Mathilde Buratti

Le rouge et son opposé selon Kupka

Article publié le 1er septembre 2018

Pour citer cet article : Mathilde Buratti , « Le rouge et son opposé selon Kupka  », Rhuthmos, 1er septembre 2018 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article2238
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Ce billet a déjà été publié dans Rouge, études diachroniques. Regards croisés de l’art préhistorique à l’art contemporain le 24 juin 2018. Nous remercions Mathilde Buratti de nous avoir autorisé à le reproduire ici.


Kupka, artiste complet du XXe siècle notamment connu pour ses abstractions colorées, est à l’honneur au Grand Palais jusqu’au 30 juillet 2018.


Cette rétrospective met en avant la conception originale du peintre. Tout au long de sa carrière, tant dans ses productions abstraites que figuratives, l’artiste utilise la gamme des rouges en dialectique avec celle des bleus.

Or, depuis le XVIIIe siècle, le rouge est pensé comme complémentaire du vert (cf. Goethe, Hering ou Chevreul). L’artiste, formé à l’école des Beaux-Arts de Prague, connaît ces théories comme le prouvent certains titres de ses compositions abstraites tels que Disques de Newton œuvre peinte en 1911-1912.



L’usage du duo jaune doré-violet dans plusieurs œuvres dont Violet et jaune : réminescence (1920) montre part ailleurs une adhésion partielle aux couleurs complémentaires.



Il est donc naturel de s’interroger sur cette discordance. L’exposition livre quelques pistes de réflexion à ce sujet.


Concernant La femme cueillant des fleurs de 1910-1911, l’artiste déclare que le rouge s’oppose au bleu par l’impression de mouvement, le rouge transcrivant une accélération, le bleu un ralentissement. Il juxtaposerait donc ces deux gammes pour créer des variations de rythme, élément très important pour l’artiste comme le souligne l’emploi de termes musicaux dans de nombreuses œuvres dont Amorpha : fugue en deux couleurs de 1912, Disques bleu et rouge : syncope de 1935-1940… Si l’exposition met en avant cette synesthésie entre musique et couleurs, elle est peut-être plus complexe, comme le souligne Pierre Brullé dans son article « Kupka et le rapport entre création picturale et modèle musical » de 2002 publié dans la revue des études Slaves.



Une deuxième hypothèse peut être formulée en observant l’importance des activités d’illustrateur/caricaturiste pour les maisons d’édition et des revues – ci-dessous dans L’Assiette au beurre du 11 janvier 1902. Les reproductions en couleur nécessite l’emploi de la technique de lithographie qui passe les images à travers quatre couleurs : encre jaune, encre rouge, encre bleue et encre noire. Le vert nécessite donc une superposition de deux tampons (jaune puis bleu), ce qui peut être source de difficultés car le défaut de cadrage sera plus facilement perceptible, et sera plus cher car plus long à obtenir. En revanche l’opposition rouge-bleu est plus aisée à obtenir et donc plus courante dans les productions imprimées.



Enfin, une troisième hypothèse peut être émise d’après la visite de cette rétrospective : celle de l’importance des références aux œuvres artistiques et symboliques antérieures, notamment antiques et médiévales. Dans cette lecture, la dualité pourpre-or caractéristique dans l’Antiquité Méditerranéenne (cf. bulletin de correspondance hellenique supplément 56) et la justaposition du bleu et du rouge fréquente dans les représentations chrétiennes médiévales, que ce soit dans les vitraux ou dans les peintures de la Vierge en majesté, semble toute naturelle.

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