L. Guido, L’Âge du rythme. Cinéma, musicalité et culture du corps dans les théories françaises des années 1910-1930

Article publié le 21 juillet 2010

Pour citer cet article : , « L. Guido, L’Âge du rythme. Cinéma, musicalité et culture du corps dans les théories françaises des années 1910-1930  », Rhuthmos, 21 juillet 2010 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article142
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L. Guido, L’Age du rythme. Cinéma, musicalité et culture du corps dans les théories françaises des années 1910-1930, Lausanne, Payot, 2007. Désormais disponible sur RHUTHMOS.

- Au tournant du XXe siècle, l’émergence du cinéma suscite des discours passionnés visant à lui assurer une légitimité artistique et sociale. Ces débats intenses culminent dans la France des années 1910-1930, où de nombreux cinéastes, critiques et théoriciens (Abel Gance, Jean Epstein, Germaine Dulac, Louis Delluc, Ricciotto Canudo, Léon Moussinac, Elie Faure ...) envisagent le film comme le médium emblématique du monde contemporain. D’une part, il renvoie par sa nature scientifique et mécanique aux nouvelles techniques issues de l’industrialisation ; d’autre part, il accomplit un ancien fantasme esthétique en conférant aux arts plastiques la dimension du mouvement. Le cinéma se situe d’emblée à la croisée de réflexions artistiques générales qui touchent également à l’art pictural et la musique ainsi qu’à la culture du corps qui marque en profondeur l’entre-deux guerres(danse, éducation physique, sport). Dans ces différents domaines, la notion de rythme s’avère alors essentielle dans le sens où elle sous-entend une structuration particulière du temps également capable de définir l’organisation de l’espace. L’élaboration des principes esthétiques de ce nouvel art du mouvement accorde fréquemment un rôle déterminant au modèle de la composition musicale, prolongeant des idées développées dans les arts plastiques par Wassily Kandinsky et Frantisek Kupka. À côté d’une première tendance qui utilise dans un sens métaphorique certaines notions empruntées à la musique, un courant plus radical voit les fondements du cinéma (mise en scène, cadrage, montage) régis par des structures analogiques à celles de l’art musical. Exprimant les différentes facettes de la « vie moderne », notamment la vitesse associée aux nouveaux moyens de communication internationaux, le cinéma est enfin perçu comme l’accomplissement du Gesamtkunswerk prôné par Wagner, actualisant ainsi le rêve d’une résurgence au cœur de la modernité des fonctions sociales et morales de la tragédie antique. Issu pour une large part des expérimentations physiologiques du mouvement humain (Muybridge, Marey), le film rencontre ainsi les préoccupations des rénovateurs de la danse et des arts mimiques – de la Rythmique d’Émile Jaques-Dalcroze à Isadora Duncan ou Loïe Fuller – pour forger les bases d’un médium audiovisuel fondé sur le synchronisme rythmique de tous ses éléments fondamentaux. C’est dans ce contexte qu’émerge le grand spectacle cinématographique accompagné de musique.

- Laurent Guido est professeur à l’Université de Lausanne. Invité comme chercheur ou enseignant aux Universités de Paris I, Chicago et Montréal, il a collaboré avec diverses institutions (Musée Olympique, Musée Rath, Grand Théâtre de Genève, Louvre, Cité de la Musique de Paris, Giornate del Cinema Muto…), et fait partie du conseil d’administration de l’Association française de recherche sur l’histoire du cinéma.

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