Rhuthmos

TRANSDISCIPLINAIRES – Projet de recherche du CRAL-CNRS-EHESS pour 2014-2018 – « Philologies du rythme et du son »

Article publié le 3 avril 2014

Pour citer cet article : Rhuthmos , « TRANSDISCIPLINAIRES – Projet de recherche du CRAL-CNRS-EHESS pour 2014-2018 – « Philologies du rythme et du son »  », Rhuthmos, 3 avril 2014 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article1169
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CENTRE DE RECHERCHES SUR LES ARTS ET LE LANGAGE


Fondé en 1983, le Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL) est une Unité Mixte de Recherches CNRS-EHESS (UMR8566) qui se consacre à l’étude des arts, du langage et de l’esthétique. L’unité regroupe des littéraires, des historiens de l’art, des musicologues, des philosophes, des linguistes, des sociologues de l’art et de la littérature, qui collaborent dans une perspective interdisciplinaire.



Philologies du rythme et du son

Projet de recherche pour 2014-2018


Aux côtés de ces projets essentiellement consacrés au contemporain, le CRAL renforcera la dimension historique de ses travaux collectifs sur la musique. La figure de Nietzsche, dans la perspective développée par Christophe Corbier, occupera ici une position pivot : autour de ses textes, les thèmes traditionnellement retenus par les musicologues croisent une histoire de la philologie et de l’hellénisme modernes d’où émergent des éléments décisifs pour une généalogie des théories contemporaines de la culture. La question du rythme, on l’a dit, joue à cet égard un rôle stratégique, où la dimension technique est indissociable d’enjeux touchant à l’analyse du social, active dans plusieurs champs d’étude : musique, littérature, philosophie, sociologie, arts visuels…


On envisagera dans un premier temps le rythme sous un angle historique. Dès De la musique, Plutarque affirmait que les rythmes relèvent d’un discours rationnel d’ordre historique : étudier cette histoire, c’est envisager l’évolution des pratiques rythmiques dans la poésie et la musique, et prendre en compte l’historicité de la perception du rythme et les changements dans la sensibilité esthétique. L’histoire du rythme dans la Grèce antique a fait l’objet de très nombreuses études philologiques, linguistiques, musicales au long de l’époque moderne, qu’il est nécessaire aujourd’hui de relire et de réévaluer, dans le cadre d’une histoire de la science de l’Antiquité et de ses rapports avec la création musicale et poétique. On se penchera aussi sur la question du rythme en linguistique, dans ses dimensions passées et présentes. Cette étude permet également d’opérer un passage vers la philosophie, sous l’égide de Nietzsche et de ses recherches philologiques et philosophiques sur le rythme grec, contemporaines de la rédaction de La Naissance de la tragédie. Le rythme, de Platon à Deleuze, est en philosophie une notion centrale, fortement mobilisée dans les vingt dernières années par des auteurs d’origines diverses. Des travaux restent à mener dans une perspective transdisciplinaire et historique, afin d’établir un lien entre les discours philosophiques et la perception du rythme qui leur est contemporaine.


Cette ligne de recherche se traduira par plusieurs activités. En 2014 est prévue une journée d’études « Nietzsche et la musicologie : sources, interprétations, perspectives », afin d’étudier les sources exploitées par le philosophe dans ses livres, fragments posthumes et textes philologiques. L’étude de la musique grecque antique à laquelle se livre Nietzsche au début des années 1870 sera tout particulièrement prise en compte, ce qui conduira à observer le rapport entre philosophie et histoire de la musique à une époque où la musicologie se constitue comme science, et où hellénistes et musicologues restent néanmoins associés. On observera aussi la réception et le degré d’influence des théories de Nietzsche sur ses contemporains et ses successeurs, notamment dans le milieu des hellénistes, qui ne peuvent plus ignorer, à partir de 1912-1913 (date de la publication des Philologica), les recherches philologiques de Nietzsche sur le lyrisme et la musique antiques.


Ce travail sur Nietzsche et les musicologues nourrira par ailleurs une proposition pour un projet ANR : « Traduction et édition critique des textes philologiques de Nietzsche ». Ces textes, qui représentent cinq volumes des œuvres complètes du philosophe en allemand, n’ont jamais été traduits dans leur intégralité, malgré la richesse de ces notes et de ces cours dont la rédaction s’étend sur plus d’une décennie (1868-1879). L’intérêt d’une édition française est de mettre en valeur le travail considérable de Nietzsche sur la civilisation antique, et d’en analyser l’originalité par rapport à la science (notamment philologique) de son temps. Bon nombre de textes sont aussi d’un intérêt majeur pour l’histoire de la musique, notamment celle de l’Antiquité. La connaissance de ces textes promet également d’éclairer l’œuvre philosophique, avec laquelle il faudrait les faire dialoguer.


A l’horizon 2017-2018, un colloque sur « L’histoire du rythme aux XIXe et XXe siècles » permettra enfin d’articuler les approches de cette question dans les destinées précises de la musique, la littérature, la philologie, la danse et les arts plastiques. Les théories du rythme proposées au XXe siècle, les diverses pratiques artistiques ou encore la pédagogie du rythme, s’inséreront ainsi dans une réflexion plus vaste, incluant d’emblée les apports de la sociologie et l’anthropologie.


Ce projet intéressera nombre de collègues du CRAL. Il est directement lié au chantier sur « l’écoute » proposé par Martin Kaltenecker (membre associé), Esteban Buch et Marielle Macé lors du colloque « Figures de l’écoute. Circonstances, usages, métaphores » (31 mai-1er juin 2012), qui a constitué un point de repère pour une réflexion transdisciplinaire sur les modalités et les enjeux de la perception sonore, appelée à se poursuivre. Ces questions participent d’ailleurs de l’élargissement déjà mentionné des études sur la musique vers le champ du sonore en général, ce qu’on appelle parfois les sound studies.


Dans ce mouvement s’inscrit, par exemple, la participation de Tania Vladova à l’élaboration d’un Glossaire raisonné du son, appréhendé fondamentalement à partir du vocabulaire du théâtre depuis le XIXe siècle, et présenté sous forme d’une plateforme participative multilingue portée par le Labex TransferS, qui rassemble des unités de l’ENS rue d’Ulm et du Collège de France.


C’est également le cas de l’exposition « Entendre la guerre. Silence, musiques et sons en 14-18 » prévue à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne pendant l’été 2014 dans le cadre des commémorations du Centenaire, à laquelle Esteban Buch participera en collaboration avec Stéphane Audoin-Rouzeau (EHESS), Annette Becker (Paris X), Florence Gétreau (IRPMF), Myriam Chimènes (IRPMF), et Elizabeth Giuliani (BnF), entre autres. « Pour les combattants de la Grande Guerre, […] l’oreille fut parfois l’organe qui leur apprit, à leur corps défendant, la nouveauté technique du conflit ; elle leur permit aussi d’entretenir, sous la forme d’activités musicales développée dans des conditions précaires, un lien avec leur part d’humanité. […] A l’arrière, le caractère rituel des pratiques musicales – à commencer par le concert – donna aux discussions sur l’engagement et le patriotisme une traduction pratique directe. […] Enfin, dans de nombreux pays engagés dans le conflit, la Grande Guerre mit les compositeurs face à une véritable alternative esthétique et morale entre la culture de la « musique pure » et la production d’une musique politique », dit le texte d’intention de cette exposition, citant le volume La grande Guerre des musiciens déjà édité avec le soutien du CRAL et la participation de plusieurs de ses membres. L’exposition sera articulée selon un parcours convergeant vers un sas de silence intense – celui de l’arrêt brutal de la guerre en novembre 1918. Elle s’appuiera sur les très rares témoignages sonores retrouvés (bruits d’avions, conversations de prisonniers, discours d’hommes politiques, témoignages d’anciens combattants, enregistrements posthumes d’extraits de carnets de soldats, enregistrements discographiques…). Elle s’intéressera aux œuvres graphiques, musicales, littéraires retrouvées grâce aux collections privées et au Dépôt légal, et sur les riches collections de l’Historial. Dans une recherche menée par E Buch en collaboration avec Cécile Quesney (Université Libre de Bruxelles), elle exhumera quelques œuvres qui n’ont pas eu de postérité et mettra l’accent sur des compositeurs de tout premier plan dans chacun des pays belligérants : Max Reger, Claude Debussy, Edward Elgar, Igor Stravinski, Alfredo Casella, Charles Ives, Arnold Schönberg. Donnant une vision moins tragique de la guerre, la tradition cinématographique, le jazz et le tango évoqueront le deuil et le legs du conflit après guerre. Un ouvrage accompagnera l’exposition.

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