Rhuthmos

TRANSDISCIPLINAIRES – Colloque Musique et Transe, Pau 18-19 juin 2010

Article publié le 4 juin 2011

Pour citer cet article : Rhuthmos , « TRANSDISCIPLINAIRES – Colloque Musique et Transe, Pau 18-19 juin 2010  », Rhuthmos, 4 juin 2011 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article372
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Les 18 et 19 juin 2010 s’est tenu à Pau un colloque, organisé par l’Association Européenne pour une Rhétorique des Arts (AERA), sur les rapports entre musique et transe.


TRANSE, subst. fém. :


A. État d’exaltation d’une personne qui se sent comme transportée hors d’elle-même et en communion avec un au-delà. En partic. État de l’artiste saisi par l’inspiration.

B. PATHOL. Sorte de sommeil pathologique ou d’altération de la conscience avec indifférence aux événements extérieurs et dont il est difficile de faire sortir le sujet.

C. Fam. Entrer, être en transe. Être hors de soi, manifester un état d’excitation extrême.


Trésor de la Langue Française Informatisé


La transe peut être définie comme un état dans lequel un individu se sent hors de soi. Il a l’impression folle de toucher à un monde parallèle à travers sa conscience altérée. Quand il entre en transe, l’individu n’est plus lui-même, dans son état normal mais dans un état secondaire.


La transe peut aussi être considérée à la lumière du préfixe trans- qui implique un passage, un voyage d’un état à un autre. Nous obtenons ainsi des mots comme transfert, transformation ou encore transfrontalier. Dans cette perspective, la transe est un état indéterminé où l’individu ne distingue plus la réalité de l’imaginaire. Elle est davantage un entre-deux-mondes de la conscience qu’un monde altéré du psyché arrivé au terme de l’extase.


Nous sommes ici en présence de deux significations contradictoires de la transe. L’une renvoie à un accomplissement de l’état hors de soi, l’autre à un cheminement en cours vers cet état d’extase, sans l’atteindre complètement.


Les expériences de transe peuvent être vécues de plusieurs manières. Le colloque cherche à se focaliser en particulier sur la musique et la danse. Ce sont des expériences musicales et corporelles par lesquelles un individu peut arriver à un état de transe, à atteindre ce qu’il considère comme un au-delà, ou plutôt se trouver à un stade intermédiaire, à un stade de transition entre le monde réel et sur-réel.


Traditionnellement, les chamans arrivaient à un état de transe grâce à des rituels, par des danses ou d’autres expressions corporelles. Le but des chamans était en fait de se rapprocher des esprits surnaturels. Certaines danses sont donc associées à l’idée de transe. Elles cherchent à produire un effet d’ex-stase, littéralement hors de l’état. C’est le cas de la tarentelle, une danse italienne apparue au XVIIe siècle et qui trouve des origines dans les rites dionysiaques. Ces rites consistaient, dans la Grèce antique, à honorer le dieu du vin Dionysos en dansant et en chantant. Les dithyrambes étaient, eux, des poèmes lyriques en l’honneur de Dionysos chantés par des chœurs d’hommes ivres et qui se trouvaient ainsi exaltés.


Nous nous intéresserons dans ce colloque à cet état hors de soi provoqué par la musique et la danse. Y a-t-il des caractères proprement musicaux qui mènent à l’état de transe ? Autrement dit, comment la musique devient-elle musique de transe ? Est-ce, par exemple, un effet propre du rythme que de provoquer une telle réaction sur le corps et l’esprit ? Dans quelles mesures ces traits musicaux se combinent en un spectacle visuel sonore et visuel, avec la théâtralisation qui l’accompagne ? Quelles formes ces manifestations prennent-elles historiquement ? Nous avons évoqué le chamanisme et la tarentelle. Mais quels autres exemples de musiques et de danses traditionnelles européennes et extra-européennes existent ? Quels sont leurs qualités propres qui font qu’elles provoquent un état de transe ? Le début des années 1990 a aussi vu l’apparition d’un nouveau genre musical, la Trance. En quoi consiste cette musique pour qu’on lui donne une telle appellation ?


Par ailleurs, en quoi ces formes musicales de transe sont-elles liées à leurs contextes socio-culturels respectifs ? Nous avons parlé de l’individu mais la musique de transe ne passe-t-elle pas avant tout par une danse de groupe ? La transe implique une présence et une participation collective et devient elle-même collective. Mais ne naît-elle pas d’une certaine tension entre corps individuel et corps collectif, comme d’un passage d’une intériorisation à une extériorisation ? Ainsi, la transe serait une révélation au monde extérieur de ce que l’on ne voit pas mais de ce que l’on ressent. Dans ce contexte, la musique et la danse de transe ne sont-elles pas de formidables invitations à s’ouvrir à l’autre, contre l’individualisme qui gangrène notre société ?


Le colloque vise à explorer divers danses et musiques de transe d’hier et d’aujourd’hui à travers l’Europe et d’autres continents. Il cherche aussi à révéler ce qui est commun à toutes ces musiques, ce qui les unit dans leur évocation de la transe.


Pau, auditorium Albert Torfs 18-19 juin 2010.

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