Rhuthmos

Vient de paraître : L. LESNARD, La famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l’emploi du temps

Article publié le 25 septembre 2010

Pour citer cet article : Rhuthmos , « Vient de paraître : L. LESNARD, La famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l’emploi du temps  », Rhuthmos, 25 septembre 2010 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article178
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Laurent LESNARD, La famille désarticulée. Les nouvelles contraintes de l’emploi du temps, Paris, PUF, coll. « Le lien social », 2009, 213 p., 23 €.


Extrait de la recension publiée par Christophe Giraud sur le site de La Vie des Idées.


[...]


La question de la cohésion familiale posée par l’auteur est tout à fait pertinente et se pose dans un univers familial où le poids de l’individu est de plus en plus fort. Même si l’auteur reconnaît que la fonction de la famille aujourd’hui est la gestion du bien-être et la construction de l’identité des individus, il n’en tire pas de conclusion théorique : dans quelle mesure le bien-être des individus et la construction de leur identité dépend-elle de la cohésion de la famille, du temps passé en commun ou autour de rites collectifs (télévision, loisirs, repas) ? Dans quelle mesure les individus doivent-ils se sentir membres ? Pour Lesnard, plus le temps en commun est long et plus la famille est forte, plus les individus se sentent bien. L’auteur adopte une vision holiste de la famille, cohérente avec la notion de « solidarité mécanique ». Selon ce modèle, le bon fonctionnement de la famille, identifié à sa cohésion, est évalué sur la base de moments partagés par le groupe dans son ensemble. Tout ce qui réduit ce temps collectif ne peut être vu que comme une altération, une fragilisation du fonctionnement familial.


Pourtant l’alternance de moments en famille, de moments solitaires ou de moments seul avec son ou ses enfants pourrait aussi être interprétée plus positivement, comme un contexte permettant aux individus de mieux articuler l’individuel et le collectif en famille. Si l’on prend l’exemple des familles avec des enfants adolescents, on ne peut que constater que l’idéal familial de ces jeunes ne réside pas dans la fusion mais dans l’alternance entre des moments seuls (dans un espace privé, leur chambre) et des moments ensemble (pour les repas ou le week-end) [1]. Le bien-être de ces jeunes ne peut être approché par la seule durée passée tous ensemble. Le temps familial (vécu positivement) aujourd’hui est moins une durée continue (plus il augmente et plus on se sent bien) qu’une durée rythmée, avec des temps cohésifs forts comme le week-end et des temps cohésifs faibles pendant la semaine. De plus, il n’est pas du tout certain que, pour un jeune comme pour un parent, un moment qui réunit un parent avec son ou ses enfants soit moins valorisé, moins fournisseur de bien-être ou moins créateur de lien familial qu’un moment qui réunirait tout le monde. Le lien sera probablement plus privé, plus personnel et ressemblera peut-être moins à un affrontement entre deux blocs générationnels. Il est pour le moins étonnant que Laurent Lesnard mette en doute la qualité de l’attachement généré par les moments plus importants passés avec certains pères seuls et leurs enfants. La thèse de la fragilisation de la famille devrait ainsi utiliser outre les indicateurs de durée, des indicateurs relatifs au rythme et à l’alternance entre des moments tous ensemble, des moments seuls avec les enfants et des moments solitaires, notamment le week-end où la pression du travail est plus faible (à supposer que la situation du travail du dimanche ne soit pas généralisée).


[...]


Sociologue et statisticien-économiste, Christophe Giraud est maître de conférences à l’Université Paris Descartes et chercheur au Cerlis.

Notes

[1Voir par exemple Elsa Ramos, Rester enfant, devenir adulte. La cohabitation des étudiants chez leurs parents, Paris, L’Harmattan, 2003, ou François de Singly, Les Adonaissants, Paris, Hachette, 2007.

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