B. Fernandez, Le temps du monde. Critique de la chronostratégie planétaire à l’âge de la mondialisation

Article publié le 21 mai 2014

Pour citer cet article : , « B. Fernandez, Le temps du monde. Critique de la chronostratégie planétaire à l’âge de la mondialisation  », Rhuthmos, 21 mai 2014 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article1198
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B. Fernandez, Le temps du monde. Critique de la chronostratégie planétaire à l’âge de la mondialisation, thèse soutenue à l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, 24 février 2010.

Illustration : Pierre Braun, Sans titre, 2012 – Acrylique sur toile découpée,

châssis 150 x 150 cm, 1996, réactivation en atelier, 2012.


Membres du jury :

- M. Denis Duclos, (directeur), Directeur de recherche au CNRS

- Mme Sophie Poirot-Delpech, Maître de conférence à l’Université de Paris I

- M. Alain Caillé, Professeur de sociologie à l’Université Paris X Nanterre et co-directeur du SOPHIAPOL

- M. Bernard Stiegler, Directeur de l‟Institut de recherche et d’innovation (IRI) du Centre Georges-Pompidou

- M. Paul Zawadzki, Maître de Conférences à l‟Université de Paris I


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L’interrogation sur le choix de société qui s’impose à l’orée d’une révolution technologique et culturelle, éludée à plus d’un titre, reste largement ouverte. Je l’ai poursuivie au long d’expériences de vie et de pensée alors que j’enseignais la philosophie à Jacmel et Port au Prince en Haïti, à Niamey, à Tunis, ainsi qu’à Paris et maintenant à New York.


En dépit de la singularité et la distance qui sépare chacun de ces lieux, mégapoles globalisées et petites capitales ban-alisées, c’est-à-dire mises au ban du « développement » sur la scène internationale, il m’est apparu qu’une expérience commune frappait le cœur des hommes et des femmes en chacun de ces lieux : celle d’une curiosité inédite de voir le monde se dévoiler par mille fenêtres, mais irrésistiblement assombrie par l’inquiétude d’une vie quotidienne chaque jour plus âpre pour l’écrasante majorité par manque des moyens de subsistance, le détournement et l’exploitation systématiques à des fins privées des ressources collectives, la dégradation observable à l’œil nu de l’environnement tant naturel que culturel, ainsi que l’érosion des savoirs, des savoir-faire et des savoir-vivre, affectant ce que celle-ci a de plus essentiel. Dans ces lieux si éloignés, le temps vécu et compris comme accélération était également devenu une préoccupation prépondérante : ici l’asphyxie du temps, là-bas le désœuvrement du temps ; partout le triomphe de la vitesse et l’exclusion de la lenteur. De part et d’autre, il fallait s’adapter toujours plus aux rapides transformations mondiales, et renoncer à composer librement avec nos singularités, nos liens, nos mondes. À mesure que le monde semblait se rapprocher, il nous devenait plus étranger.


Du point de vue scientifique, la littérature sur la mondialisation n’a pas tari son effusion depuis vingt ans, ni épuisé la diversité de ses postures. Les uns s’extasient d’un moment décisif de la dialectique historique, célébrant les vertus d’un monde fluide et en communion grâce à l’essor des technologies de communication. D’autres fustigent l’inhumanité d’un universel abstrait d’origine occidentale tendant à s’imposer aux réalités locales en les uniformisant. Les plus modérés se contentent de souligner les contrastes d’un processus pour l’heure difficilement lisible mais qu’il conviendrait de maîtriser par des institutions guidées par une volonté politique adéquate. Cependant, la multiplication des analyses n’a pas atténué la perplexité qui frappe le sens commun devant les grandes tendances qui touchent nos existences. C’est qu’en réalité peu se sont intéressés aux phénomènes à travers lesquels les mutations mondiales se donnent à vivre, à la manière dont les consciences sont frappées par une allure du monde qui a radicalement changé – au changement de l’être au monde qui se joue dans ce processus. Or, celui-ci est sans nul doute lié à des temporalités nouvelles.

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