Yves Letournel

Débattre

Les automates du débat politique nippon

Article publié le 21 juin 2017

Pour citer cet article : Yves Letournel , « Débattre , Les automates du débat politique nippon », Rhuthmos, 21 juin 2017 [en ligne]. http://rhuthmos.eu/spip.php?article2012
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Les « débats » politiques à la télévision japonaise en fin de semaine ont la saveur d’un spectacle de pantomime.


Ce qui se dit n’importe guère, la plupart du temps tout le monde abondant, avec des nuances délicates, dans le sens de tout le monde. Il paraît donc plus avisé de couper le son et d’observer les rythmes que la parole et le silence impriment à ces corps assis.


Des invités cadrés en plan américain, nous n’observons que le mécanisme du tronc et de la face, avec parfois de gros plans sur la zone buccale et quelques effets de contre-plongée mettant en valeur les contractions maxillaires et les mouvements de glotte.


Les étapes sont celles d’une procession où chaque partie connaît son rôle et l’exécute consciencieusement. Passons sur la phase à l’inconvenance pénible où l’on paraît se distinguer en émettant un « avis personnel ». Le dernier souffle verbal exhalé, l’ « opinion » émise, la tête entre en action, tantôt pour ratifier, tantôt pour modérer ce que viennent de proférer des lèvres indiscrètes. S’inaugure alors un charivari miniaturisé combinant jeux de physionomie, contraction furtive des traits (ordinaire signe de désapprobation ou d’incompréhension), moues fugitives, plissements spasmodiques de paupières, mouvements du col accompagnés d’inflexions latérales du buste.


Une autre parole perdure, le langage du corps survit à celui des mots. Vestiges sensoriels, sans doute, de l’approbation intérieure que le locuteur a sollicitée en lui-même à l’expiration de ses propres dires.


Tout s’opère en quelques pincées de secondes : dès que les mots, ces hôtes importuns conviés par devoir à l’échange, ont eu le bon goût de prendre congé, à la seconde où cesse leur présence verbale intempestive et discourtoise, s’enclenche la mécanique vocale ; à peine enfanté, le bruitage, témoin de quelque remuement intérieur, peu à peu décroît, le tremblotement aux commissures des lèvres s’atténue, les hochements de tête et de buste s’amenuisent insensiblement, le corps, poussif, cahote puis, après un ultime et navrant hoquet, cale.


C’est fini, tout est accompli, en termes d’échange. L’embaumement exquis de la parole s’est achevé, un acte de langage a eu lieu.


Comme certains automates, l’on voudrait ces politiciens pourvus d’une clé à l’arrière pour remonter le mouvement à loisir et goûter les délices d’une attente jamais déçue, celle d’un idiome verbal et surtout corporel, chéri car, toujours, exactement anticipé, et su.

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