Cordes et Grains par Denis Baudier

Article publié le 28 août 2010

Pour citer cet article : , « Cordes et Grains par Denis Baudier  », Rhuthmos, 28 août 2010 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article28
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Ce que nous percevons comme des particules de caractéristiques distinctes (masse, charge électrique, etc.) ne seraient que des cordes vibrant différemment.


Les images présentées ci-dessous sont issues de plusieurs séries qui ont toutes en commun de creuser la dimension cosmologique de la photographie. Par « cosmologique », il faut entendre le fait que, travaillant avec la lumière, la photographie – n’importe laquelle, de la plus tarte au plus illustre chef d’œuvre – nous met en contact avec des lois physiques universelles déroutantes.


On a un peu tendance à l’oublier, mais la lumière est en effet un « objet » régi par des lois quantiques, qui ont quelque chose d’un peu fou. L’un des exemples les plus étranges est sans doute la fameuse expérience des fentes de Young, que je ne détaillerai pas ici, mais qui doit logiquement amener à se taper la tête contre les murs. L’une des raisons de cette étrangeté pour le sens commun est que ces lois remettent en cause le principe fondateur pour l’Occident du « tiers exclu », qui veut qu’une proposition et son contraire ne puissent pas être vraies en même temps. Cette dimension « cosmologique » est plus particulièrement présente dans la photographie argentique noir et blanc, le réchauffement perceptif induit par la couleur ayant tendance à le gommer un peu.


Le point de départ de ce travail est une sorte de découverte inattendue. Un soir, alors que je travaillais sur l’une de mes images sur le logiciel Photoshop, par curiosité, j’ai décidé de sélectionner une toute petite portion de ciel et de l’agrandir de façon démesurée. Le résultat de ce grossissement m’a immédiatement évoqué les images du fond diffus cosmologique établies par le satellite Cobe. J’y retrouvais une sorte d’organisation granulaire primordiale très troublante, qui m’a vraiment saisi. J’en ai déduit au passage que Photoshop aussi avait quelque chose de cosmologique : un agrandissement démesuré, c’est exactement ce que l’univers subit depuis le Big Bang ! À la suite de ça, je me suis lancé dans une quête du grain, le fameux grain photographique que les photographes ont longtemps essayé d’éliminer ou de gommer. Ce grain, qui est en quelque sorte l’incarnation même du monde quantique. J’ai donc travaillé sur le grain, et en menant mes recherches, sans l’avoir prémédité, je suis un jour passé du grain aux cordes, suivant en cela le même parcours que la physique contemporaine, qui hésite aujourd’hui entre granularité quantique et théorie des cordes.


Bon, je pourrais écrire des heures sur la physique quantique ou ce travail, mais l’essentiel au final est que j’espère avoir réalisé des photographies intéressantes. Car je ne suis pas physicien, mais photographe.

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