Jean-Paul Thomas

Pascal MICHON, Rythmes, pouvoir, mondialisation

Article publié le 13 novembre 2010

Pour citer cet article : Jean-Paul Thomas , « Pascal MICHON, Rythmes, pouvoir, mondialisation  », Rhuthmos, 13 novembre 2010 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article226
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Jean-Paul THOMAS – Le Monde des livres, 9 septembre 2005.


P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, Paris, PUF, coll. Pratiques théoriques, 467 p.


Nous venons d’entrer dans un monde fluide, aux formes d’organisation plus diversifiées et plus labiles qu’autrefois. Depuis une trentaine d’années, des mutations appuyées les unes sur les autres sapent les dispositifs stables et homogènes qui dominaient depuis la seconde guerre mondiale. Les normes de la famille se fragilisent. L’autorité parentale régresse, exige des formes d’ouverture et de mobilité inédites. Dans les entreprises, les modes de management participatif – que les États appliquent ensuite à leurs administrations – invitent à la souplesse horaire et relationnelle. La mondialisation capitaliste se développe hors du contrôle des États-nations. Simultanément, les sondages et les médias transforment la démocratie élective en démocratie communicationnelle.


Le livre de Pascal Michon s’ouvre sur ce constat : « Une ère nouvelle de l’histoire vient de commencer. » Son ambition est de percevoir la logique de ces bouleversements. Une analogie historique et l’examen d’une notion, celle de rythme, sont mobilisés à cette fin. L’analogie rapproche le monde fluide d’aujourd’hui de la première mondialisation qui s’est déroulée « il y a un peu plus d’une centaine d’années, à la suite d’une série de phénomènes en grande partie analogues à ceux dont nous venons d’être les témoins ».


La notion de rythme – comprise comme « organisation temporelle complexe des processus par lesquels sont produits les individus psychiques et collectifs » – fut au centre d’une série d’études, publiées de 1890 à 1940, qui l’utilisaient pour penser les dissolutions d’organisations ou les concentrations du pouvoir similaires à celles que nous observons de nos jours. À titre d’ « essai d’élaboration du concept de rythme  » l’étude de Pascal Michon propose un parcours étonnant, fait d’une série de relectures de textes issus de l’anthropologie, de la psychologie, de la poétique et de la théorie du langage.


Des travaux sur les rythmes de l’individuation archaïque de Marcel Mauss à ceux de Gabriel Tarde sur la « dérythmisation » des sociétés modernes, la quantité des œuvres analysées et la multiplicité des perspectives retenues pour travailler la notion de rythme surprennent. La matière de plusieurs livres est réunie par Pascal Michon. Un essai sur rythmes et langage au XIXe siècle à partir des œuvres de Walter Benjamin. Une étude sur les rythmes de la propagande politique dans la première moitié du XXe siècle bâtie sur les livres de Serge Tchakhotine – Le Viol des foules par la propagande politique –, et de Victor Klemperer, LTI – La Langue du IIIe Reich.


Pourtant le fil directeur du propos n’est jamais perdu. Avec clarté et minutie, Pascal Michon construit par rectifications successives l’énoncé d’un problème fondamental, celui de la « dérythmisation » des sociétés modernes et des « risques de rerythmisation autoritaire de ces sociétés ». Les lignes de force d’une nouvelle philosophie de l’histoire s’affirment, à bonne distance des structuralismes d’hier comme de la fascination contemporaine pour les connexions temporaires, les flux et les réseaux.

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