines n&#233;vroses, on observe une alternance de phases maniaques et de phases m&#233;lancoliques relativement r&#233;guli&#232;re : &#171; Il y a, comme on sait, des hommes chez qui l'humeur globale oscille de mani&#232;re p&#233;riodique, allant d'un abattement excessif &#224; un bien-&#234;tre exalt&#233;, en passant par un certain &#233;tat interm&#233;diaire, et ces oscillations surviennent, certes, avec des amplitudes de grandeurs tr&#232;s diverses, allant de ce qui est &#224; peine d&#233;celable jusqu'&#224; ces extr&#234;mes qui, sous forme de m&#233;lancolie et de manie, interf&#232;rent de fa&#231;on profond&#233;ment torturante et perturbatrice dans la vie des int&#233;ress&#233;s &#187; (p. 70). Freud interpr&#232;te ces oscillations comme une succession d'oppositions et de rapprochements entre le moi et le surmoi : &#171; Chez le maniaque, moi et id&#233;al du moi ont conflu&#233;, si bien que la personne dont l'humeur de triomphe et d'autof&#233;licit&#233; n'est perturb&#233;e par aucune autocritique, peut se r&#233;jouir de la disparition des inhibitions, des remords et des autoreproches. [&#8230;] La mis&#232;re du m&#233;lancolique est l'expression d'une scission tranch&#233;e entre les deux instances du moi, dans laquelle l'id&#233;al excessivement susceptible met au jour sans m&#233;nagement, dans le d&#233;lire de petitesse et dans l'autorabaissement, sa condamnation du moi &#187; (p. 71). La cause de ces alternances reste myst&#233;rieuse, car celles-ci ne semblent pas li&#233;es &#224; des occasions ext&#233;rieures et renvoient la plupart du temps &#224; des traumatismes psychiques qu'il est bien difficile de mettre &#224; jour. Mais Freud fait quand m&#234;me l'hypoth&#232;se que le moi se r&#233;volte p&#233;riodiquement contre le surmoi : &#171; Je ne vois aucune difficult&#233; &#224; introduire dans l'explication des deux vari&#233;t&#233;s de m&#233;lancolie, de la spontan&#233;e et de la psychog&#232;ne, le facteur que nous avons d&#233;fini comme la r&#233;volte p&#233;riodique du moi contre l'id&#233;al du moi &#187; (p. 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Que ce ph&#233;nom&#232;ne concerne tous les appareils psychiques et pas seulement ceux atteints de n&#233;vrose maniaco-d&#233;pressive, c'est ce que semble impliquer l'existence d'un encadrement social de ces alternances. La succession des f&#234;tes et des regroupements sociaux permet au moi d'&#233;chapper p&#233;riodiquement &#224; la censure du surmoi, qui est ainsi momentan&#233;ment mais r&#233;guli&#232;rement neutralis&#233; par sa r&#233;sorption dans le moi. La f&#234;te constitue donc une esp&#232;ce d'organisation sociale de la r&#233;volte du moi contre son ma&#238;tre : &#171; Il serait tout &#224; fait pensable que la distinction de l'id&#233;al du moi d'avec le moi ne soit pas, elle non plus, durablement support&#233;e et qu'elle soit de temps &#224; autre forc&#233;e de se d&#233;faire. Dans tous les renoncements et dans toutes les restrictions qui sont impos&#233;es au moi, la violation p&#233;riodique des interdits constitue la r&#232;gle, comme le montre bien l'institution des f&#234;tes, qui, &#224; l'origine, ne sont rien d'autre que des exc&#232;s prescrits par la loi et qui doivent pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette lib&#233;ration leur caract&#232;re joyeux. Les saturnales des Romains et notre actuel carnaval rejoignent, sur ce point essentiel, les f&#234;tes des primitifs, qui ont coutume d'aboutir &#224; des d&#233;bauches de toutes sortes, avec transgression des commandements ordinairement les plus sacr&#233;s &#187; (p. 70). Selon une r&#233;gularit&#233; impos&#233;e par le groupe social, le surmoi s'identifie de nouveau au moi, en provoquant un sentiment de bonheur intense : &#171; Comme l'id&#233;al du moi englobe la somme de toutes les restrictions auxquelles le moi doit se plier, la retrait de l'id&#233;al du moi devrait &#234;tre une f&#234;te grandiose pour le moi, qui alors aurait une fois encore le droit d'&#234;tre content de lui &#187; (p. 70). Nous voyons ici comment un rythme social vient interagir &#8211; se construisant &#224; partir de lui mais lui donnant &#233;galement une forme temporelle plus r&#233;guli&#232;re &#8211; avec l'un des rythmes propres &#224; l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si nous nous tournons maintenant vers le dernier c&#244;t&#233; du triangle de l'appareil psychique, nous pouvons nous apercevoir que la pression de la r&#233;alit&#233; s'appliquant de l'ext&#233;rieur sur le moi est, elle, franchement discontinue et comporte une p&#233;riodicit&#233; tr&#232;s marqu&#233;e, mat&#233;rialis&#233;e par l'alternance de la veille et du sommeil : &#171; Ainsi avons-nous, avec la venue au monde, franchi le pas qui m&#232;ne du narcissisme absolument auto-suffisant &#224; la perception d'un monde ext&#233;rieur changeant et au commencement de la trouvaille d'objet, et &#224; cela est rattach&#233; le fait que nous ne supportons pas durablement le nouvel &#233;tat, que nous l'annulons p&#233;riodiquement, et que dans le sommeil nous revenons &#224; l'&#233;tat ant&#233;rieur d'absence de stimulus et d'&#233;vitement de l'objet. Ce faisant, nous suivons, &#224; vrai dire, une indication du monde ext&#233;rieur qui, par l'alternance p&#233;riodique du jour et de la nuit, nous retire temporairement la plus grande part des stimuli agissant sur nous &#187; (p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi l'appareil psychique conna&#238;t-il une superposition de formes de mouvement, allant de l'absence de toute forme temporelle (dans les rapports du &#231;a au moi) &#224; la pr&#233;sence d'une forme tr&#232;s marqu&#233;e (dans ceux entre le moi et la r&#233;alit&#233;), en passant par des formes plus ou moins r&#233;guli&#232;res (dans ceux entre le moi et le surmoi). Si on les prend toutes ensemble, ces formes constituent un faisceau travers&#233;, l&#224; encore, par une tension interne. En effet, le moi entretient avec le surmoi et avec la r&#233;alit&#233; des relations qui tendent &#224; fluctuer r&#233;guli&#232;rement. Mais les pressions d&#233;sordonn&#233;es provenant du &#231;a viennent sans cesse d&#233;ranger les r&#233;gularit&#233;s dans lesquelles voudraient bien s'installer le moi et, au-del&#224; de lui, la soci&#233;t&#233;. Vue de cette mani&#232;re, la deuxi&#232;me topique freudienne regagne un peu de la coh&#233;rence qu'elle perd dans les interpr&#233;tations qui ne font que juxtaposer sa conception dynamique et sa conception en termes de syst&#232;me d'instances spatialis&#233;es. En fait, la m&#233;taphore &#171; topique &#187; induit ici en erreur : ces instances ne sont pas des &#171; lieux &#187; ontologiquement stables, mais les noms d'entit&#233;s dont les actions sont caract&#233;ris&#233;es par des formes de mouvement &#224; chaque fois particuli&#232;res. &lt;i&gt;L'appareil psychique appara&#238;t comme un syst&#232;me &#224; la fois oscillant et en bouleversement permanent, qui cherche, en s'appuyant sur des cycles sociaux, &#224; r&#233;gulariser et &#224; limiter l'amplitude de ses oscillations, mais dont les forces de d&#233;sorganisation internes l'emp&#234;chent de se transformer en une simple m&#233;canique r&#233;p&#233;titive ; il est un rythme de rythmes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Si l'on avait besoin d'&#234;tre pr&#233;cis sur cette question, il faudrait dire que le &#171; surmoi &#187; est l'instance qui assure la censure et &#171; l'id&#233;al du moi &#187; l'aune avec laquelle le surmoi discrimine ce qui doit &#234;tre censur&#233;. Mais je n'ai pas besoin ici de ces distinctions. Dans le texte sur &lt;i&gt;La Psychologie des masses&#8230;&lt;/i&gt; (1921), Freud fait jouer &#224; la notion d'id&#233;al du moi le r&#244;le qu'il donne &#224; celle de surmoi dans &lt;i&gt;Le Moi et le &#231;a&lt;/i&gt; (1923). M&#234;me dans ce dernier texte, il les consid&#232;re d'ailleurs au moins une fois comme semblable : &#171; Les motifs qui nous ont amen&#233;s &#224; faire l'hypoth&#232;se d'un stade dans le moi, une diff&#233;renciation &#224; l'int&#233;rieur du moi, qui doit &#234;tre nomm&#233; &lt;i&gt;id&#233;al du moi ou sur-moi&lt;/i&gt;, ont &#233;t&#233; d&#233;battus en d'autres lieux. Ils subsistent &#224; bon droit &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 272. Pour une mise au point r&#233;cente sur ce concept et sa gen&#232;se, P.-L. Assoun, &#171; Id&#233;al &#187; dans &lt;i&gt;Encyclop&#233;die philosophique universelle &#8211; Les Notions&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1990, p. 1192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Le Moi et le &#231;a&lt;/i&gt;, (1923), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Les processus psychiques inconscients sont en soi &#8220;atemporels&#8221;. Cela signifie d'abord qu'ils ne sont pas ordonn&#233;s temporellement, que le temps ne modifie rien en eux et qu'on ne peut leur appliquer la repr&#233;sentation du temps &#187;, S. Freud, &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir &lt;/i&gt; (1920), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rythme a-t-il des sources biologiques ?
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article121</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article121</guid>
		<dc:date>2010-07-17T08:07:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Michon
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Extrait de P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, Paris, PUF, 2005, p. 149-157. On per&#231;oit l'apport de la psychanalyse &#224; la question de l'enchev&#234;trement des rythmes sociaux et psychiques. Celle-ci renforce et pr&#233;cise la notion, qui commen&#231;ait &#224; appara&#238;tre chez Mauss, chez Evans-Pritchard et chez Granet, selon laquelle les rythmes permettent simultan&#233;ment une individuation psychique et collective, et nouent ainsi dans un m&#234;me mouvement la production apparemment contradictoire du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de P. Michon,&lt;/i&gt; Rythmes, pouvoir, mondialisation, &lt;i&gt;Paris, PUF, 2005, p. 149-157.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
On per&#231;oit l'apport de la psychanalyse &#224; la question de l'enchev&#234;trement des rythmes sociaux et psychiques. Celle-ci renforce et pr&#233;cise la notion, qui commen&#231;ait &#224; appara&#238;tre chez Mauss, chez Evans-Pritchard et chez Granet, selon laquelle&lt;i&gt; les rythmes permettent simultan&#233;ment une individuation psychique et collective&lt;/i&gt;, et nouent ainsi dans un m&#234;me mouvement la production apparemment contradictoire du groupe et des individus. Si culpabilit&#233; et sentiment de r&#233;volte, loi morale et narcissisme, soci&#233;t&#233; et individu, peuvent se d&#233;velopper ensemble et s'appuyer les uns sur les autres autant que s'affronter, c'est parce qu'ils se forment de mani&#232;re rythmique. Seule la dynamique rythmique permet de comprendre comment s'agencent et coexistent les oppos&#233;s. Freud confirme ainsi l'importance de la notion de rythme pour d&#233;passer les apories dans lesquelles restent enferm&#233;es les sciences sociales lorsqu'elles se limitent &#224; une critique du dualisme individu-soci&#233;t&#233; qui ne prend pas en compte les variations temporelles des processus d'individuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En m&#234;me temps, l'&#233;tude psychanalytique des rythmes sociaux et psychiques n'est pas sans soulever quelques difficult&#233;s dont je voudrais maintenant discuter les deux principales. La premi&#232;re tient &#224; la repr&#233;sentation de &lt;i&gt;la nature humaine&lt;/i&gt; sur laquelle d&#233;bouche la psychanalyse apr&#232;s des analyses par ailleurs fort instructives de la question de la r&#233;p&#233;tition compulsive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt; (1920), Freud commence par constater que le &#171; principe de plaisir &#187;, utilis&#233; jusque-l&#224; pour expliquer les comportement de l'inconscient, est insuffisant pour rendre compte de tout un ensemble d'observations que la psychanalyse a &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; faire au cours de sa pratique clinique. Selon ce principe, &#171; c'est une tendance de l'appareil psychique que de maintenir la quantit&#233; d'excitation pr&#233;sente en lui aussi basse que possible ou tout au moins constante [&#8230;] tout ce qui est propre &#224; accro&#238;tre celle-ci est n&#233;cessairement ressenti comme oppos&#233; &#224; la fonction, c'est-&#224;-dire comme empreint de d&#233;plaisir &#187; (p. 279). Or, un certain nombre de faits observ&#233;s par les psychanalystes entrent tr&#232;s difficilement dans ce cadre. Le premier et le plus &#233;vident, c'est que notre vie int&#233;rieure est constamment sujette &#224; des sensations de d&#233;plaisir qui, de plus, ont tendance &#224; se r&#233;p&#233;ter. Il est vrai que ces sensations p&#233;nibles peuvent s'expliquer, pour une partie d'entre elles, par le &#171; principe de r&#233;alit&#233; &#187; que le moi conscient impose aux exigences du moi profond (&#231;a). Une autre partie peut &#234;tre r&#233;f&#233;r&#233;e au refoulement qui maintient certaines d'entre elles dans l'inconscient en obligeant le &#231;a &#224; trouver son plaisir de mani&#232;re d&#233;tourn&#233;e : &#171; &#192; coup s&#251;r, tout d&#233;plaisir de nature n&#233;vrotique est d'une telle esp&#232;ce : il est du plaisir qui ne peut &#234;tre ressenti comme tel &#187; (p. 281). Mais il en reste beaucoup qui n'ob&#233;issent ni au principe de r&#233;alit&#233;, ni au principe de plaisir &#8211; m&#234;me d&#233;tourn&#233;. Parmi celles-ci, s'impose depuis peu &#224; l'attention de la psychanalyse le retour r&#233;gulier des exp&#233;riences traumatiques provoqu&#233; par les n&#233;vroses de guerre. Mais l'observation des n&#233;vroses si l'on peut dire &#171; traditionnelles &#187; montre &#233;galement tr&#232;s clairement qu'il existe une tendance au retour des exp&#233;riences de d&#233;plaisir n&#233;cessairement ind&#233;pendante du principe de plaisir. D'o&#249; la conclusion de Freud : &#171; Au vu de telles observations, tir&#233;es du comportement dans le transfert et du destin des hommes, nous trouverons le courage d'admettre qu'il y a effectivement dans la vie de l'&#226;me une contrainte de r&#233;p&#233;tition qui passe outre au principe de plaisir &#187; (p. 293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi la recherche freudienne est-elle amen&#233;e &#224; se confronter &#224; la question de la r&#233;p&#233;tition, sous la forme de la r&#233;p&#233;tition des exp&#233;riences douloureuses. Mais comme cette observation clinique d&#233;bouche sur beaucoup d'obscurit&#233;, Freud propose de reprendre ce probl&#232;me &#224; partir de l'observation d'une activit&#233; psychique normale. Il expose alors le fameux r&#233;cit du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; : &#171; Un jour, je fis l'observation qui confirma ma conception. L'enfant [il s'agit d'un petit gar&#231;on &#226;g&#233; de dix-huit mois] avait une bobine en bois, autour de laquelle &#233;tait entour&#233;e une ficelle. Il ne lui venait jamais &#224; l'id&#233;e, par exemple, de la tra&#238;ner derri&#232;re lui pour jouer avec elle &#224; la voiture ; mais, tout en maintenant la ficelle, il jetait la bobine avec une grande adresse par-dessus le bord de son petit lit &#224; rideaux, si bien qu'elle y disparaissait, il disait alors son o-o-o-o [&lt;i&gt;Fort &lt;/i&gt; = parti] plein de signification, ensuite, par la ficelle, il retirait la bobine dans le lit, tout en saluant sa r&#233;apparition d'un joyeux &#8220;&lt;i&gt;Da !&lt;/i&gt;&#8221; [l&#224; !]. Tel &#233;tait donc le jeu complet : dispara&#238;tre et revenir &#187; (p. 285). On conna&#238;t l'interpr&#233;tation donn&#233;e par Freud de cette petite anecdote. La r&#233;p&#233;tition incessante de la disparition et de la r&#233;apparition du jouet repr&#233;senterait symboliquement les all&#233;es et venues de la m&#232;re, et permettrait &#224; l'enfant de ma&#238;triser le d&#233;plaisir que lui causent le d&#233;part et l'absence de celle-ci : &#171; L'enfant se d&#233;dommageait pour ainsi dire [de ce d&#233;part et de cette absence], en mettant lui-m&#234;me en sc&#232;ne, avec les objets qui lui &#233;taient accessibles, le m&#234;me dispara&#238;tre et revenir &#187; (p. 285). Cette ma&#238;trise serait assur&#233;e soit par le fait qu'elle transforme une position passive en une attitude active, soit &#8211; et Freud insiste sur cette hypoth&#232;se &#8211; par une &#171; impulsion de vengeance, r&#233;prim&#233;e dans la vie, &#224; l'&#233;gard de la m&#232;re &#187; (p. 286) donnant &#224; l'enfant un plaisir capable d'&#233;quilibrer le d&#233;plaisir qu'il ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si cette anecdote a fait couler beaucoup d'encre, il s'en faut qu'on trouve dans les diff&#233;rents commentaires qui en ont &#233;t&#233; faits un &#233;clairage satisfaisant quant &#224; ses liens avec la question du rythme. Le plus souvent, la r&#233;p&#233;tition du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; est interpr&#233;t&#233;e comme une strat&#233;gie de ma&#238;trise et d'int&#233;gration du chaos int&#233;rieur et ext&#233;rieur auquel est confront&#233; le sujet. Et de ce point de vue, il n'y aurait aucune diff&#233;rence entre &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition &lt;/i&gt; psychique et &lt;i&gt;rythmes &lt;/i&gt; sociaux. Selon Moscovici, par exemple, la r&#233;p&#233;tition serait, pour le moi, une fa&#231;on de s'assurer contre le d&#233;sordre ambiant et contre le c&#244;t&#233; al&#233;atoire de la vie, en y introduisant un semblant d'ordre ; et les c&#233;r&#233;monies et les rites sociaux auraient &lt;i&gt;exactement &lt;/i&gt; la m&#234;me fonction pour les individus rassembl&#233;s en groupes : &#171; L'it&#233;ration obstin&#233;e, infatigable, que l'on observe chez les adultes, se remarque d&#233;j&#224; multipli&#233;e par cent, chez les enfants : &#8220;L'enfant, &#233;crit Freud, ne se lasse pas de les r&#233;p&#233;ter [les &#233;v&#233;nements] et de les reproduire, en s'acharnant &#224; obtenir l'identit&#233; parfaite de toutes les r&#233;p&#233;titions et reproductions d'une impression&#8221;. De la sorte, il la fixe. Il en jouit plusieurs fois de suite. En outre, il a le sentiment de d&#233;jouer les pi&#232;ges de la diversit&#233;. Il d&#233;couvre l'uniformit&#233; d'un ordre parmi les fluctuations du d&#233;sordre. Le monde porte la marque de ses st&#233;r&#233;otypes et il le reconna&#238;t, par cons&#233;quent, comme sien. L'&#226;ge venu, les rituels de la soci&#233;t&#233; n'ont plus qu'&#224; prendre le relais. Ils creuseront plus profond&#233;ment les orni&#232;res dont la trace est d&#233;j&#224; visible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Moscovici, L'&#194;ge des foules, Paris, Fayard, 1981. Nouv. &#233;d. refondue, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Moscovici va m&#234;me encore plus loin car pour lui, la r&#233;p&#233;tition n'est pas seulement imposition d'un ordre au chaos de la vie. Elle est aussi r&#233;tablissement, souvent fantasmatique et r&#233;gressif, d'un ordre ant&#233;rieur : &#171; Par la reprise d'un son, d'un mouvement ex&#233;cut&#233; par autrui, voire par la reprise d'une id&#233;e, la r&#233;p&#233;tition a pour fonction de r&#233;tablir une harmonie perturb&#233;e. Elle vise le retour &#224; l'&#233;tat ant&#233;rieur, effectif ou imaginaire, dans lequel se trouvait le sujet. La diff&#233;rence entre lui et les autres est effac&#233;e. Il fait sien ce qui leur &#233;tait particulier et a ainsi l'impression de les ma&#238;triser &#187; (p. 338). Cette fonction psychologique de la r&#233;p&#233;tition se traduirait ainsi au niveau social dans la succession des f&#234;tes et autres rituels : &#171; La r&#233;p&#233;tition a d'ailleurs toujours valeur de confirmation d'un lien et perfectionnement de ce lien. Ainsi les f&#234;tes, les c&#233;l&#233;brations et comm&#233;morations : d'ann&#233;e en ann&#233;e, paroles, chants, gestes, d&#233;fil&#233;s, etc., se r&#233;p&#232;tent, renforcent la permanence de la R&#233;publique ou d'une tradition locale. Les tenants d'une &#233;cole de pens&#233;e r&#233;it&#232;rent la m&#234;me id&#233;e. Les foules clament mille fois un slogan. Mani&#232;re de reconna&#238;tre leur continuit&#233;, de ma&#238;triser leur appartenance &#224; un groupe &#187; (p. 339).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une telle mani&#232;re de voir a le m&#233;rite d'&#234;tre simple et de proposer un lien relativement clair entre les formes du mouvement du psychisme et les formes du mouvement du social. Mais elle a le d&#233;faut de ses qualit&#233;s, car elle a &#233;galement tendance &#224; faire des rythmes sociaux de pures r&#233;p&#233;titions de type binaire qui prolongeraient simplement la logique compulsive de l'appareil psychique. Or, non seulement, nous l'avons vu, les rythmes sociaux ne sont jamais, du fait de l'ambivalence qui les traverse, de l'ordre de la r&#233;p&#233;tition pure, mais Freud infirme explicitement l'id&#233;e selon laquelle la r&#233;p&#233;tition concernerait les adultes de la m&#234;me fa&#231;on que les enfants : &#171; Plus tard, ce trait de caract&#232;re [le plaisir &#224; r&#233;p&#233;ter] est appel&#233; &#224; dispara&#238;tre. Une trait d'esprit entendu pour la seconde fois restera presque sans effet, une repr&#233;sentation th&#233;&#226;trale n'atteindra plus la seconde fois l'impression qu'aura laiss&#233;e la premi&#232;re ; bien plus, il est toujours difficile de d&#233;cider un adulte &#224; relire aussit&#244;t un livre qui &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt; a beaucoup plu. La nouveaut&#233; sera toujours la condition de la jouissance. Mais l'enfant, lui, ne sera jamais fatigu&#233; de r&#233;clamer de l'adulte la r&#233;p&#233;tition d'un jeu qui lui a &#233;t&#233; montr&#233; ou qui a &#233;t&#233; entrepris avec lui, jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;, cet adulte refuse ; et lorsqu'on lui a racont&#233; une belle histoire, il veut entendre encore et toujours la m&#234;me histoire plut&#244;t qu'une nouvelle, s'en tenant inexorablement &#224; l'identit&#233; de la r&#233;p&#233;tition et reprenant chaque modification dont s'est rendu coupable le narrateur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Freud, Au-del&#224; du principe de plaisir (1920), op. cit., p. 307.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ces quelques lignes, il appert qu'il n'est pas possible de tirer du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; toute une logique sociale, comme il est souvent fait abusivement sans tenir compte de la prudence avec laquelle Freud lui-m&#234;me avan&#231;ait. Nous avons, du reste, vu plus haut suffisamment d'exemples qui ne sont pas r&#233;ductibles &#224; une simple m&#233;trique pour ne pas pouvoir nous satisfaire de cette conception caricaturale. La logique temporelle qui pr&#233;side &#224; l'individuation psychique et collective chez les Kwakiutl, chez les Nuer ou bien encore en Chine ancienne, n'est pas descriptible simplement en termes de simple r&#233;p&#233;tition, ni d'imposition d'un ordre et de r&#233;gression vers un tout ant&#233;rieur. &lt;i&gt;Les rythmes ne sont pas seulement des moyens de contr&#244;le et d'organisation du chaos des mondes int&#233;rieur et ext&#233;rieur. Ils sont &#224; la fois des occasions d'institutionnalisation sociale et d'organisation psychique, et de d&#233;sorganisation et d'entropie du psychisme et du groupe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il reste en fait tout un pan de l'approche freudienne qui n'est pas pris en compte dans l'interpr&#233;tation identitaire de la r&#233;p&#233;tition compulsive, et qui nous ram&#232;ne &#224; la question de la tension interne du mouve-ment de l'individuation d&#233;j&#224; aper&#231;ue dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt; : sa part narcissique et sadique. Dans le rythme r&#233;duit &#224; la r&#233;p&#233;tition, on ne voit g&#233;n&#233;ralement que ce qui permet de donner forme au flux du temps, d'int&#233;grer le divers, d'organiser et de ma&#238;triser le d&#233;sordre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans pr&#234;ter attention au fait qu'il ne s'agit que des enfants, Moscovici (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On fait ainsi de l'individuation psychique tout autant que collective une &lt;i&gt;int&#233;gration&lt;/i&gt;. Mais le jeu du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt; est en r&#233;alit&#233; marqu&#233; par une forte ambivalence. D'une part, la r&#233;p&#233;tition permet, en aidant &#224; supporter la s&#233;paration, d'&#233;laborer le lien qui relie l'enfant &#224; sa m&#232;re, en quelque sorte de le sublimer. Cependant, cet aspect se double d'un aspect qui va, lui, contre le renforcement du lien, puisqu'il s'agit bien au contraire de se venger de la m&#232;re et de conforter de mani&#232;re sadique le narcissisme de l'individu. Dans &lt;i&gt;Totem et Tabou&lt;/i&gt;, nous l'avons vu, un ph&#233;nom&#232;ne analogue se produit au niveau social. Les banquets permettent aux fr&#232;res, et au-del&#224; aux membres de tout groupe, de c&#233;l&#233;brer &#224; la fois la figure divinis&#233;e du p&#232;re et la victoire sur celui-ci qui les a constitu&#233;s comme groupe. La r&#233;p&#233;tition est ainsi travers&#233;e par l'ambivalence originelle vis-&#224;-vis du p&#232;re ; elle a simultan&#233;ment une fonction de r&#233;g&#233;n&#233;ration du lien social entre les fr&#232;res et de comm&#233;moration de la d&#233;testation dont le p&#232;re &#233;tait l'objet, c'est-&#224;-dire de la libert&#233; acquise &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt; lui. Certes, le rythme a un aspect ordonnateur et int&#233;grateur, mais il a aussi un aspect d&#233;sorganisant et d&#233;sint&#233;grateur. Ainsi, &#224; supposer qu'on puisse passer si facilement de la r&#233;p&#233;tition psychique (li&#233;e au rapport &#224; la m&#232;re) &#224; la r&#233;p&#233;tition sociale (li&#233;e au rapport au p&#232;re), il se confirme que la &#171; r&#233;g&#233;n&#233;ration des liens &#187; qui se produit lors de la r&#233;p&#233;tition rituelle n'est pas aussi simple qu'on le pensait jusque-l&#224;. Elle est toujours ambivalente et si elle est l'occasion de confirmer les liens sociaux et de faire accepter aux individus la perte de leur autonomie, elle est tout autant l'occasion de renforcer celle-ci. La sociation et l'individuation vont donc bien de pair, mais pas forc&#233;ment de mani&#232;re cumulative. L'une et l'autre peuvent tr&#232;s bien entrer en conflit. Sur le plan psychique comme sur le plan social, le rythme appara&#238;t ainsi comme une forme de mouvement qui, pr&#233;cis&#233;ment, n'est plus seulement de l'ordre de la r&#233;p&#233;tition int&#233;gratrice et normalisatrice, mais de l'ordre d'&lt;i&gt;une forme poss&#233;dant une tension interne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s ce d&#233;tour par le jeu du &lt;i&gt;Fort-Da&lt;/i&gt;, Freud revient du reste &#224; son objet de d&#233;part, dont il propose une premi&#232;re interpr&#233;tation : les n&#233;vroses traumatiques seraient dues &#224; une rupture soudaine de la barri&#232;re de d&#233;fense de l'appareil psychique qui a &#233;t&#233; envahi par une trop grande quantit&#233; d'excitations. Apr&#232;s une phase de d&#233;sorganisation, celui-ci essaie d'&#233;quilibrer et de lier cette &#233;nergie exc&#233;dentaire en reportant toutes les &#233;nergies dont il dispose autour de celle-ci, vidant, du m&#234;me coup, toutes ses autres fonctions : &#171; Il s'instaure un &#8220;contre-investissement&#8221; de grande envergure, en faveur duquel les autres syst&#232;mes psychiques s'appauvrissent, de sorte qu'il en r&#233;sulte une paralysie ou une diminution &#233;tendues du reste du fonctionnement psychique &#187; (p. 301). Cette description lui permet d'interpr&#233;ter le retour des exp&#233;riences de d&#233;plaisir dans la cure ou dans les r&#234;ves comme une fa&#231;on, non pas de r&#233;aliser de mani&#232;re hallucinatoire des d&#233;sirs refoul&#233;s (ce qui satisferait au principe de plaisir), mais de d&#233;charger progressivement l'&#233;nergie en exc&#233;dant, qui a simplement &#233;t&#233; immobilis&#233;e mais pas neutralis&#233;e : &#171; Ce n'est pas &#224; la faveur de la fonction qu'ils ont acquise sous l'influence du principe de plaisir et qui consiste &#224; procurer au r&#234;veur une r&#233;alisation hallucinatoire de ses d&#233;sirs, que les r&#234;ves des n&#233;vros&#233;s traumatiques les ram&#232;nent si r&#233;guli&#232;rement dans la situation de leur accident. Nous devons plut&#244;t admettre que ces r&#234;ves se mettent &#224; la disposition d'une autre t&#226;che qui doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e avant que le principe de plaisir puisse commencer sa domination. Ces r&#234;ves cherchent &#224; r&#233;cup&#233;rer, par le d&#233;veloppement d'un &#233;tat angoisse, la ma&#238;trise du stimulus, dont le manque a pr&#233;cis&#233;ment &#233;t&#233; la cause de la n&#233;vrose traumatique &#187; (p. 303). De cela Freud conclut qu'il existe &#171; une fonction de l'appareil psychique qui, sans contredire le principe du plaisir, n'en est pas moins ind&#233;pendante de lui et semble plus originelle que la vis&#233;e du gain de plaisir et de l'&#233;vitement de d&#233;plaisir &#187; (p. 303).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jusqu'ici, pour peu qu'on respecte ses finesses, l'analyse freudienne des r&#233;p&#233;titions compulsives est tout &#224; fait &#233;clairante et vient confirmer les analyses concernant les rythmes pr&#233;sent&#233;es plus haut. La difficult&#233; commence lorsque Freud, poussant cette fois de mani&#232;re consciemment sp&#233;culative sa r&#233;flexion, propose de rendre compte de l'ensemble des faits de r&#233;p&#233;tition li&#233;s aux n&#233;vroses traumatiques par une hypoth&#232;se anthropologique la plus simple possible. Pour rendre compte de ces tendances &#224; la r&#233;p&#233;tition et &#224; la d&#233;charge progressive de l'&#233;nergie en exc&#232;s dans le syst&#232;me psychique, il postule que ce syst&#232;me est domin&#233; par deux pulsions, n&#233;es, pr&#233;cise-t-il, le jour de l'apparition de la vie elle-m&#234;me. La premi&#232;re serait &#171; la pulsion de vie &#187; elle-m&#234;me : &#171; Il advint un jour que les propri&#233;t&#233;s du vivant furent &#233;veill&#233;es dans la mati&#232;re non dou&#233;e de vie par une force agissante encore totalement irrepr&#233;sentable. C'&#233;tait peut-&#234;tre un processus d'un mod&#232;le analogue &#224; cet autre qui plus tard a fait appara&#238;tre la conscience dans une certaine couche de la mati&#232;re vivante &#187; (p. 310). Cette pulsion, que nous connaissons sous la forme de la pulsion sexuelle, tendrait &#224; reproduire le d&#233;rangement de l'ordre inorganique que constitue la vie. Elle serait au fondement de tous les processus de complexification et de prolif&#233;ration des formes. Toutefois, comme l'on est oblig&#233; de constater que les mondes int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs produits par ces processus vitaux sont loin d'&#234;tre &#233;ternels, Freud postule &#233;galement l'existence d'une deuxi&#232;me pulsion oppos&#233;e &#224; la premi&#232;re. &#192; la pulsion de vie s'opposerait ainsi une &#171; pulsion de mort &#187; qui obligerait les individus psychiques et collectifs &#224; se d&#233;barrasser, dans la mesure du possible, de toute tension interne et donc de rejoindre la mort dont ils sont lointainement sortis : &#171; La tension apparue alors dans la substance jusque-l&#224; non-dou&#233;e de vie chercha &#224; se niveler ; la premi&#232;re pulsion &#233;tait donn&#233;e, celle de faire retour au sans vie &#187; (p. 310). Contrairement &#224; la pr&#233;c&#233;dente qui porterait les &#234;tres toujours vers l'avant, cette pulsion-ci serait une pulsion r&#233;gressive, qui tendrait &#224; ramener l'appareil psychique au calme de son &#233;tat ant&#233;rieur. Dans &lt;i&gt;Le Moi et le &#231;a&lt;/i&gt;, &#233;crit quelques ann&#233;es plus tard, il r&#233;sume ainsi son propos : &#171; Sur la base de r&#233;flexions th&#233;oriques appuy&#233;es par la biologie, nous f&#238;mes la supposition d'une pulsion de mort &#224; qui est assign&#233;e la t&#226;che de ramener le vivant organique &#224; l'&#233;tat sans vie, tandis que l'&#201;ros poursuit le but de compliquer la vie en rassemblant de fa&#231;on toujours plus extensive la substance vivante &#233;clat&#233;e en particules, et par l&#224; naturellement de la conserver &#187; (p. 283). Ainsi, tout ce qui vient d&#233;ranger les &#233;quilibres acquis diff&#233;rencie, fait augmenter la tension et rallonge le parcours qui m&#232;ne &#224; la mort. Tout ce qui, au contraire, r&#233;tablit les &#233;quilibres et les r&#233;gularit&#233;s tend &#224; faire baisser les tensions et &#224; revenir vers la mort. Comme il recherche la plus grande r&#233;gularit&#233; et essaie de faire baisser les tensions, le moi est donc du c&#244;t&#233; des pulsions de mort. Le &#231;a, en tant que r&#233;servoir des pulsions sexuelles, est lui du c&#244;t&#233; des pulsions de vie : &#171; Il existe une opposition tranch&#233;e entre les &#8220;pulsions du moi&#8221; et les pulsions sexuelles, les premi&#232;res tendant vers la mort, les derni&#232;res &#224; la continuation de la vie &#187; (p. 315). Dans &lt;i&gt;Le Moi et le &#231;a&lt;/i&gt; : &#171; Ce sont les revendications de l'&#201;ros, des pulsions sexuelles, qui en tant que besoins pulsionnels suspendent la baisse du niveau et introduisent de nouvelles tensions &#187; (p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette hypoth&#232;se finale est &#233;videmment s&#233;duisante &#224; la fois par sa simplicit&#233; et par le nombre de faits qu'elle semble expliquer de mani&#232;re si &#233;conomique. Toutefois, elle comporte pour nous un d&#233;faut &#233;vident. Non seulement elle est purement sp&#233;culative et inv&#233;rifiable, mais elle tend &#224; renaturaliser les rythmes que Mauss et Simmel avaient eu tendance, quant &#224; eux au contraire, &#224; historiciser. Tous les rythmes qui caract&#233;risent le psychisme et la vie humaine, et pas seulement les r&#233;p&#233;titions compulsives, prendraient, en derni&#232;re analyse, leur source dans cette grande lutte cosmique de la pulsion de vie et de la pulsion de mort : &#171; Il y a une sorte de rythme-h&#233;sitation dans la vie des organismes ; un groupe de pulsions avance imp&#233;tueusement pour atteindre le plus t&#244;t possible le but final de la vie, l'autre recule d'un bond, &#224; un certain endroit de ce chemin, pour le parcourir une fois encore &#224; partir d'un point d&#233;termin&#233; et allonger ainsi la dur&#233;e du chemin &#187; (p. 312-313). Deux forces universelles s'affronteraient en permanence dans l'univers, et l'individuation psychique et collective devrait toujours &#234;tre comprise comme un simple r&#233;sultat de cette &#171; arch&#233;machie &#187;. Le rythme serait, en derni&#232;re analyse, un ph&#233;nom&#232;ne biologique et ne d&#233;pendrait que marginalement des transformations historiques. Par le rythme, l'homme retrouverait un lien avec le Cosmos et ainsi avec le Sacr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adorno puis Marcuse ont insist&#233; avec raison sur le caract&#232;re globalement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Moscovici, &lt;i&gt;L'&#194;ge des foules&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1981. Nouv. &#233;d. refondue, Paris, Complexe, 1991, p. 339.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Freud, &lt;i&gt;Au-del&#224; du principe de plaisir&lt;/i&gt; (1920), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 307.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sans pr&#234;ter attention au fait qu'il ne s'agit que des enfants, Moscovici cite Freud qui &#233;crit : &#171; Pour ce qui est du jeu d'enfant, nous croyons comprendre que si l'enfant reproduit et r&#233;p&#232;te un &#233;v&#233;nement m&#234;me d&#233;sagr&#233;able, c'est pour pouvoir, par son activit&#233;, ma&#238;triser la forte impression qu'il en a re&#231;ue, au lieu de se borner &#224; la subir, en gardant une attitude purement passive. Chaque nouvelle r&#233;p&#233;tition semble affermir cette ma&#238;trise &#187;, S. Freud, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 306, cit&#233; dans l'&#233;dition Payot, 1970, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Adorno puis Marcuse ont insist&#233; avec raison sur le caract&#232;re globalement historicisant et critique de la psychanalyse, mais ils n'ont pas rendu compte, ce faisant, des restes de naturalisme qui traversent, malgr&#233; tout, l'analyse freudienne. Voir Th. W. Adorno, &#171; Social Science and Sociological Tendencies in Psychoanalysis &#187;, cit&#233; dans M. Jay,&lt;i&gt; L'Imagination dialectique. L'&#233;cole de Francfort&lt;/i&gt;, 1923-1950, Paris, Payot, 1973, p. 128 ; H. Marcuse, &lt;i&gt;&#201;ros et Civilisation&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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