Du rythme et des opposés

Note sur Aristote Métaphysique Λ 1075b12-13 : ἐὰν μὴ ῥυθμίσῃ τις 

David Lévystone
Article publié le 3 décembre 2022
Pour citer cet article : David Lévystone , « Du rythme et des opposés , Note sur Aristote Métaphysique Λ 1075b12-13 : ἐὰν μὴ ῥυθμίσῃ τις  », Rhuthmos, 3 décembre 2022 [en ligne]. https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article2938

D. Lévystone, « Du rythme et des opposés. Note sur Aristote Métaphysique Λ 1075b12-13 : ἐὰν μὴ ῥυθμίσῃ τις », Philosophie antique. Problèmes, Renaissances, Usages, 22 | 2022, pp. 213-233.
Résumé : Les interprétations et traductions habituelles de l’affirmation d’Aristote en Métaphysique Λ, 1075b12-13 πάντες δ᾽ οἱ τἀναντία λέγοντες οὐ χρῶνται τοῖς ἐναντίοις, ἐὰν μὴ ῥυθμίσῃ τις se fondent sur une compréhension contestable de la signification du verbe ῥυθμίζω. Une brève analyse de la signification et de l’usage du verbe au Ve et IVe siècle av. J.-C., ainsi qu’une étude des principaux interprètes anciens et médiévaux (le Ps.-Alexandre, Thomas d’Aquin, Averroès, Thémistius), dévoilent les difficultés que la compréhension de ce passage d’Aristote suscitaient dès l’Antiquité et permettent de supposer que ῥυθμίζω doit ici être entendu dans son sens technique, métaphysique (« former », « ajouter une forme »), selon un usage que l’on trouve aussi chez Démocrite et Antiphon. La compréhension correcte de ce verbe autorise alors à présenter une nouvelle interprétation de ce bref passage d’Aristote et d’y découvrir une critique plus complète et précise des thèses qu’il entend dénoncer.
Mots-clés : Aristote, Pseudo-Alexandre, Thomas d’Aquin, Averroès, Thémistius, Démocrite, Antiphon, rythme, opposés, contraires


Ce document sera publié en ligne en texte intégral en novembre 2023.


Plan
1. ῥυθμίζω dans les textes philosophiques (Ve/IVe) et chez Aristote

2. Les commentateurs anciens

3. Qu’est-ce qui structure les contraires ?

4. Une allusion à Démocrite ?
Aperçu du texte
En Métaphysique Λ 1075b, Aristote critique différents Présocratiques, dont explicitement Empédocle et Anaxagore, pour avoir fait un mauvais usage des principes et des contraires. Il procède ensuite à une critique plus générale, en affirmant (1075b11-13, d’après le texte des meilleurs manuscrits, généralement accepté aujourd’hui) :

πάντες δ᾽ οἱ τἀναντία λέγοντες οὐ χρῶνται τοῖς ἐναντίοις, ἐὰν μὴ ῥυθμίσῃ τις.

Les traductions récentes comprennent toutes le passage de façon similaire, qui se laisse résumer de la manière suivante :

mais tous ceux qui admettent [scil. que les principes sont] les contraires ne font pas usage des contraires, à moins qu’on ne redresse leur système.

Cette compréhension, qui repose sur le sens du terme ῥυθμίζω, est problématique : on le perçoit (a) en étudiant brièvement le sens du verbe, chez Aristote et dans la langue du IVe siècle avant J.-C., (b) à la lumière de son interprétation dans la tradition des commentateurs anciens de la Métaphysique et (c) en prêtant [...]

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