Renate LORENZ (dir.), Not Now ! Now ! Chronopolitics, Art & Research

Ophélie Naessens
Article publié le 3 novembre 2016
Pour citer cet article : Ophélie Naessens , « Renate LORENZ (dir.), Not Now ! Now ! Chronopolitics, Art & Research  », Rhuthmos, 3 novembre 2016 [en ligne]. https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1885

Renate LORENZ (dir.), Not Now ! Now ! Chronopolitics, Art & Research, Berlin, Sternberg Press, 2014, 187 p.


Not Now ! Now ! prolonge les réflexions engagées lors du colloque international éponyme à l’Academy of Fine Arts de Vienne en 2013 qui réunissait théoriciens et artistes autour des chronopolitics. Si la durée, le rythme et l’ordonnancement du temps sont des enjeux majeurs dans la compréhension des évènements contemporains, il s’avère pertinent de s’interroger sur la manière dont ces notions apparaissent dans les représentations visuelles, une ambition à laquelle répond cette publication. Les auteurs entendent ici penser les pratiques artistiques comme « chronopolitiques », en tant que moyens de contestation des modèles temporels et de leurs effets sur les corps et la société. Trois grands thèmes jalonnent la publication : histoire et mémoire, les rythmes, ainsi que la visualisation du temps. Les relations des artistes à la narration, à l’histoire et à la mémoire sont abordées à travers la multiplicité des temporalités à l’œuvre dans une contemporanéité post-black (Nana Adusei-Poku), la mémoire et l’archive queer (Ana Hoffner), les récits hétéronormatifs (Andrea Ray). Les créateurs qui s’emploient à modifier ou altérer les rythmes du temps dessinent quant à eux de nouvelles trajectoires au sein d’espace-temps sociopolitiques et culturels donnés, entre dévoilement et recouvrement (« Veils/Folds/Events : Production of Face in Space-Time », Suzana Milevska), entre éveil et sommeil (« Dormancy », Mathias Danbolt). Les artistes (plasticiens, performeurs et chorégraphe) ont également la parole, donnant à voir et à lire des œuvres à travers lesquelles ils mettent en œuvre des stratégies introduisant des arrêts dans le temps et dans l’espace (Ingrid Cogne, Yva Jung), le font balbutier entre passé, présent et futur (Jamika Ajalon, Andrea Ray), emploient citations, respeaking et anachronismes (Sharon Hayes, Mara Lee Gerdén), ou encore introduisent une distance entre temps et signification (Ana Hoffner, Yasmine Eid-Sabbagh). Les différents articles révèlent l’hétérogénéité des manières de vivre le temps et leurs enjeux géopolitiques, témoignant d’une temporalité habitée tant par des individualités que des communautés. A travers la variété des stratégies « chronopolitiques » présentées, et une perspective alliant recherche artistique et théorique, cette publication offre une interruption dans l’ordre du temps, entre action « Now ! » et suspension « Not Now ! ».


Cette recension a déjà paru dans Critique d’art, le 4 novembre 2014.

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