Rhuthmos

POÉTIQUE : Soutenance d’une Habilitation à diriger des recherches « Voix et relation. Essais pour le poème, la poétique avec la littérature contemporaine de langue française »

Article publié le 5 décembre 2010

Pour citer cet article : Rhuthmos , « POÉTIQUE : Soutenance d’une Habilitation à diriger des recherches « Voix et relation. Essais pour le poème, la poétique avec la littérature contemporaine de langue française »  », Rhuthmos, 5 décembre 2010 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article212
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Serge Martin a soutenu son Habilitation à diriger des recherches, le vendredi 3 décembre 2010, à 14 heures, à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, Salle Las Vergnas, 13, rue de Santeuil, 75005 Paris (Directeur Emmanuel FRAISSE)


Jury :

- Pr. Marie-Paule BERRANGER, Université de Caen Basse-Normandie

- Pr. Bruno BLANCKEMAN, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

- Pr. Jean-Louis CHISS, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

- Pr. Jean-Yves DEBREUILLE, Université Lumière – Lyon 2

- Pr. Emmanuel FRAISSE, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

- Pr. Dominique RABATÉ, Université Paris Diderot – Paris 7


Du langage à la voix : tel serait le déplacement effectué depuis la soutenance de ma thèse dans le cadre d’une anthropologie relationnelle avec la littérature contemporaine de langue française. Selon le point de vue adopté, la problématique s’en trouverait donc soit étendue soit réduite. En effet, la voix porte tous les risques d’une sortie du langage par le sonore si ce n’est par la musique et par l’efficace de la parole si ce n’est par la philosophie de l’action. De puissants motifs concourent à cette extension puisqu’il s’agit d’en finir avec les « limites de la littérarité [1] » et de participer ainsi directement au tournant discursif et énonciatif et plus largement au retour du sujet dans les sciences sociales [2]. Par ailleurs, la voix semble réduire la parole à l’une de ses qualités : elle participe alors à une augmentation du nombre de ses valeurs discrètes quand, par exemple, chez Gérard Genette dans le cadre d’une « technologie du discours narratif », la voix vient après l’ordre, la durée, la fréquence et le mode [3]. Plus vraisemblablement tout recadrage conceptuel par la voix s’avère incertain par la force des choses ou des habitudes : la force métaphorique légendaire de la voix fait souvent préférer une recherche de l’origine ou développer le thème de la présence (vs. l’absence) en lieu et place d’une attention au fonctionnement de gestes langagiers que n’enregistrent pas les prises coutumières. En outre, les dangers de transversalité éclectique et d’imaginaire débridé se trouvent amplifiés quand la voix oblige à répéter les clichés d’une réflexion ancrée dans les antinomies traditionnelles de l’intériorité et de l’extériorité, de l’affect et du concept, du proche et du lointain, de la tradition et de la modernité. Alors si « la voix est ce qui demeure [4] », elle se doit ici d’être ce qui change comme mouvement de la parole organisant un passage de sujet et, dans ses intensifs, comme poème inventant une relation de voix. Aussi, le changement de problématisation que j’opère demande-t-il d’augmenter encore plus l’attention critique – ce doublon reprenant ce qu’un Jean Paulhan signalait : « Critique est l’un des noms de l’attention [5] ». Tout comme la relation prise à son acmé dans la relation amoureuse avait permis, lors de mon travail de thèse, d’engager une critique du langage et de la relation, la voix qu’on cherchera dorénavant dans ses intensifs, des sans-voix aux voix dans la voix, devrait également ouvrir à une critique réciproque de la relation et de la voix. Il ne s’agira donc pas d’abandonner le langage mais de mieux le considérer du linguistique à l’anthropologique pour et par la poétique. La voix dans et par la relation constitue ici par hypothèse l’opérateur de cette nouvelle attention critique.

Notes

[1 D. Chauvin, « Introduction » dans La Voix. Hommage à Pierre Brunel, Paris, Presses Universitaire de Paris-Sorbonne, 2009, p. 30.

[2Titre d’un colloque à Cerisy-la-Salle « autour d’Alain Touraine » en 1993 (Paris, Fayard, 1995). La direction était assurée par François Dubet et Michel Wieviorka.

[3G. Genette, Figures III, Paris, Seuil, « Poétique », 1972.

[4D. Chauvin, « Introduction » dans La Voix. Hommage à Pierre Brunel, op. cit., p. 31.

[5J. Paulhan, Petite préface à toute critique, Paris, Minuit, 1951.

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